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Un nombre grandissant de citoyens veulent quitter Hong Kong

Le projet de loi sur l'extradition proposé par le gouvernement local fait craindre le pire à certains citoyens de Hong Kong, qui y voient une nouvelle tentative de Pékin d'accroître son influence.

Photo : AFP/Getty Images / VIVEK PRAKASH

Dominique Arnoldi

Inquiétés par le bras de fer qui oppose depuis juin le gouvernement local de Hong Kong et les manifestants, de plus en plus de citoyens veulent quitter l’ancienne colonie britannique. Et nombreux sont ceux qui décident de mettre le cap sur le Canada.

Chris Ho et Chan Wing Hong viennent tout juste de descendre de l’avion qui les a emmenés de Hong Kong à Vancouver mercredi soir.

Pour Chris, un citoyen canadien qui vit à Hong Kong depuis 1997, ce n’est pas une simple visite dans son pays natal, mais un retour qui se veut cette fois définitif.

« Il est temps de quitter Hong Kong et de revenir au Canada, pour de bon », confie-t-il.

La situation politique, avec la Chine qui, petit à petit, veut changer Hong Kong, est devenue trop difficile, explique-t-il. Sa femme hongkongaise a amorcé les procédures qui, espèrent-ils, lui permettront de venir le rejoindre et devenir elle aussi citoyenne canadienne. Et quant à Hong, il pense lui aussi émigrer au Canada.

Les deux amis, membres d’un groupe de rock portant le nom de Yellow, disent devoir constamment faire attention à ce qu’ils disent, de peur d’être arrêtés par les autorités chinoises. Au Canada, ils espèrent avoir une plus grande liberté d’expression et une meilleure qualité de vie.

Les deux hommes sourient à la caméra. L'un porte une casquette, l'autre un chapeau.

Chan Wing Hong et Chris Ho

Photo : Radio-Canada

La diaspora hongkongaise au Canada inquiète

Chris et Hong intégreront ainsi une diaspora de quelque 200 000 Hongkongais au Canada, dont 75 000 déjà établis à Vancouver. Une grande partie d'entre eux y réside depuis les années 90, avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, et depuis que la Chine cherche à accroître son influence sur Hong Kong.

Dans leurs rangs, on compte bon nombre de ressortissants qui suivent assidûment les manifestations dans l'ancienne colonie britannique, malgré les 16 heures de décalage.

« On est tous épuisés. On a tous les yeux rivés sur les écrans de nos téléphones ou de nos ordinateurs, toute la nuit, à suivre les nouvelles de Hong Kong pour voir comment la situation évolue », admet Kennedy Wong, un étudiant à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver depuis quatre ans.

Ces manifestations, Kennedy Wong en garde un vif souvenir, ayant lui-même participé à la révolution des parapluies en 2014, en faveur du suffrage universel.

Aujourd'hui, il s'inquiète pour ses parents, toujours résidents de la ville chinoise, même si le controversé projet de loi sur l'extradition – qui permettrait de faciliter le transfert des suspects en Chine afin de faire face à la justice – a été mis en veilleuse.

Il y a eu beaucoup de gens qui sont descendus dans les rues pour protester. C'est notre façon de vaincre la peur, de descendre en masse dans les rues, comme ça, on n'est plus seul.

Kennedy Wong, étudiant

« Mais je m'inquiète quand même et je veux faire venir mes parents au Canada, ou ailleurs dans le monde, pour échapper à cette peur constante et à l'érosion de nos droits et libertés », dit Kennedy Wong.

Ce malaise est toujours présent chez de nombreux résidents de Hong Kong, dont l'anxiété monte d'un cran à chaque nouvelle tentative de la Chine d'accroître son influence sur l'ancienne colonie britannique, observe John Hu, consultant en immigration depuis 20 ans à Hong Kong, qui a vu son chiffre d'affaires augmenter sans arrêt au cours des cinq dernières années.

Depuis les manifestations de juin contre la loi sur l'extradition portée par la cheffe de l’exécutif Carrie Lam, les demandes d'informations sur l'immigration à son bureau de Hong Kong ont plus que doublé.

De nombreux agents de la police, portant des masques, des casques et des boucliers, se tiennent en rangée dans le centre-ville de Hong Kong.

