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Crème solaire : un danger pour l’écosystème marin

Un homme met de la crème solaire.

Selon une étude américaine, près de 14 000 tonnes de crème solaire sont relâchées chaque année dans des zones abritant des coraux.

Photo : iStock

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les crèmes solaires sont très prisées pendant l’été pour protéger la peau contre les rayons ultraviolets. La composition de ces produits suscite toutefois de plus en plus de préoccupations pour la faune et la flore marines.

Selon la professeure à la retraite spécialisée en toxicologie et qualité de l’eau, Eva Pip, on retrouve dans les crèmes solaires des substances qui favorisent la mort des coraux et, par conséquent, la disparition de la faune sous-marine qu’ils abritent.

Des anémones de couleur orangée.

Des anémones dans leur habitat naturel, plusieurs centaines de mètres sous la surface.

Photo : Gracieuseté Pêches et Océans Canada

Eva Pip cite l'exemple de l’oxybenzone, une substance toxique qui entraîne une déformation hormonale des larves de coraux en plus de rendre celles-ci immobiles. Elle accélère aussi le blanchissement et favorise l'ossification des coraux.

La spécialiste fait également remarquer que les nanoparticules présentes dans les crèmes solaires rendent les poissons apathiques, c’est-à-dire sans énergie ni réactivité. Dans cette situation, les poissons se nourrissent moins, chassent moins et nagent moins vite, ce qui, selon Eva Pip, est néfaste pour l’écosystème marin.

« Dans les eaux douces du Manitoba, nous n’avons pas de coraux, mais nous avons beaucoup d’invertébrés qui nourrissent les poissons. Les conséquences sont donc directes sur nos poissons ici. »

— Une citation de  Eva Pip, professeure à la retraite spécialisée en toxicologie et qualité de l’eau

À chaque baignade, environ le quart de la crème solaire appliquée sur la peau reste dans l’eau. Selon une étude américaine, près de 14 000 tonnes de crème solaire sont ainsi relâchées chaque année dans des zones abritant des coraux.

Une fois à la maison, la menace n'est pas éliminée. En effet, Eva Pip explique que les composantes nuisibles à l'environnement vont se mêler à l'eau de la douche et pourraient se retrouver dans les nappes phréatiques.

Un traitement peu efficace

Selon Muhannad Malas, responsable du programme des substances toxiques d'Environmental Defence Canada, un organisme de défense de l'environnement, les systèmes de traitement des eaux qui existent au pays ne permettent pas d’extraire toutes les particules de ces substances qui composent la crème solaire.

« Même dans les eaux usées domestiques, je ne pense pas qu’on soit capable d'enlever complètement ces particules. Alors, ne parlons pas des lacs et les océans », dit-il.

L’organisme aimerait que les autorités canadiennes mettent en place une réglementation qui permette de réduire la propagation de ces substances dans l'eau.

« Aujourd’hui, on trouve ces particules partout. Les gouvernements doivent agir en mettant en place des lois strictes qui nous protègent et protègent l’environnement. »

— Une citation de  Muhannad Malas, responsable du programme des substances toxiques d'Environmental Defence Canada

Muhannad Malas mentionne à cet égard l’État d’Hawaï, qui interdira à partir de 2021 la vente de crème solaire contenant de l’oxybenzone et de l’octinoxate.

Solutions naturelles

Pour sauver les fonds marins, les crèmes faites maison sont souvent conseillées comme solution de rechange. Eva Pip fait toutefois remarquer que l’efficacité de ces produits n’est pas prouvée scientifiquement. « On ne sait pas si ça protège réellement la peau contre les rayons ultraviolets », dit-elle en ajoutant que les dosages de ces produits maison n’obéissent à aucune exigence scientifique.

La Société canadienne du cancer préconise une grande prudence face aux rayons ultraviolets, notamment pour les enfants. Elle conseille l'achat de vêtement FPU présentant un indice 15 ou supérieur.

La Société canadienne du cancer préconise une grande prudence face aux rayons ultraviolets, notamment pour les enfants. Elle conseille l'achat de vêtement FPU présentant un indice 15 ou supérieur.

Photo : iStock

Pour véritablement changer les choses, Eva Pip prône des solutions naturelles. Elle suggère entre autres de réduire l’exposition au soleil lorsqu'il fait chaud.

« Les gens peuvent éviter de passer trop de temps au soleil, ils peuvent porter des vêtements qui couvrent bien leur corps et porter des lunettes de soleil. »

— Une citation de  Eva Pip, professeure à la retraite spécialisée en toxicologie et qualité de l’eau

L’organisme Défense environnementale Canada propose, lui, de privilégier les crèmes solaires à base de minéraux, notamment le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc.

« Avant, les gens n’aimaient pas ce genre de crème solaire parce que la texture était crayeuse. Aujourd’hui, les entreprises travaillent à améliorer cette texture. Nous conseillons ce type de crème qui est plus sécuritaire », indique Muhannad Malas.

Il espère aussi que l’industrie des produits de beauté et la communauté scientifique trouveront sous peu des solutions beaucoup plus efficaces qui protégeront la peau sans nuire à l’environnement.

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