•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une coalition d'Autochtones sur le point de faire une offre pour Trans Mountain

Des tuyaux dans une cour clôturée

Des tuyaux qui doivent servir à la construction du pipeline Trans Mountain sont entreposés à Mission en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Gagnon

Radio-Canada

Alors qu'une coalition réunissant plusieurs communautés autochtones s'apprête à offrir à Ottawa d'acheter la majeure partie du projet d'expansion du pipeline Trans Mountain, le gouvernement fédéral précise qu'un groupe sera d'abord mis sur pied pour étudier la proposition.

Projet Réconciliation, qui réunit plus de 300 communautés autochtones de l'ouest du Canada, entend soumettre une offre de 6,9 milliards de dollars pour mettre la main sur 51 % des parts de l'oléoduc. La demande pourrait être faite pas plus tard que vendredi, selon ce qu'a indiqué à Reuters le fondateur de Projet Réconciliation, Stephen Mason.

La transaction serait financée au moyen d’un prêt bancaire garanti par les engagements des distributeurs de pétrole.

Ottawa, qui a salué l’initiative, a toutefois indiqué mercredi qu’un « groupe d’experts externes » serait mis sur pied dans les prochaines semaines afin d’étudier toute offre d’achat et « d’aider à mener ces discussions ».

« Il est important que les communautés autochtones aient une occasion de tirer des avantages économiques supplémentaires du projet », a assuré Pierre-Olivier Herbert, porte-parole du ministère fédéral des Finances.

Projet Réconciliation, dont le bureau est à Calgary, regroupe des leaders autochtones de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de la Saskatchewan.

Selon le groupe, cet investissement atténuerait la pauvreté des Premières Nations et serait un tournant décisif pour les peuples autochtones, qui ont toujours vu les autres profiter des ressources naturelles du Canada, sans pouvoir eux-mêmes en bénéficier.

Le pipeline, long de 1150 kilomètres entre Edmonton et Burnaby, en Colombie-Britannique, aiderait à ressusciter une industrie minée par les bas prix et les pipelines congestionnés, plaident ses défenseurs.

À terme, le projet d'expansion permettrait de tripler la capacité de l’oléoduc pour atteindre environ 890 000 barils par jour et d'augmenter le trafic au large des côtes de la Colombie-Britannique, passant d'environ 5 navires à environ 34 par jour.

Le premier ministre Justin Trudeau a donné son aval à l'expansion de l'oléoduc en juin, après que son gouvernement eut acquis à la fin août 2018 le pipeline pour un coût de 4,5 milliards de dollars. Il ne souhaitait toutefois pas rester l'unique propriétaire.

Les communautés autochtones seront consultées sur les avantages qu’elles pourraient en tirer, y compris l’achat potentiel de l’oléoduc, selon ce qu'avait indiqué M. Trudeau.

« Un modèle pour l'avenir »

Les peuples autochtones qui soutiennent l’achat de Trans Mountain estiment qu'il s'agit d'une rare occasion de posséder une infrastructure pétrolière rentable.

Selon Alexis Nakota, coprésident de l'Iron Coalition, sa communauté n'a profité d'aucun avantage, uniquement des risques, au cours des 66 dernières années.

Trans Mountain a été construit sur les terres traditionnelles de la nation sioux d’Alexis Nakota, situées à 85 kilomètres au nord-ouest d'Edmonton, où se situe le début de l’oléoduc.

L'Iron Coalition, un autre groupe dirigé par des Autochtones, cherche à acheter entre 50 et 100 % de l’oléoduc une fois celui-ci construit, en 2022.

« Nous sommes prêts à être en affaires depuis longtemps, a-t-il déclaré. Si nous faisons cela correctement, ce sera un modèle pour l'avenir. »

Le groupe, basé en Alberta, discute des options avec les banques et envisage d’octroyer les bénéfices futurs aux groupes autochtones de la province qui y adhèrent.

Opposition d’autres groupes autochtones

À l'autre bout du parcours de l'oléoduc, en Colombie-Britannique, certains groupes se sont engagés à continuer à lutter contre l'expansion de Trans Mountain, y compris avec des blocages et des manifestations.

Que ce pipeline appartienne ou non à des communautés autochtones ne change en aucun cas le risque de fuite de pétrole, estiment-ils.

« Notre obligation sacrée est d'être les gardiens de cette terre, de cette eau et de notre peuple », a déclaré la cheffe Leah George-Wilson de la Première Nation Tsleil-Waututh, établie le long de la baie Burrard, en face du terminal maritime Westridge, où se termine Trans Mountain.

Tsleil-Waututh fera appel de la décision d'aller de l'avant avec l'expansion de Trans Mountain en raison de préoccupations dues aux déversements et à la circulation des pétroliers, selon Leah George-Wilson.

Une foule brandissant des pancartes.

Des opposants au pipeline Trans Mountain réagissent à la décision du gouvernement fédéral d'aller de l'avant avec l'expansion de l'oléoduc allant de l'Alberta à la Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

De son côté, Stephen Mason a refusé de dire combien de communautés autochtones soutiennent Projet Réconciliation.

« Il y a une minorité bruyante [contre le projet]. La majorité [des communautés] est favorable, en particulier si elles ont la propriété matérielle et une place à la table qui leur permet d'être engagées dans les aspects environnementaux », a déclaré M. Mason.

« Si nous en sommes propriétaires, nous pourrons peut-être calmer l'opposition », a-t-il ajouté.

Une fois l'agrandissement achevé, Projet Réconciliation compte investir 200 millions de dollars par an dans un fonds souverain autochtone.

Élections en vue

« Le plus grand espoir du gouvernement est de neutraliser ce sujet. Imaginons [que la propriété revienne] à une multinationale ou bien à un consortium autochtone. La seconde option est beaucoup moins provocante », souligne Ken Coates, professeur de politique publique à l'Université de la Saskatchewan.

Pour le professeur Coates, la participation des Autochtones à ce projet permettrait aux libéraux de M. Trudeau de conserver davantage de votes qui seront déterminants pour le résultat de l'élection.

Le gouvernement fait déjà la promotion de Trans Mountain comme moyen d’améliorer la vie des peuples autochtones.

Pour le moment, les conservateurs n'ont pas encore décidé comment vendre le pipeline s'ils remportaient les élections, a indiqué la députée conservatrice Shannon Stubbs, qui représente la circonscription de Lakeland en Alberta.

Mais l'idée de voir des communautés autochtones devenir des partenaires dans le secteur de l'énergie a été favorablement accueillie par le gouvernement albertain.

En revanche, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, et son gouvernement néo-démocrate s'opposent à l'expansion du pipeline. Le ministre provincial de l'Environnement, George Heyman, a déclaré que l'acquisition par des groupes autochtones n'atténuait pas ses préoccupations quant aux déversements.

Avec les informations de Geneviève Normand et de Reuters.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Autochtones

Économie