Des violences inédites entre policiers et manifestants ont éclaté au cours des derniers mois. Les protestataires sont allés jusqu'à lancer des briques, tandis que les forces de l'ordre n'ont pas hésité à utiliser les matraques et les gaz poivrés.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

« Le projet de loi sur l'extradition présenté en juin a fait vraiment peur. Ceux qui remettaient sans cesse leur départ de Hong Kong à plus tard se sont rendu compte qu'ils ne devaient plus attendre », assure John Hu.

Le nombre de demandes d'informations sur l'émigration est passé de 30 à 40 par jour à plus d'une centaine à son bureau de Hong Kong. Et le nombre de certificats d'immigration a doublé depuis juin.

Une deuxième vague de migration

Certains Hongkongais connaissent bien Vancouver et le Canada : 300 000 résidents de la ville chinoise détiennent déjà un passeport canadien.

C'est le cas d'Alex Pang, un natif de Vancouver qui a choisi, il y a 14 ans, de poursuivre une carrière en finances plus excitante à Hong Kong qu'à Vancouver.

« Ça me rend triste de voir Hong Kong changer », déplore-t-il.

Le jeune père d'un garçon de 11 ans, qui remettait toujours à plus tard son départ de Hong Kong, s'est dit d'abord ébranlé par le projet de loi sur l'éducation nationale présenté par la Chine en 2012. Ce projet de loi, depuis abandonné, aurait forcé les écoles à enseigner une version censurée de l'histoire chinoise et à exiger la loyauté des Hongkongais envers la Chine.

Plus tard en 2014, lors des manifestations de la révolution des parapluies exigeant le suffrage universel, ce seront les images de violence policière qui achèveront de le convaincre de rapatrier sa famille à Vancouver, un processus qu'il a finalement amorcé il y a six mois.

« Mon fils et ses amis à l'école faisaient circuler des images de violence policière contre les manifestants, des citoyens ordinaires, raconte Alex Pang. C'est à ce moment-là que je me suis dit que ce n'était pas la meilleure chose à voir pour un garçon de 11 ans et je me suis dit : "OK, tôt ou tard, il va falloir sérieusement penser à revenir au Canada." »

Une foule monstre remplit une grande artère de Hong Kong.

Depuis juin, les manifestations contre le projet de loi sur l'extradition proposé par le gouvernement local ont pris de plus en plus d'ampleur.

Photo : Getty Images / Carl Court

De tels mouvements migratoires qui font craindre, comme au temps de la rétrocession de Hong Kong à la Chine dans les années 90, un deuxième influx massif de ressortissants hongkongais à Vancouver, parce qu'ils sont anxieux de transférer famille et argent à l'abri dans la métropole de la côte ouest.

À l’époque, l’influx migratoire avait provoqué la hausse des prix de l'immobilier, devenu depuis inabordable pour la grande majorité des Vancouvérois.

Taïwan et l'Europe, nouvelles destinations de choix

Si le Canada, l'Australie et le Royaume-Uni restent des destinations de prédilection pour ceux qui choisissent de quitter Hong Kong, Singapour, Taïwan et l'Europe de l'Est intéressent aussi un nombre grandissant de ressortissants.

Alors que le Canada et l'Australie ont resserré leurs conditions d'obtention de la citoyenneté, les pays de l'Europe de l'Est, désireux d'attirer des capitaux étrangers, offrent des programmes avantageux.

En Bulgarie, par exemple, un immigrant pourra obtenir la citoyenneté en investissant un million et demi de dollars dans des bons du Trésor pendant deux ans, sans aucune exigence de résidence dans le pays d'adoption, contrairement au Canada, qui demande un minimum de quatre ans. Un sérieux avantage, selon John Hu.

« Si je suis un riche immigrant, je peux obtenir mon passeport bulgare en deux ans, sans même avoir à habiter une seule journée en Bulgarie. C'est plus avantageux pour les immigrants de Hong Kong que ce qu'offrent le Canada ou l'Australie », estime le consultant en immigration.

Plusieurs Hongkongais tentent toutefois de reporter cet exil au tout dernier moment, espérant profiter le plus longtemps des avantages économiques de la ville d'affaires. Des ressortissants qui, comme Alex Pang, craignent que Hong Kong ne perde l'identité et l'esprit qui en ont fait le succès économique qu'on lui connaît encore aujourd'hui.

Ils espèrent quand même que, peu importe les plans qu'elle a pour Hong Kong, la Chine sera capable de reconnaître les forces qui lui ont permis de prospérer et qu'elle ne lui enlèvera pas ce qui a fait d'elle une ville d'affaires internationales qui rayonne non seulement en Asie, mais partout dans le monde.

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