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Carrie Lam, l'emblème de Pékin à Hong Kong

Une femme asiatique parle au micro devant un mur sur lequel il est écrit, en anglais et en langue chinoise, « La république populaire de Chine ».

La cheffe du gouvernement local de Hong Kong, Carrie Lam, à l’occasion du 22e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le 1er juillet 2019.

Photo : Reuters / Handout .

Agence France-Presse

Carrie Lam avait promis d'apaiser les tensions politiques et d'être à l'écoute de la jeunesse lorsqu'elle est devenue en 2017 cheffe de l'exécutif de Hong Kong. Mais le territoire se retrouve aujourd'hui en plein chaos, avec des manifestations massives et un parlement saccagé.

Les manifestants, initialement opposés à un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine continentale, réclament sa démission.

Cette catholique pratiquante de 62 ans a été désignée à la tête de l'exécutif en mars 2017 par une commission largement composée de loyalistes pro-Pékin. C'est la première femme à accéder au poste le plus élevé de la place financière asiatique.

Elle était déjà détestée par le camp démocrate, car elle avait été jusque là adjointe du chef du gouvernement sortant Leung Chun-ying, impopulaire et accusé d'être la marionnette de Pékin.

Sa réputation avait rejailli sur Mme Lam, surnommée par ses contempteurs la « nourrice » de M. Leung (« lai-ma » en cantonais) en raison de sa fidélité à ce dernier.

En 2014 lors de la « révolte des parapluies », un mouvement pacifiste de dizaines de milliers de personnes réclamant un véritable suffrage universel à Hong Kong, elle était le visage du gouvernement, débattant avec les leaders étudiants, assurant que leurs revendications n'aboutiraient pas.

Née dans une famille humble de cinq enfants du quartier de Wanchai, elle a été élève d'une école catholique avant d'étudier à l'Université de Cambridge grâce à des aides publiques.

Mère de deux enfants, elle a fait carrière dans la fonction publique avant d'entrer en politique, se révélant très loyale à Pékin.

En campagne, elle s'est concentrée sur des questions comme la pauvreté et le logement, qui alimentent l'insatisfaction dans cette ville à forte densité.

Mais elle a subi quelques mésaventures en tentant de présenter une image de femme du peuple. Lorsqu'elle a pris le métro durant la campagne, elle a semblé tout ignorer de l'utilisation de la carte « Octopus », dont les Hongkongais se servent dans les transports et dans de nombreux commerces.

Elle avait également été moquée après une anecdote relatée à la presse sur une mission nocturne pour acheter du papier toilette, qui montrait qu'elle ne savait pas où se procurer des denrées de base.

Lors de sa désignation en 2017, elle a fait référence aux « dissensions graves » et aux « nombreuses frustrations » qui divisaient le territoire, assurant : « ma priorité, c'est de guérir ces fractures ». Elle promettait d'être plus attentive aux jeunes, particulièrement soucieux d'une plus grande liberté démocratique et de mesures visant à lutter contre les inégalités croissantes.

Deux ans après, Hong Kong est plus divisé que jamais dans son histoire récente après trois semaines de gigantesques manifestations antigouvernementales qui se sont poursuivies après la suspension du projet sur les extraditions.

Le gouvernement est accusé de laisser Pékin rogner les libertés dont bénéficie le territoire aux termes de l'accord de rétrocession, en théorie jusqu'en 2047.

Hong Kong et ses 7 millions d'habitants ont connu leurs pires violences politiques depuis la rétrocession à la Chine en 1997. Lundi soir, au 22e anniversaire de la rétrocession, des milliers de manifestants, des jeunes pour la plupart, ont fait irruption dans le Parlement et mis à sac le bâtiment.

Une caricature d'une femme placardée sur un pilier en béton avec une policière faisant le guet à côté.

Une caricature de Carrie Lam, cheffe du gouvernement de Hong Kong, sur un pilier du conseil législatif, le 2 juillet 2019, au lendemain du 22e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine.

Photo : Reuters / Jorge Silva

Beaucoup font porter la responsabilité de ces désordres à l'intransigeance de Carrie Lam, qui a condamné les violences « extrêmes » des manifestants tandis que Pékin réclamait une enquête pénale sur ce défi sans précédent à son autorité.

« Je pense que la cheffe du gouvernement et son équipe devraient s'interroger sur ce qui a mené à ce degré de violence », a déclaré mardi Anson Chan, ancienne numéro 2 du gouvernement local. « C'est la combinaison de plusieurs années d'injustice [...] et d'un gouvernement qui n'écoute que les pro-Pékin et ignore le reste des habitants de Hong Kong ».

La volonté de Carrie Lam de faire adopter rapidement le projet sur les extraditions a été le point de départ des manifestations, qui reflètent également la colère croissante à propos de la gestion de la ville par les pro-Pékin.

Deux ans après sa prise de fonction, sa popularité est au plus bas. Mais peu s'attendent à la voir partir et à voir ainsi Pékin perdre la face.

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