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Trump soupçonné de politiser la fête de l’Indépendance américaine

Un homme installe un lutrin sur un podium devant le monument.

Les préparatifs vont bon train en vue de la fête de l'Indépendance. Sur cette photo, des travailleurs prépare le podium d'où le président Trump doit prononcer son discours, devant le Lincoln Memorial.

Photo : Reuters / Jim Bourg

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Donald Trump est-il en voie de politiser les célébrations entourant la fête de l’Indépendance des États-Unis, traditionnellement apolitiques? C’est ce que craignent de nombreuses voix qui s’élèvent à quelques heures du 243e anniversaire de la Déclaration d’indépendance du pays.

À la demande de la Maison-Blanche, et contrairement aux pratiques établies, des bombardiers, des chasseurs et même l’avion présidentiel Air Force One doivent voler jeudi au-dessus du National Mall, le grand parc situé près de la Maison-Blanche et du Congrès.

Des tanks Abraham de 60 tonnes provenant de la Georgie doivent aussi être stationnés sur le site, comme demandé par le président, mais sans y rouler. Le gouvernement du District de Columbia, qui gère la capitale fédérale, ne veut pas que les tanks circulent, question de ne pas endommager les rues.

L’événement doit aussi être marqué par un défilé sur Constitution Avenue et un discours patriotique du président Trump, prononcé depuis le Lincoln Memorial, monument emblématique situé à l’extrémité est du National Mall.

Le discours du président fait sourciller, dans la mesure où ses prédécesseurs se sont généralement faits plutôt discrets le 4 juillet.

L'armée « ravie » de sa participation?

Dans un tweet publié mardi, le président américain a assuré que l’armée était ravie de participer à l’événement, baptisé « Salute to America », censé souligner le travail des militaires américains.

Il est cependant loin d’être certain que le Pentagone souhaite être mêlé à ces célébrations.

Une femme vêtue d'un t-shirt rose brandit une pancarte devant un tank transporté sur une remorque, non loin d'un ballon gonflable à l'image du président dépeint en bébé.

« Des tanks, non merci », indique un jeu de mots inscrit sur une pancarte brandie par une membre du groupe Code Pink opposé à la guerre. Un ballon gonflable « Baby Trump » flotte devant le tank.

Photo : Getty Images / AFP/ALASTAIR PIKE

Le Pentagone n’a d’ailleurs toujours pas confirmé la présence du chef d’état-major, le général Joseph Dunford. Les questions de la presse à ce sujet sont toutes renvoyées à la Maison-Blanche ou au département de l’Intérieur, officiellement responsable de ces célébrations à grand déploiement.

L’armée n’est pas responsable de ça. C’est un événement du département de l’Intérieur, que la Défense soutient, et la Maison-Blanche fournit l’orientation pour dire comment ils veulent célébrer.

Une citation de : Déclaration d’un responsable du Pentagone non identifié dans le Washington Post

Il est de notoriété publique que l’ancien secrétaire à la Défense Jim Mattis,  qui a remis sa démission il y a un peu plus de six mois, n’était pas très en faveur d’une participation de l’armée à la fête de l’Indépendance.

Aux États-Unis, l’armée est apolitique, et sa fidélité va à la Constitution plutôt qu’au président, même si ce dernier est officiellement le chef des armées.

Quelle facture pour les célébrations?

Nul ne sait par ailleurs quelle sera la facture de cet événement à grand déploiement. Selon un ancien directeur adjoint des Parcs nationaux des États-Unis, Denis Galvin, l'organisation d'une fête au National Mall coûte normalement 2 millions de dollars.

Considérant le coût de vol des avions militaires, avec l’entretien et l’essence, le coût de transport des tanks et l’imposante sécurité qui ne manquera pas d’être déployée pour l’occasion, la facture risque cette fois d'être beaucoup plus élevée.

Même si aucune estimation des coûts qui devront être assumés n'a été fournie par les Parcs nationaux, l’armée de l’air affirme que faire voler un bombardier B-2 coûte 122 000 $ l’heure, tandis qu’il faut en prévoir plus de 65 000 $ pour un chasseur.

