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Une crise du logement? Québec et le FRAPRU ne s'entendent pas sur la réponse

Ceux qui déménagent doivent s'assurer de charger convenablement leur remorque.

Le FRAPRU estime qu'au lendemain du déménagement du 1er juillet, encore trop de ménages n'ont pas signé de bail.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Delphine Jung

Au lendemain du grand déménagement du 1er juillet, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) sonne l'alarme sur la pénurie de logements qui existerait au Québec et montre du doigt le « déni » du gouvernement quant à cette situation. Pour la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, il n’y a tout simplement pas de crise.

Lors d’une conférence de presse, mardi, le FRAPRU a en effet dressé un « bilan sévère de la gestion de la situation autour de la journée des déménagements ».

« Cela fait plusieurs mois que nous tirons la sonnette d’alarme concernant la rareté de logements locatifs. Le taux d’inoccupation est sous le seuil d’équilibre des 3 %. À Montréal, par exemple, cela fait 14 ans qu’il n’a jamais été aussi bas », explique Véronique Laflamme, porte-parole du regroupement.

Véronique Laflamme répond aux questions des journalistes.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU (au centre), a dénoncé la mauvaise gestion de la part du gouvernement pendant la période des déménagements.

Photo : Facebook du FRAPRU

D'après le FRAPRU, le taux d’inoccupation à Montréal est actuellement de 1,9 % et la situation semble particulièrement préoccupante dans les arrondissements de Rosemont-La Petite-Patrie ou encore de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, où l’on se trouve carrément proche de 0 % en ce qui concerne les logements de trois chambres à coucher et plus.

À Gatineau, il est à 0,7 % en raison, entre autres, des récentes inondations, et à 1,7 % à Drummondville.

Le résultat, d’après l’organisme, est qu’au lendemain du 1er juillet, 98 ménages n’ont pas encore signé de bail à Montréal, 15 à Sherbrooke, et 17 à Gatineau.

Ça fait 10 ans qu’on n’a pas vu autant de ménages faire appel à notre organisme.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU

Le regroupement craint d’ailleurs que les hausses de loyers ne s’accélèrent avec la rareté, si un contrôle obligatoire des loyers et un registre des baux ne sont pas mis en place.

Il faut, selon l’organisme, relancer la construction de logements sociaux en utilisant les surplus budgétaires dont le gouvernement dispose.

Des aides trop « tardives »

Québec a annoncé mercredi dernier l’adoption d’un programme d’aide d’urgence.

Andrée Laforest.

Andrée Laforest n'a pas la même vision que le FRAPRU concernant la pénurie de logements au Québec.

Photo : Radio-Canada

C'est trop peu, trop tard, d’après le FRAPRU. « En raison de l’annonce tardive de mesures d’aide concrètes pouvant les aider, plusieurs autres ménages locataires sont passés à travers les mailles du filet », explique l’organisme qui réclame avant tout un plan plus concret et une vision à long terme.

Il s'agit, pour Mme Laflamme, de répondre au problème des transformations de logements locatifs en « cottages et condos ». La porte-parole a également évoqué le cas des logements mis en location sur la plateforme Airbnb.

Mais pour la ministre Andrée Laforest, « le gouvernement a agi au bon moment ».

« Quand il y a des Programmes supplément au loyer (PSL) d’urgence, qui ne sont pas utilisés […] il n’y a pas de crise de logement », ajoute-t-elle, en balayant du même coup les accusations de déni que lui porte le FRAPRU.

Le plan d’urgence n’a pas été utilisé au complet [...], c’est la preuve qu’on a bien agi.

Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation

S’il n’y a pas de crise, selon elle, c’est parce que le nombre de PSL accordés cette année est de 75, contre 5000 dans les années 2000.

Du côté des propriétaires, si on n’ose pas encore parler de crise, on évoque une « rareté » des logements locatifs au Québec.

« On pense que ce sera encore plus rare, car rien n’indique que la demande de logements va baisser et il n’y aura jamais assez de construction de logements », explique Hans Brouillette, directeur des affaires publiques pour la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ).

Affiche « à louer » sur un balcon.

Le taux d’inoccupation à Montréal est actuellement de 1,9 % et la situation semble particulièrement préoccupante dans les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie ou encore de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

D’ailleurs, l’IRIS vient de publier une étude sur le sujet. « Il y a une crise d’accessibilité, car il n’y a pas assez de logements disponibles pour combler les besoins, et une crise d’abordabilité. On voit poindre la même chose qu’au début des années 2000 », a déclaré à Radio-Canada le chercheur Philippe Hurteau.

Pour le directeur des affaires publiques de la CORPIQ, il faut que le gouvernement maintienne l’intérêt pour les propriétaires de garder leur logement en location.

« Il y a trop de contraintes de la Régie du logement, donc beaucoup louent à leur famille ou le revendent pour en faire des condos », ajoute M. Brouillette, en rappelant que la plupart des gens qui louent à des touristes contre rémunération sont des locataires.

Entrevue avec François Des Rosiers, professeur au département de finance, assurance et immobilier à l'Université Laval, à l'émission RDI Économie

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