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Pékin veut que Hong Kong établisse « les responsabilités pénales » des émeutiers

Deux policiers montent la garde devant un mur du parlement, sur lequel est inscrit le graffiti.

« Hong Kong n'est pas la Chine », peut-on lire sur ce graffiti sur les murs du parlement, gardé mardi par des policiers du territoire.

Photo : Reuters / Jorge Silva

Radio-Canada

Pékin met tout son poids derrière la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, au lendemain de l’occupation et du saccage du parlement de l’ancienne colonie britannique par des manifestants. Il déplore en outre « l’ingérence flagrante » de Washington dans ce dossier.

Des dizaines de manifestants casqués, masqués et armés de barres métalliques ou de pinces gigantesques ont envahi lundi soir l'hémicycle du parlement après avoir forcé un barrage de police, qui a mis des heures à reprendre le contrôle de la situation.

Ils y ont déployé le drapeau de l'époque coloniale britannique, arraché les portraits des dirigeants de Hong Kong, mis le bâtiment à sac et maculé les murs de graffitis. La Chine n'est pas Hong Kong, résumait un message. Il n'y a pas d'émeutiers violents, juste de la tyrannie, avançait un autre.

Ces attaques violentes […] constituent des actes illégaux graves qui bafouent la règle de droit et mettent en péril l’ordre social. Nous le condamnons fermement, a commenté mardi à Pékin un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.

Un porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong avait précédemment exprimé la plus énergique condamnation de la tournure des événements dans un communiqué, appelant les autorités de Hong Kong à établir les responsabilités pénales des auteurs de violences.

Ces actes graves et illégaux piétinent l'État de droit à Hong Kong, compromettent l'ordre social à Hong Kong et portent atteinte aux intérêts fondamentaux de Hong Kong.

Déclaration du Bureau chinois des affaires de Hong Kong

Ces propos constituent un appui non équivoque à la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, qui a dénoncé l'invasion extrêmement violente du parlement lors d'une conférence de presse tenue quelques heures plus tôt.

C'est quelque chose que nous devons sérieusement condamner, car rien n'est plus important que l'État de droit à Hong Kong, a fait valoir Mme Lam, évoquant des événements bouleversants et choquants.

Gros plan de Carrie Lam, qui porte les cheveux courts, des lunettes rectangulaires et un foulard noué autour du cou.

La cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam a dénoncé l'invasion « extrêmement violente » du parlement par les manifestants.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

À son côté, le chef de la police Stephen Lo a jugé que ces actes, survenus à l’occasion du 22e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni, ont dépassé de loin la limite de l'expression pacifique de revendications.

Joshua Wong, une des figures de proue du mouvement d’opposition à Hong Kong, a lui-même reconnu que les gestes de violence posés par certains manifestants avaient attiré certaines critiques.

Il a tout de même soutenu que les derniers événements étaient une réaction à la tyrannie et au règne impérial de Pékin et du gouvernement hongkongais, qu'illustre le controversé projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine, actuellement suspendu.

Je comprends que les gens de Hong Kong et d’ailleurs dans le monde peuvent ne pas être d’accord ou en désaccord à 100 % avec tous les comportements des protestataires. Mais toutes [leurs] demandes ont été ignorées. Y a-t-il une autre voie?

Joshua Wong, figure de proue du mouvement d'opposition

À l’instar de nombreux manifestants, M. Wong maintient que Mme Lam doit démissionner.

Des commentaires de Trump qui passent mal

M. Geng a aussi profité de sa conférence de presse pour déplorer l’ingérence flagrante du président américain Donald Trump dans cette affaire, qui survient alors que Pékin et Washington sont engagés dans un bras de fer sur leurs relations commerciales.

Le président américain a estimé lundi que les manifestants hostiles au gouvernement pro-Pékin qui ont envahi et vandalisé le parlement de Hong Kong étaient en quête de démocratie.

Malheureusement, certains gouvernements ne veulent pas de la démocratie, a déclaré M. Trump à des journalistes depuis la Maison-Blanche après avoir jugé très triste la situation à Hong Kong.

Nous déplorons et nous nous opposons fermement à l'ingérence flagrante des États-Unis dans les affaires intérieures de la Chine, a commenté le porte-parole de la diplomatie chinoise.

Dans une foule de manifestants portant des casques et des masques, l'un d'entre eux porte à bout de bras un parapluie fermé et semble l'utiliser pour frapper.

Des groupes de manifestants ont fait irruption dans le parlement, arrachant les portraits des dirigeants de Hong Kong et maculant les murs de graffiti.

Photo : Getty Images / Billy H.C. Kwok

Depuis le début de la crise à Hong Kong, Pékin fait profil bas, même si la tournure des événements jette un doute sur la capacité de gérer le territoire en vertu de la règle un pays, deux systèmes, qui doit être en vigueur jusqu'en 2047 en vertu de l'accord de rétrocession signé par Londres et Pékin.

Le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, a d'ailleurs exprimé son soutien indéfectible à ce territoire et à ses libertés sans égales dans le reste de la Chine, tout en appelant les manifestants à la retenue.

Hong Kong fait partie de la Chine, et nous devons l'accepter. Mais les libertés à Hong Kong sont inscrites dans une déclaration commune. [...] Nous nous attendons à ce qu'un accord juridiquement contraignant soit honoré, et si ce n'est pas le cas, il y aura des conséquences graves.

Jeremy Hunt, chef de la diplomatie britannique et candidat au poste de premier ministre

Les événements de lundi ont poussé le Global Times, porte-voix du Parti communiste chinois, à publier un éditorial condamnant vertement le comportement des manifestants qui ont attaqué le parlement.

Dans leur arrogance, ces assaillants violents ne tiennent pas compte des lois de Hong Kong, suscitant sans doute la colère et la tristesse de tous les gens de la ville de Hong Kong, pouvait-on y lire.

Nous n'avons pas le choix

Des contestataires ont expliqué qu'ils avaient été poussés à la violence parce que le gouvernement restait sourd à leurs revendications.

Nous savons que nous violons la loi, mais nous n'avons pas le choix.

Cheung, une publicitaire de 24 ans

On a manifesté, on a fait des sit-in. Mais le gouvernement reste inébranlable, déplore Joey, 26 ans, alors qu'elle marche sur le verre brisé jonchant le sol du LegCo.

Des papiers adhésifs de multiples couleurs sont apposés sur un mur du parlement.

Une femme passe devant un mur du parlement, sur lequel ont été collés des centaines de messages laissés par les manifestants.

Photo : Reuters / Jorge Silva

Selon le député démocrate Eddie Chu, empêché par les membres des forces de l'ordre de regagner son bureau, la police considère les lieux comme une scène de crime.

Devant le LegCo, Blue Wong, qui s'est portée volontaire pour le nettoyage, en cours depuis mardi matin, dit être en colère contre le gouvernement pour avoir poussé les jeunes générations dans de tels retranchements.

Je ne vais pas critiquer ou juger les jeunes pour ce qu'ils ont fait, a-t-elle dit. Même si leurs actions sont violentes, leurs coeurs sont pacifiques. Ils luttent pour un Hong Kong meilleur.

Les méthodes de plus en plus radicales de certains protestataires leur aliènent une partie de la population et des dizaines de milliers de Hongkongais sont descendus dimanche dans la rue pour soutenir la police.

Certains les appellent au compromis, comme Chris Cheung, cadre dans une maison de courtage, qui soutient que l'assaut du parlement n'était ni sage ni nécessaire.

Avec les informations de Associated Press, et Agence France-Presse

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