Ces deux appareils doivent participer aux célébrations de jeudi, tout comme beaucoup d'autres nécessitant aussi d'importants coûts de préparation, comme des F-35, des F-18 et des hélicoptères de l'armée ou de la garde côtière.

Tous les militaires qui participeront à leur déploiement jeudi seront par ailleurs payés en heures supplémentaires.

Un homme boit un breuvage sur une chaise près du Lincoln Memorial.

Un travailleur préparant les festivités prend une pause près du Lincoln Memorial.

Photo : La Presse canadienne / AP/Andrew Harnik

Le Washington Post affirme que les Parcs nationaux des États-Unis, qui relèvent du département de l’Intérieur, vont investir à eux seuls 2,5 millions de dollars dans les célébrations.

Selon les sources du quotidien, il s’agit d’argent provenant des frais d’admission que paient les visiteurs des parcs américains. Ces sommes sont normalement réinvesties dans l’entretien des parcs.

C’est de l’abus de confiance envers le public. Le public paie des frais pour les parcs afin de les conserver et pour des programmes éducatifs, pas pour la parade du président.

Une citation de : Theresa Pierno, présidente de l’Association de protection des parcs nationaux

Une zone réservée aux seuls alliés de Trump

La décision de l'administration Trump d’établir une zone réservée aux seuls détenteurs de billets près du Lincoln Memorial pour le discours du président soulève aussi la controverse.

Selon la presse américaine, le Parti républicain et l’équipe de campagne de M. Trump en vue de la présidentielle de 2020 distribuent tous deux des billets pour l’événement, mais le Parti démocrate n’en a reçu aucun.

La démocrate du Minnesota qui dirige le sous-comité responsable d’étudier les crédits versés au département de l’Intérieur, Betty McCollum, a assuré qu’elle talonnerait l’institution pour obtenir des réponses sur les coûts de l’opération. Elle dénonce d’ores et déjà l’aspect partisan de l’événement.

M. Trump détourne la célébration et la transforme en un rassemblement politique financé avec l’argent des contribuables. Il s’agit plus de promouvoir le culte trumpien de la personnalité que de l’esprit américain d’indépendance et de liberté, a-t-elle lancé mardi sur Twitter.

Le plus honteux dans tout ça, c'est que notre armée est récupérée pour une démonstration de force gratuite par un commandant en chef qui se délecte de l’attention des dictateurs et des despotes, a-t-elle ajouté.

Nous n’avons jamais rien vu de tel. Aucun événement politique avec des billets ne devrait être financé par les contribuables.

Une citation de : Tom Udall, démocrate siégeant à la commission sénatoriale étudiant les crédits versés au département de l’Intérieur

Même si l’idée d’utiliser l’armée pour célébrer la fête nationale vient de France, les critiques du président Trump ne manquent d’ailleurs pas de souligner que cette façon de faire ressemble plutôt à ce qui se fait dans des pays ennemis des États-Unis, comme la Russie, la Chine ou la Corée du Nord.

Donald Trump, président des États-Unis

Trump et les républicains se défendent

La Maison-Blanche et le Parti républicain balaient toutes ces critiques du revers de la main.

Le comité national du parti du président soutient par exemple que la distribution de billets pour la zone réservée est cohérente avec la pratique des démocrates, qui distribuaient des billets pour des visites ou des événements à la Maison-Blanche.

Ces événements n’ont toutefois pas le caractère public de la fête de l’Indépendance organisée par l’administration Trump.

Kellyanne Conway parle devant plusieurs micros installés près de la Maison-Blanche.

La conseillère du président, Kellyanne Conway, s'en est prise mardi à un journaliste qui lui posait des questions sur les célébrations de jeudi, en l'accusant de ne pas faire preuve du patriotisme requis pour l'occasion.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

C’est un événement public, c’est ouvert au public, le public est invité à venir célébrer notre grand pays, la plus grande démocratie, la Constitution, tous les amendements, a assuré mardi la conseillère du président, Kellyanne Conway.

Cette dernière a toutefois laissé prise aux accusations de partisanerie politique lorsqu’elle a ajouté que le discours patriotique du président permettra notamment de souligner le succès de l’administration qui a créé tant d’emplois pour les gens, et ce qu’elle a fait pour les anciens combattants.

Avec les informations de Associated Press, Washington Post, New York Times, et CNN

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