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LGBTQ : Quitter son pays par peur des représailles

Gabriel Duran est originaire de la ville de la région du Yucatan, au Mexique, où, selon lui, la communauté LGBTQ est très stigmatisée.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Camille Feireisen

Certains ont fêté leur première Fierté à Toronto cette année, bien loin de la réalité de leur pays d’origine, où ils vivaient cachés. Ils viennent de Colombie et du Mexique, des pays considérés comme ouverts sur le plan des droits des personnes LGBTQ, mais où la société offre encore peu de modèles et véhicule des préjugés qui les ont conduits à quitter leur maison.

Rafaela Cardona, Cristhian Giraldo et Gabriel Duran sont unanimes.

L’idée même de montrer en plein jour des signes d’affection envers une personne du même sexe ne semble pas imaginable pour eux.

Les gens peuvent te tuer pour qui tu es. Alors non, je ne peux pas m’imaginer embrasser ou me promener avec un homme là-bas, affirme Cristhian.

Les histoires d’insultes et de violence physique qui ont fait les manchettes dans les journaux locaux sont restées gravées dans leurs mémoires.

Portrait de Rafaela Cardona, une jeune colombienne bisexuelle, devant une fenêtre.

Rafaela Cardona a réalisé qu'elle avait de l’attraction pour les femmes quand elle est allée vivre en Suisse.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

La communauté LGBTQ, c’est comme de la neige en Colombie. Quand j’étais plus jeune, on savait que ça existait dans d’autres pays, mais ce n’était pas quelque chose qui se voyait chez nous.

Rafaela Cardona

Rafaela Cardona vient de Bogota, en Colombie. Elle s’identifie comme bisexuelle.

La Colombie a légalisé le mariage gai en 2016, mais entre les lois et les mentalités, il y a encore un fossé, remarque la jeune femme.

En 2017, 109 personnes de la communauté LGBTQ ont été assassinées dans le pays, selon un rapport de l’ONG Colombia Diversa. Le rapport concluait notamment que les menaces et l'intimidation avaient augmenté et qu’il restait difficile pour les autorités judiciaires de résoudre ces enquêtes qui étaient rapidement classées.

Le poids de la morale

Rafaela raconte s’être longtemps sentie différente sans savoir mettre les mots sur ce qu’elle était et ressentait.

On entend beaucoup de commentaires négatifs sur l’homosexualité. En Colombie, il y a une idée machiste avec le rôle des genres, souligne-t-elle.

Ce n’est que lorsqu’elle a déménagé en Suisse pour ses études que la jeune femme raconte avoir pu échapper à la culture hispanique et commencer à être avec des femmes.

Portrait serré d'une jeune colombien souriant.

Cristhian Giraldo estime qu'au Canada, il peut enfin vivre son homosexualité.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Cristhian Giraldo est aussi colombien. Il est homosexuel.

Maintenant, je suis fier de dire que je suis gai. Il y a quelques mois je n’aurais pas pu, j’aurais pleuré. J’avais trop peur de qui j’étais dans mon pays.

S’il pense à son enfance, Cristhian se rappelle de discriminations quotidiennes, dès le plus jeune âge.

À l’école élémentaire, des camarades de classe ont essayé de m'apprendre “comment être un homme”.

Il bougeait différemment d’eux et n’aimait pas le sport. Et le harcèlement s’est intensifié au fil des ans dans son milieu scolaire.

Le coordonnateur de l’école m’a fait venir dans son bureau pour me dire que je ne pouvais pas être gai ici, que j’allais répandre mon comportement parmi les autres élèves.

L’école a appelé sa famille pour lui dire qu’il avait un étrange comportement et qu’il fallait intervenir rapidement.

Portrait de Gabriel Duran, un demandeur d'asile mexicain

Gabriel Duran est originaire de Mérida dans la région du Yucatan, au Mexique, où, selon lui, la communauté LGBTQ est très stigmatisée.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Gabriel Duran, lui, vient de Mérida, la capitale de l’état du Yucatan, au Mexique. Il est homosexuel et séropositif.

