•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le créateur de « Mom, I'm fine » campe devant le siège de Reitmans

L'influenceur Kubben Quiñonez tient une pancarte où il est écrit « Mom I'm not fine because of Reitmans »

Kubben Quiñonez campe devant le siège social de l'entreprise montréalaise Reitmans, qu'il accuse d'avoir volé son slogan «Mom, I'm fine».

Photo : La Presse canadienne / Ugo Giguere

La Presse canadienne

Affirmant avoir été floué par Reitmans, qu'il accuse de lui avoir volé son slogan « Mom, I'm fine », Jonathan Kubben Quiñonez campe devant le siège social de l'entreprise montréalaise depuis plusieurs jours déjà.

Il souhaite ainsi mettre de la pression sur la bannière de prêt-à-porter afin de récupérer la paternité de sa marque de commerce.

Depuis l'installation de son campement de fortune sur un petit bout de verdure de la rue Sauvé, dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, à Montréal, le jeune influenceur aux origines belges et mexicaines reçoit un appui inattendu de nombreux sympathisants.

Des voisins lui ont offert d'utiliser leur douche et leur toilette, des gens lui ont prêté de l'équipement de camping, d'autres s'occupent de recharger son ordinateur et son téléphone. « Ce sont des gens que je ne connaissais pas. Je n'ai pas de mots, c'est incroyable », décrit le manifestant rencontré dans son campement de fortune.

Il semble d'ailleurs que la pression exercée par son geste inusité porte fruit. Depuis son arrivée il y a une semaine, ses avocats et ceux de Reitmans ont repris les pourparlers, indique-t-il.

La saga « Mom, I'm fine » remonte à 2016, quand Jonathan Kubben Quiñonez quitte la Belgique pour entreprendre un voyage à travers le monde. Afin de rassurer sa maman rongée par l'inquiétude, il décide de publier des photos des endroits qu'il visite avec une affiche sur laquelle on peut lire « Mom, I'm fine » (Maman, je vais bien).

Son slogan devient viral : des centaines de milliers de personnes suivent alors ses aventures et le voyageur décide d'en faire une véritable marque de commerce avec pour objectif d'utiliser les profits à des fins humanitaires.

À son retour en Belgique, il enregistre l'expression en tant que marque de commerce en Europe, mais pas dans le reste du monde. Comme il n'était qu'au début de la démarche, il n'avait pas les moyens de s'attaquer à tous les marchés.

Cauchemar au Canada

Après un bout de temps, il commence à recevoir des messages de gens qui disent lui avoir acheté un t-shirt produit par Reitmans. Puis, il reçoit une proposition de la compagnie canadienne.

« Au début, ils sont gentils, ils me disent ce qu'ils ont produit et me parlent de licence rétroactive. On s'écrit et ça avance bien, ils m'annoncent les chiffres de ventes qui sont vraiment énormes. C'est à ce moment-là que nos avocats entrent en communication et que tout tombe », rapporte-t-il.

Pendant que les deux parties discutent, Reitmans enregistre la marque « Mom, I'm fine » au Canada, privant Jonathan Kubben Quiñonez de la paternité de son slogan sur le territoire canadien.

Ils ont fait quelque chose qui m'a fortement blessé. Ils ont déposé la marque dans mon dos, pendant les discussions.

Kubben Quiñonez, créateur de Mom I'm fine

Afin d'obtenir ce qu'il réclame, l'influenceur belge a pris un billet d'avion pour Montréal et a dénoncé le comportement du détaillant de vêtements.

« J'ai tout expliqué sur les réseaux sociaux et j'ai publié une première photo avec la mention "Mom, I'm not fine because of Reitmans" (Maman, je ne vais pas bien à cause de Reitmans). Ça a fait un buzz énorme », poursuit-il, en avouant ressentir de la fatigue dans l'inconfort de son campement.

« Je demande trois choses. Je veux qu'on me rende ma marque, ma licence, et je veux qu'ils donnent quelque chose pour le projet humanitaire à partir du profit qu'ils ont fait avec leur campagne », énumère celui qui avait pour projet de construire une école au Mexique à partir de plastique recyclé. Une école gratuite pour les enfants défavorisés où on enseignerait les arts et les sports.

Jonathan Kubben Quiñonez affirme qu'il se bat non seulement pour lui-même, mais aussi pour tous les créateurs qui ont été victimes de plagiat par les géants du commerce dans le passé.

Mouvement de solidarité

Le jeune homme est débarqué à Montréal sous une pluie battante, équipé d'une tente louée, pour entreprendre son siège. Rapidement, des voisins lui ont offert d'utiliser leur salle de bain. Des gens lui ont apporté à manger. D'autres sont simplement venus lui tenir compagnie.

« Il n'y a aucun moment où je suis seul », s'étonne-t-il. Au passage de La Presse canadienne, deux jeunes femmes étaient présentes et un voisin s'était installé dans une deuxième tente.

Monse Castillejos habite au Chiapas, au Mexique. Quand la jeune femme a eu vent de l'histoire de Jonathan Kubben Quiñonez sur les réseaux sociaux, elle a profité de ses vacances pour rendre visite à des amis à Montréal.

« C'est une véritable injustice. Il voulait créer un projet humanitaire! Je sentais que je devais venir le soutenir », a-t-elle confié.

Vendredi, une cinquantaine de personnes de la communauté mexicaine, dont Mme Castillejos, ont fait la fête devant les locaux de Reitmans et offert des tacos gratuitement.

Marie-Ève Oger a fait la route depuis Québec pour offrir son soutien au campeur. L'étudiante en soins infirmiers veille à ce que le manifestant s'hydrate bien et qu'il mange régulièrement. Elle tient aussi à ce qu'il garde un bon moral et ne se décourage pas.

« Il y a trop de gens qui ont bâti quelque chose et à qui on vient tout enlever. Il a bâti une marque de commerce et dès que c'est devenu gros, on la lui a prise et on l'a jeté », dénonce celle qui dit avoir toujours eu à cœur de défendre les victimes d'injustices.

Jonathan Kubben Quiñonez n'a aucune idée du temps qu'il faudra pour mettre fin au bras de fer, mais il espère de tout cœur que le conflit se règle rapidement.

« Je n'ai pas envie de rester ici toute ma vie à camper et pour eux, je ne crois pas que ça leur donne bonne presse », dit-il.

Reitmans réagit

Dans un courriel transmis en fin de soirée samedi, Reitmans reconnaît qu'en avril 2018, elle a lancé une campagne promotionnelle sur une période de temps limitée sur le thème “Maman, je vais bien / Mom, I'm Fine”, qui a été déployée de façon légale et légitime.

L'entreprise affirme avoir communiqué avec M. Kubben parce qu'il semblait préoccupé par notre campagne. Elle plaide cependant que le jeune entrepreneur ne détenait aucune marque de commerce ni de produit commercialisé sous ce nom au Canada.

Reitmans dit respecter le travail des influenceurs et des créateurs de contenu. C'est dans cet état d'esprit que nous avons suspendu la campagne de promotion moins d'une semaine après son lancement, sans égard aux pertes financières causées par cette décision pour notre entreprise, peut-on lire dans le communiqué.

La bannière de prêt-à-porter soutient avoir été étonnée par l'approche choisie par M. Kubben, mais confirme avoir repris les discussions avec ses représentants en Belgique.

Nous avons depuis eu plusieurs échanges et exprimé notamment notre ouverture à transférer la demande de marque de commerce pour le Canada, ainsi que de contribuer à sa campagne humanitaire, en signe de bonne foi, assure Reitmans.

Droit international

Économie