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Les ravissantes mélodies de Melody Gardot

La chanteuse, qui porte des verres fumés, chante au micro. Derrière elle, un ensemble de cordes l'accompagne.

Outre son trio habituel d’accompagnateurs (guitare, contrebasse, batterie), Melody Gardot pouvait compter sur une section de cordes (12 membres).

Photo : Courtoisie FIJM / Benoit Rousseau

Radio-Canada

CRITIQUE – C’est arrivé lors de l’amorce de So Long. Pendant que ses excellents musiciens jouaient les premières notes aux effluves bossa-nova, Melody Gardot, debout, a délaissé son micro et s’est mise à danser.

Un texte de Philippe Rezzonico

Rien de spectaculaire, bien sûr. Mais la chanteuse américaine, les bras levés au ciel, se dandinait et y allait de pas de danse assurés sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier, comme jamais nous ne l’avions vu faire depuis ses débuts sur nos terres, il y a plus d’une décennie.

Tout un contraste avec ses premiers concerts au Festival international de jazz de Montréal au Théâtre du Nouveau-Monde, en 2008, durant lesquels elle devait se mouvoir avec une canne en raison des séquelles du terrible accident qui avait failli lui coûter la vie cinq ans plus tôt.

À chaque nouveau passage au FIJM – son cinquième –, l’autrice-compositrice et interprète affiche une forme physique supérieure et nous propose une soirée d’une saveur différente de la précédente. Il y a trois ans, c’est un concert avec de forts accents funk et même des épices rock que Gardot avait offert, passant une bonne partie de la soirée avec une guitare en mains.

Cette année, pour le 40e anniversaire du festival et après avoir reçu le prix Ella-Fitzgerald, l’Américaine francophile a misé sur une approche classique. Outre son trio habituel d’accompagnateurs (guitare, contrebasse, batterie), une section de cordes (12 membres) est venue apporter une touche de raffinement et de velours.

Sensuelle et ténébreuse

D’entrée de jeu, les cordes ont mis la table pour Wayfaring Stranger. La voix ténébreuse de Gardot qui susurre dans le micro, toute de noir vêtue, l’aura mystérieuse qui l’entoure, les cordes qui enveloppent... Téléportation instantanée dans le passé.

Enchaînement sans rupture avec The Rain, lorsque la pianiste s’installe devant ses ivoires. Investie, on la voit réagir sur son tabouret au rythme dicté par les notes bien grasses de son contrebassiste. Le ton est donné.

Si la voix de Gardot a conservé son pouvoir de séduction avec les années, elle est devenue une interprète d’une rare finesse. Il fallait mesurer le cynisme dans sa voix durant l’interprétation de Goodbye, quand elle chante : « I don’t know why you say good night/You only mean to say goodbye ».

Durant If the Stars Were Mine, la chanteuse incite la foule à battre la mesure, mais le fait saillant se veut les échanges et les relances entre son guitariste et le violoncelle de l’ensemble local. Melody Gardot ne fait pas que greffer une section de cordes à son trio. Partage et dextérité sont au menu.

Avec un sens de l’humour qu’on ne lui connaissait pas, la chanteuse a gentiment répondu à un spectateur qui a demandé une chanson à hauts cris.

« J’adore les demandes spéciales, mais il faut se préparer (coup d’œil à la section de cordes). Après le show, tu viens me voir en coulisses, on fume une cigarette et je te la chante juste pour toi, O.K.? »

Le retour des cordes au grand complet a enveloppé Our Love Is Easy d’un écrin musical feutré et a offert l’introduction du classique Baby I’m a Fool tel qu’il a été gravé sur disque il y a dix ans. Gardot a visiblement ressenti le même choc électrique que l’auteur de ces lignes à l’écoute des premières notes.

Debout, guitare à la main, elle a arqué sa tête par en arrière, visage, lunettes et yeux pointés vers le ciel durant quelques secondes. Nous sommes passés de ce moment électrique et sensuel au ravissement pur et simple avec l’enchaînement formé par If Ever I Recall You Face, l’une des deux seules chansons de Currency of a Man (2015) au programme.

La seconde, Morning Sun, a mené à la collaboration la plus achevée entre le trio de Gardot et l’ensemble de cordes qui ont varié les tempos, les ambiances et qui ont conclu le tout dans quelque chose d’énorme.

Retour au bercail du classicisme et à un bivouac avec cinq instrumentistes pour la francophone Les étoiles et festin pour tous avec l’incontournable Who Will Comfort Me, lorsque la foule claque des doigts et que Gardot éclate de rire – et de plaisir, visiblement – en dansant pendant les solos de ses musiciens. Magnifique image.

Au rappel, toujours en français, l’artiste a remercié le public, trois fois plutôt qu’une, en notant à quel point l’accueil l’avait touchée. Pour avoir entendu cette phrase quelques milliers de fois, je peux vous assurer que Gardot l’a lancée avec conviction. La conviction était aussi au rendez-vous pour une interprétation sans faille de La chanson des vieux amants, de Brel, offerte dans des arrangements splendides.

Fini? Après une autre sortie de scène avec ses musiciens, Gardot est revenue seule, a lancé « on n’a pas le choix », a discuté avec le chef de la section de cordes, a attendu le retour de son trio, s’est installée au piano, et nous avons eu droit à une interprétation immaculée de My One and Only Thrill.

Sur la sélection de titres prévus remis aux représentants des médias, cette chanson devait être jouée avant le monument de Brel. Et surtout, il y avait un point d’interrogation à côté du titre. Donc, sa présence n’était pas certaine, même si la qualité de l’interprétation collective laisse présumer que tout le monde l’avait répétée.

Gardot a-t-elle décidé de l’interpréter spontanément, ou le tout n’était-il qu’une jolie mise en scène bien ficelée? A-t-on eu droit à un vrai de vrai rappel? Nous le saurons dimanche, lors du deuxième concert prévu à la salle Wilfrid-Pelletier, selon la présence ou pas de la chanson.

Cela dit, les ravissantes mélodies de Melody vont vous séduire bien avant les rappels.

Grand Montréal

Musique