Dans cet état, le mariage entre personnes du même sexe fait l’objet de débats depuis les derniers mois. Le Congrès a rejeté cette possibilité en avril dernier après un vote.

Mérida est une ville moraliste, très religieuse. Les familles luttent beaucoup contre l’homosexualité. Sortir du placard coûte très cher. Tu dois réprimer qui tu es.

Gabriel Duran
Carte du Mexique montrant les 12 états dans lesquels il n'est pas possible pour les couples homosexuels de se marier.

Au Mexique, le mariage gai ne fait pas l'unanimité et la situation n'est pas la même partout au pays.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Gabriel a ouvert un bar nocturne dédié à la communauté gaie dans les années 2000 en périphérie de Mérida, avec spectacles de transformistes, de travestis et de stripteasers.

Pour des questions de société et du gouvernement, tous les lieux comme ça, avec du nu et de l’homosexualité ne sont pas acceptés alors on nous envoie en périphérie de la ville. On était entourés de narcotrafiquants qui ont commencé à me demander de payer des pots-de-vin et de leur ouvrir ma porte pour y vendre leurs drogues.

Gabriel Duran

Le Canada, un endroit sécuritaire

Gabriel raconte que les menaces physiques envers son conjoint et lui ont commencé, ainsi que les vols à répétition dans son commerce, saccagé à plusieurs reprises.

Je suis arrivé à un moment de crise où je devais prendre la décision de tout laisser derrière moi et de recommencer à zéro, raconte-t-il.

Il est arrivé il y a six mois à Toronto et a commencé les démarches pour obtenir le statut de réfugié au Canada.

Cristhian, lui, a immigré à Toronto en mars dernier. Son ex-petit ami, un Mexicain, venait d’apprendre qu'il avait le VIH.

Les soins de santé coûtant cher en Colombie, le jeune homme n’avait alors pas d’autres moyens que de se payer un test de dépistage rapide qui s’est aussi avéré positif.

Terrorisé par le résultat, Cristhian a demandé à son petit ami de l’époque s’il pouvait déménager chez lui, au Mexique. Il m’a répondu que sa famille ne voulait rien savoir de moi et que pour eux, c’était ma faute s’il était séropositif, se souvient-il.

Ce n’est qu’en arrivant au Canada que Cristhian a eu l’occasion de faire des tests médicaux plus approfondis. Ils se sont avérés négatifs.

En Colombie, le résultat du test de VIH était positif, ici, finalement, j’étais négatif pour tout. Ça a été tout un soulagement.

Cristhian Giraldo

Le jeune homme a commencé ses démarches pour une demande d’asile en avril dernier.

Toronto, ville ouverte

Toronto, est une ville où faire partie de la communauté [LGBTQ] c’est comme avoir des cheveux ou ne pas en avoir. Ce n’est pas une distinction, mais juste une partie de la vie des gens, affirme Rafaela.

Quand elle pense aux gestes qu’elle pourrait se permettre dans la Ville Reine contrairement à Bogota, elle a plusieurs exemples en tête. Être avec ma copine dans la rue, lui faire un bisou, se tenir la main… Le pire qui pourrait nous arriver est un mauvais regard, sourit-elle.

Si j’ai un boulot, je sais aussi que je ne vais pas le perdre si je parle de ma copine [à mes collègues] ou du fait que je vais aller à la Pride, je peux le faire, explique celle qui n’avait jamais participé aux festivités de la Fierté en Colombie, par peur des représailles.

Tout sourire, Cristhian, lui, brandit sa montre, en exemple. Regardez, je suis venue avec ma montre qui a le drapeau de la Fierté, on en voit partout ici des drapeaux, c’est fabuleux!

Gabriel, de son côté, dit avoir trouvé sa liberté en arrivant à Toronto. La vérité, c'est que je me sens vraiment chanceux d’être ici.

Communauté LGBTQ+

Société