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La clinique La Cité de Montréal ferme ses portes

Pancarte informant de la date de fermeture de la clinique médicale La Cité

Pancarte informant de la date de fermeture de la clinique médicale La Cité

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La clinique médicale La Cité met la clef sous la porte, après plus de 40 ans d'existence à Montréal. Faute de relève médicale autorisée, des milliers de patients se retrouvent sans médecin de famille.

Pour cinq des dix médecins du Groupe de médecine familiale (GMF) de La Cité, il était l'heure du départ à la retraite.

Annoncée depuis quelques mois, c'est aujourd'hui qu'a eu lieu fermeture de la clinique médicale, située au 9e étage de la Tour Place du Parc.

« Une fermeture de clinique, ça ne devrait même pas exister... Il y a des patients anéantis, orphelins. On se sent nous aussi abandonnés. »

— Une citation de  Diane Chevrier, réceptionniste depuis 30 ans à la clinique

Avec le départ à la retraite de la moitié de son effectif de médecins de famille, la clinique est dans l'impossibilité de remplir les obligations liées au statut de GMF.

À cinq médecins, le suivi d'un minimum de patients et la couverture du sans rendez-vous les soirs et les fins de semaine est impossible.

Des milliers de patients orphelins

Les plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM), qui visent à assurer à la population une plus grande équité d'accès aux services médicaux, sont limités et doivent être partagés par plusieurs cliniques et hôpitaux de Montréal.

On oblige les nouveaux médecins à pratiquer en région pour enrayer les pénuries. Cela crée l'effet pervers de les faire fuir du système public, et de les pousser vers le privé, où ils peuvent travailler à l'endroit de leur choix.

À Montréal, il est difficile de trouver une relève médicale, particulièrement lorsque cinq médecins quittent leur poste simultanément.

« On ressent la tristesse de cette nouvelle, parfois les patients n’ont pas de mots... C'est le silence ou l’évitement qui font le plus mal. Il y a aussi les anxieux qui sont doublement anxieux. »

— Une citation de  Bianca Grégoire, infirmière clinicienne à la clinique

Selon le Dr Réjean Thomas, de la clinique L'Actuel, elles seraient plusieurs à vivre ce genre de problème.

« On a eu trois jeunes médecins qui ont fait une demande pour venir travailler ici à temps plein l'année dernière, mais les trois n'ont pas eu leur permis. Il y a un objectif noble derrière ces permis, mais il semble y avoir une difficulté », explique-t-il.

Depuis son ouverture en 1976, la clinique comptabilise plus de 40 000 dossiers actifs. Selon les chiffres évoqués par la clinique, ce sont près de 12 000 patients qui deviendraient alors orphelins. Mais pour l'une des employées, ce chiffre est difficile à croire, compte tenu du départ de la moitié de l'effectif.

Un suivi jugé inefficace

Pour Jean-Claude Dessau, médecin de famille à la clinique depuis 1978, il est difficile de réaliser l'ampleur d'une telle nouvelle.

« Après autant d’années, c'est devenu une routine d'être là... Se rendre compte que c'est la dernière fois, c'est quelque part une catastrophe. C’est difficile à vivre, à la fois pour le patient et pour le médecin. Qu’on le veuille ou non, il y a un vrai sentiment d’abandon », confie-t-il.

Pour ceux qui devront faire une nouvelle demande d'accès à un médecin de famille, les délais sont alarmants : on parle au minimum de 365 jours d'attente.

Monique Besson est patiente de la clinique depuis 27 ans. On voit son visage ainsi qu'une pancarte, affichée sur une porte en arrière plan, annonçant la fermeture définitive de la clinique.

Monique Besson est patiente de la clinique depuis 27 ans.

Photo : Radio-Canada

Monique Besson, patiente depuis 27 ans à la clinique, se sent vulnérable depuis la fermeture.

« Je me suis inscrite pour avoir un autre médecin de famille, mais ils ne m’ont jamais répondu... Mon gendre, ça fait 7 ans qu’il attend un médecin de famille, ça n’a pas de sens. Je vais faire quoi? »

Pour la réceptionniste Diane Chevrier, le suivi des patients est inefficace. « S'inscrire sur le site de la RAMQ, ça n'a pas d’allure! Il y a des patients vulnérables qui ne peuvent pas attendre un an pour avoir un médecin de famille », s'inquiète-t-elle.

Depuis quelques années, la clinique a effectué de nombreuses démarches pour augmenter les allocations de poste, sans réponse concrète du gouvernement.

En entrevue à l'émission 24/60 avec Anne-Marie Dussault, en novembre dernier, la ministre Danielle McCann commentait la nouvelle d'une fermeture potentielle de la clinique.

« Il y a une situation particulière à Montréal, parce que les médecins voient les travailleurs qui viennent d’autres régions. Il faut voir comment on en tient compte dans le calcul pour les Plans régionaux d’effectifs médicaux. Et s’il y a des modifications à faire, nous allons les faire », avait-elle assuré.

Dans un courriel récent, le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît qu'il y a de grands besoins à Montréal, tout comme dans les 16 autres régions administratives du Québec.

Pour le Dr Réjean Thomas, il y a une réalité montréalaise qui doit être prise en compte, en plus de celle du vieillissement de la population et des médecins de famille. « La santé mentale, la toxicomanie, le VIH et l’itinérance sont des problématiques urbaines qui nécessitent une prise en charge plus lourde, et donc de plus gros moyens », plaide-t-il.

Avec les informations d'Anne-Marie Provost et de Rémi Authier

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