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Le protocole d’entente des communautés minoritaires de l’Est soulève des questions

Trois hommes signant un document devant des gens qui prennent des photos.

Les trois organismes signataires du protocole d'entente représentent plus de 2,4 millions de personnes qui forment 90 % des communautés de langues officielles en milieu minoritaire au pays.

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

Julien Sahuquillo

Le protocole d'entente signé mardi entre l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), le Quebec Community Groups Network (QCGN) et la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) soulève des réactions au pays. Certains observateurs craignent entre autres une division au sein du mouvement francophone.

Présenté comme un moyen de défendre les minorités linguistiques et d’en faire un sujet de la prochaine élection fédérale, le protocole d’entente des trois plus grandes associations de communautés minoritaires semble vouloir être un moyen de faire cavalier seul pour certains observateurs.

Le professeur de sciences politiques de l’Université Simon Fraser Rémi Léger y voit un geste qui pourrait fragiliser la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA).

Deux des associations signataires sont membres de la FCFA dans des provinces importantes où il y a beaucoup de francophones et elles font une alliance avec un organisme qui défend la place de l’anglais, qui n’a pas les mêmes objectifs, souligne-t-il.

Il voit dans ce regroupement à trois une stratégie contre-productive.

Si on veut que les langues officielles soient un enjeu électoral lors de la prochaine élection fédérale, il ne faut pas faire une alliance à trois. Il faut faire une alliance avec tous les organismes, croit-il.

Officialiser ce qui existait déjà

Pour le président de l’AFO, Carol Jolin, il s’agissait avant tout d’officialiser une collaboration déjà existante.

Il y a une question de proximité. Ce sont aussi les premières qui nous ont appuyés lorsque nous sommes entrés en conflit avec notre gouvernement. Même avant la résistance, on entretenait des liens très étroits avec les anglophones du Québec pour nous aider auprès des anglophones de l’Ontario, argumente-t-il.

D’autre part, il affirme que la décision de signer un accord à trois vient d’une urgence politique dans un contexte où les gouvernements de ces trois provinces sont hostiles aux minorités linguistiques.

On voulait agir rapidement et ne pas attendre le mois de septembre. Je ne sais pas le temps que ça aurait pris de faire le tour du pays et de s’assurer de l’aval des conseils d’administration, explique-t-il.

Et les autres francophones?

Pour Rémi Léger, cette signature lance un message d'exclusion.

« Ces trois organismes disent que la majorité de ceux qui parlent l’anglais ou le français en situation minoritaire habitent l’Ontario, le Québec et le Nouveau-Brunswick. Je m’oppose à ce discours-là parce qu’on crée deux classes de citoyens », dit-il.

On dit : "Nous, nous sommes les grands et, le reste, vous êtes des petits." Donc, les Franco-Manitobains, tant pis, les Franco-Albertains, tant pis, les Acadiens de la Nouvelle-Écosse, tant pis.

Rémi Léger, professeur en Sciences politique à l'Université Simon Fraser

Toutefois, l’AFO conteste cette analyse. Si les autres groupes minoritaires se sentent frustrés par cette situation, ce n’était pas notre but. On espère qu’ils se joindront à nous. On est loin de fermer la porte aux autres provinces. Ce n’est pas un club privé, affirme Carol Jolin.

Il reconnaît toutefois que la FCFA ne pourrait pas se joindre à leur entente dans la mesure où ses statuts l'empêchent de s’associer à un groupe anglophone. Pour les autres organismes, Carol Jolin estime que le choix leur appartient.

Dans cette multiplicité de discours, le sociologue de l’Université de Moncton, Éric Forgues, se questionne sur la cohérence de l'ensemble du mouvement francophone.

Une francophonie qui promeut le rapprochement avec le Québec et une autre qui promeut un rapprochement avec les anglophones du Québec?, demande-t-il sur Twitter.

Nécessaire?

Rémi Léger, quant à lui, affirme que, pour faire de la défense des langues minoritaires un enjeu de la campagne électorale, il n’était pas nécessaire de créer un tel protocole d’entente.

Je ne suis pas opposé à ce que les organismes fassent des collaborations, mais on n’a pas besoin d’établir un protocole d’entente pour ça. On aurait pu avoir une entente ponctuelle avec la signature commune d’un communiqué, explique-t-il.

Pour Carol Jolin, l’accord est une manière de créer un rapport d'entraide fort de type Un pour tous, tous pour un.

Il ajoute que ce nouveau groupe ne risque pas de créer de cacophonie sur la scène politique francophone dans la mesure où les signataires de l’accord défendent également le projet de révision de la Loi sur les langues officielles de la FCFA. Selon lui, avoir davantage de personnes portant cette question auprès de médias ne peut être qu’un avantage dans la bataille politique.

La Société de la francophonie manitobaine et la FCFA ont été contactées par Radio-Canada, mais n'ont pas souhaité s'exprimer sur le sujet.

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