•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des organismes inquiets pour les demandeurs d’asile LGBTQ

Un homme tient dans sa main droite un drapeau aux couleurs de l'arc-en-ciel. La photo a été prise en contre-plongée, c'est-à-dire que l'on voit de plus bas l'homme et le drapeau, comme si on levait la tête pour les regarder.

Depuis 2002, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés reconnaît les persécutions du fait de l’orientation sexuelle en tant que motif d’octroi du statut de réfugié, selon le critère de l’appartenance à un certain groupe social.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Certains migrants et demandeurs d’asile LGBTQ racontent avoir trouvé à Toronto un refuge : des partis politiques présents aux défilés de la Fierté, des drapeaux arc-en-ciel sur les bâtiments institutionnels… De leur côté, des associations qui leur viennent en aide s’inquiètent des coupes à l’Aide juridique Ontario annoncées dans le dernier budget du gouvernement de Doug Ford et de l’image renvoyée par un premier ministre absent des festivités dans la métropole.

Tout ce qui les aidait à construire leur dossier subit des coupes, déplore Forouz Salari, directrice des services directs au programme des réfugiés de l'organisme 519 dans le village gai de Toronto.

L’organisme reçoit environ 1500 nouvelles demandes de statut de réfugié chaque année.

Dans son dernier budget, le gouvernement ontarien a réduit de 30% le financement octroyé à Aide juridique Ontario.

Selon elle, ces coupes pourraient avoir des effets catastrophiques. On envoyait plus de 95 % de nos clients à l’Aide juridique chaque année pour qu’ils aient accès à des avocats formés qui puissent les guider dans le processus de demande, indique-t-elle.

Le gouvernement interdit par ailleurs à l’organisme Aide juridique Ontario d'utiliser son financement provincial pour traiter des cas de réfugiés ou de nouveaux arrivants.

Selon la province, la facture pour ces services revient au gouvernement fédéral.

Par courriel, june porte-parole du Bureau de la procureure générale Caroline Mulroney maintient que les politiques fédérales ont entraîné une augmentation des coûts requis pour fournir des services d'aide juridique en matière d'immigration.

L’enveloppe fédérale affectée aux services d’aide juridique dans le domaine du droit de l’immigration et des réfugiés que l’Ontario reçoit actuellement est imprévisible et n’égale proportionnellement pas les niveaux de financement dans d’autres provinces, dit Alexandra Adamo.

Dans une lettre transmise en mai dernier aux ministres fédéraux de la Justice, de l'Immigration et des Finances, Caroline Mulroney demande à Ottawa de financer ces services.

Avec ces coupes, la province compte réaliser des économies annuelles de plus de 164 millions de dollars à compter de 2021-2022, selon le texte du budget de l’Ontario.

Couverture du budget de l'Ontario 2019, présenté par le gouvernement Ford, s'intitule : « Protéger l'essentiel ».

Budget de l'Ontario 2019 : Protéger l'essentiel

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Mme Salari dit ne pas encore connaître l’impact que ces coupes auront, mais rappelle que la preuve est déterminante dans un dossier de réfugié. Ces derniers doivent prouver qu’il est trop dangereux pour eux de retourner vivre dans leur pays où ils sont persécutés. 

« Pour beaucoup d’entre eux, c’était impossible d’être ''out'' dans leur pays d’origine donc c’est même difficile de prouver qu’ils sont bien gais vu qu’ils devaient souvent le cacher chez eux. »

— Une citation de  Forouz Salari, directrice des services directs au programme des réfugiés de l'organisme 519

De 2016 à 2018, l’organisme torontois a principalement reçu des réfugiés ou demandeurs d’asile provenant du Nigeria, de l’Ouganda et de la Turquie.

Un message fort

Selon l’organisation internationale à but non lucratif Rainbow Railroad, le nombre de demandes d’aide ne cesse de croître. L’an dernier, l’organisation a reçu quelque 1300 demandes. Moins de six mois après le début de l’année, ce nombre était déjà dépassé et l’organisation espère ne pas recevoir plus de 3000 demandes d’ici la fin de 2019.

Ce que cela nous dit, c’est que la xénophobie et les politiques conservatrices anti-LGBTQ compliquent encore les choses, fait remarquer Devon, directrice du programme de développement à Rainbow Railroad.

L’organisation aide les personnes de 30 pays issues de la communauté LGBTQ à trouver des voies légales vers un espace sécuritaire. Cela peut aller jusqu’à des fonds pour faire évacuer une personne en danger, mais aussi l'installer dans l’un des 11 pays avec lesquels travaille l’organisme, dont le Canada.

Cela coûte en moyenne 10 000 $ US par personne pour une évacuation, entre les frais de déplacement, la documentation légale requise et parfois l’assistance pendant le temps d’attente du statut de réfugié.

« Le message d’inclusion et d’ouverture doit être à l’échelle du pays. S’ils arrivent dans un pays ou une province dans laquelle ils se sentent encore une fois discriminés, avec tous les traumatismes qu’ils ont déjà vécus, cela peut aggraver les choses pour eux. »

— Une citation de  Devon, directrice du programme de développement à Rainbow Railroad
Le drapeau arc-en-ciel de la fierté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre et queer (LGBTQ).

Le drapeau arc-en-ciel de la fierté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre et queer (LGBTQ).

Photo : La Presse canadienne / / Associated Press

Des demandes non chiffrées

De son côté, le ministère fédéral de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté explique ne pas recueillir l’information concernant la sexualité des demandeurs d’asile de manière proactive et systématique, car il demeure difficile pour certains de parler ouvertement des persécutions subies. 

Bon nombre de réfugiés LGBTQ2 ont peur de divulguer cette information en raison du risque pesant sur leur sécurité personnelle, indique la porte-parole du ministère, Béatrice Fénelon, dans un courriel. 

Depuis 2011, dans le cadre du Programme de parrainage privé de réfugiés, IRCC a conclu un accord de partage des coûts avec la Rainbow Refugee Society de Vancouver afin de réinstaller des réfugiés LGBTQ2 grâce au projet pilote Rainbow Refugee Assistance au Canada. 

Dans la même lancée, le 1er juin, le gouvernement a annoncé le lancement du Rainbow Refugee Assistance Partnership. L’initiative débutera le 1er janvier 2020 et durera cinq ans. Le projet permettra de fournir chaque année les frais initiaux et trois mois d’aide au revenu pour des réfugiés LGBTQ2 parrainés par le secteur privé. 

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !