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Des îles du fleuve Saint-Laurent rapetissent ou disparaissent

L'île Deslauriers, située à l'est de Varennes en Montérégie, a perdu le tiers de sa superficie depuis 10 ans. Sur la photo les vagues frappent une falaise en terre de 2 mètres de haut autour de laquelle volent de nombreux oiseaux.

L'île Deslauriers, située à l'est de Varennes en Montérégie, a perdu le tiers de sa superficie depuis 10 ans.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

René Saint-Louis

Entre Montréal et le lac Saint-Pierre, certaines îles sont mal en point tellement elles ont été grugées par les vagues que font les navires qui passent dans la Voie maritime du Saint-Laurent. Or, ces îles servent de refuge à des animaux dont certains sont menacés de disparition.

C'est le cas de l'île Deslauriers, située à quelques minutes en bateau de Varennes.

On y retrouve la plus grande colonie de goélands à bec cerclé d'Amérique du Nord, soit environ 32 000 couples. Des hérons gris et des canards y nichent aussi.

Depuis 10 ans, l'île a perdu le tiers de sa superficie. Les oiseaux qui y nichent pourraient donc devoir trouver refuge ailleurs. Mais où? se demande le biologiste Francis St-Pierre.

Les îles du Saint-Laurent sont les derniers habitats naturels qu'il leur reste. Avec le développement domiciliaire sur les rives, tant sud que nord, les habitats naturels sont en voie de disparition, là.

Francis St-Pierre, biologiste et technicien de la faune à l'Université du Québec à Montréal

Il ajoute que, quand l'île Deslauriers disparaîtra – et elle disparaîtra, insiste-t-il, car elle perd plusieurs mètres de rivage chaque année –, « les gens se retrouveront avec des problèmes parce que les oiseaux pourraient nicher sur les toits plats en ville, comme c'est déjà le cas dans le coin de Dorval. Quand ils sont ici sur cette île, les goélands à bec cerclé ne dérangent personne ».

Faire le tour de l'île en bateau permet de constater que c'est la berge qui fait face à la Voie maritime qui disparaît. On y observe un mur de terre de deux mètres de hauteur tellement l'île a déjà été grugée par les vagues. Sur le bord de l'île qui n'est pas exposé à la Voie maritime, le rivage forme une petite pente naturelle qui descend doucement vers l'eau.

Le bord de l'île Desrosiers qui n'est pas exposé au passage des navires de la Voie maritime du Saint-Laurent. Sur la photo on constate que le rivage forme une petite pente naturelle qui descend doucement vers l'eau.

Le bord de l'île Desrosiers qui n'est pas exposé au passage des navires de la Voie maritime du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

À l'intérieur d'une même saison, dit Francis St-Pierre, des talus de terre se détachent et tombent dans le fleuve avec les nids des oiseaux.

Certaines îles plus petites, comme l'île Bellegarde un peu plus au nord, ont déjà disparu.

Sur l'île Sainte-Thérèse, une très grande île située devant la municipalité de Varennes, des nids d'hirondelles de rivage sont aussi menacés. Les nids sont creusés à même la falaise de terre, et cette année, au moins trois mètres de rivage ont été emportés.

Le grand marais situé sur l'île aux Fermiers est aussi menacé. Francis St-Pierre craint que, d'ici quelques années, le marais se déverse dans le Saint-Laurent en raison de l'érosion des berges. Les petits blongios, les fuligules à tête rouge et les goglus des prés qui y vivent perdront donc leur habitat.

Des lys jaunes devant le marais.

Ce marais est situé en plein centre de l'île aux Fermiers. Si le rivage de l'île continue à disparaître, le marais se videra dans le fleuve et s’asséchera.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Plusieurs de ces espèces d'oiseaux sont censées être protégées en vertu de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, ainsi que de la Loi canadienne sur les espèces en péril.

Pas que les oiseaux

Du côté de la Société pour la nature et les parcs, le directeur général de la section Québec de l'organisme, Alain Branchaud, s'inquiète aussi de l'impact de l'érosion des berges sur une espèce de poisson classé en voie de disparition par la Loi sur les espèces en périldu Canada.

Un exemple de ça : les herbiers qu'on retrouve dans le tronçon entre Montréal et le lac Saint-Pierre sont importants pour la survie du chevalier cuivré, qui est une espèce unique au Québec. Le batillage, donc l'effet des vagues du passage des bateaux, détruit ces habitats-là et fait en sorte que l'espèce n'a plus de garde-manger, n'a plus d'endroit pour se nourrir. Alors, c'est un problème majeur pour la survie de notre poisson national.

Alain Branchaud, directeur général de la section Québec de la Société pour la nature et les parcs

Alain Branchaud dénonce l'inaction d'Ottawa dans ce dossier. La Loi sur les espèces en péril oblige le gouvernement, dit-il, à décréter une série de mesures pour protéger l'habitat essentiel des animaux menacés. Or, dans le cas du chevalier cuivré, le gouvernement avait jusqu'à la fin 2012 pour le faire et rien n'a encore été annoncé. « Ça frôle le ridicule! », s'indigne-t-il.

La Société pour la nature et les parcs envisage donc de s'adresser aux tribunaux pour forcer le gouvernement à respecter sa propre loi. « On aimerait que le gouvernement fédéral prenne ses responsabilités. Mais je pense qu'on est rendu à l'étape où il va falloir regarder de ce côté-là et on n'exclut pas cette possibilité-là. »

Interrogé sur les mesures qui peuvent être prises pour freiner l'érosion des berges le long de la Voie maritime, Transports Canada répond par courriel que « l'érosion est en grande partie un phénomène naturel », mais dit avoir demandé aux navires de réduire volontairement leur vitesse. La mesure, même si elle n'est pas obligatoire, serait respectée par 99 % des navires, écrit-on.

Environnement et Changement climatique Canada affirme pour sa part travailler de concert avec le gouvernement du Québec « pour que cet écosystème précieux soit en santé et profitable pour les générations actuelles et futures », mais a refusé de se prononcer sur le respect de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs et de la Loi sur les espèces en péril.

Grand Montréal

Faune et flore