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La « honte de prendre l'avion » gagne en popularité

Un avion sur la piste.

Une étude de BC Hydro révèle que 75 % des Britanno-Colombiens s'inquiètent de l'effet que les voyages aériens peuvent avoir sur l'environnement.

Photo : iStock/Pixabay

Geneviève Lasalle

Le flygskam, un mouvement qui a pris naissance en Suède et qui exprime la honte que ressentent certains voyageurs face aux effets écologiques néfastes du transport aérien semble faire de plus en plus d'adeptes au pays, en particulier en Colombie-Britannique.

Ce sentiment se traduit par une diminution ou encore un boycottage de l’avion, et compte parmi ses adhérents la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

Andréa Hangsin et Jérémie Boudreault, un couple de Québécois minimalistes et auteurs du blogue de voyages Les Mins, croient que la Colombie-Britannique, qu'ils ont eu la chance de parcourir, est une province fertile pour des mouvements écologiques comme celui qui s'impose en Suède.

Un couple de randonneurs dans la vallée de l'Okanagan.

Les auteurs du blogue de voyages Les Mins croient que la Colombie-Britannique est une province fertile pour des mouvements écologiques comme celui du « flygskam ».

Photo : Offerte par Jérémie Boudreau/Andréa Hangsin

Si l'on en croit un sondage publié vendredi par BC Hydro, ils n’ont pas tort. Celui-ci révèle que 75 % des Britanno-Colombiens s'inquiètent de l'effet que les voyages aériens peuvent avoir sur l'environnement.

À l’approche des vacances d’été, le tiers des 800 personnes interrogées affirment qu'elles préféraient un voyage sur la route plutôt que des vacances nécessitant un vol, afin de réduire leur empreinte carbone.

Passer de la volonté à l’acte

Des voyageurs pressés dans un aéroport.

Dans la lutte contre les changements climatiques, l’avion est, selon Lynda Gagné, la chose la plus facile à laquelle on peut renoncer.

Photo : Shutterstock / r.classen

Lynda Gagné est professeure adjointe à l’Université de Victoria. Depuis qu’elle a entendu les messages de l'ancien vice-président américain Al Gore au sujet des changements climatiques, elle s’est promis de faire des changements afin de réduire ses émissions de carbone.

À l’instar d’autres chercheurs universitaires internationaux, elle est signataire du manifeste No fly Climat Sci, et s’engage depuis des années à réduire au minimum ses voyages en avion. Dans la lutte contre les changements climatiques, l’avion est, selon elle, la chose la plus facile à laquelle on peut renoncer et « un bon endroit par où commencer. »

Toutefois, elle croit que le phénomène reste encore marginal.

Nous ne sommes encore qu’une minorité qui disons : c’est ma responsabilité, je vais arrêter de prendre l’avion.

Lynda Gagné, professeure adjointe, Université de Victoria

Un mode de transport énergivore

Des avions d'Air Canada.

L’avion est responsable d’un peu plus de 2 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, selon l’Aviation Environment Federation.

Photo : evan mitsui / Evan Mitsui

L’avion fait partie des moyens de transport les plus polluants et est responsable d’un peu plus de 2 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, selon l’Aviation Environment Federation, une ONG britannique spécialisée dans les effets provoqués par les avions sur l'environnement.

Matthew Chapman, coordonnateur des campagnes de l'organisme caritatif Réalité climatique Canada, affirme qu'en raison de l’augmentation des populations de classes moyennes des pays dont l’économie est émergente, comme la Chine et l’Inde, ce pourcentage augmentera au cours des prochaines années.

Changer de mode de vie

Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montreal.

Même si les réunions virtuelles sont aujourd'hui possibles, Lynda Gagné croit que plusieurs personnes ont de la difficulté à renoncer aux voyages d’affaires et aux conférences internationales.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Matthew Chapman dit connaître des gens qui font l’aller-retour Toronto-New York de façon hebdomadaire. Un mode de vie « effrayant » et néfaste pour la planète qui devrait être remis en question.

Personne n’est obligé de prendre l’avion chaque semaine pour le travail. C’est une question de choix, de mode de vie.

Matthew Chapman, Réalité climatique Canada

Bien que des outils technologiques permettent aujourd’hui d’organiser des rassemblements virtuels, Mme Gagné n’est pas convaincue que l’ensemble de la communauté universitaire soit prête à renoncer « au luxe » qui accompagne souvent les voyages d’affaires et les conférences internationales.

Les gens dans les milieux universitaires et les milieux d’affaires ont l'habitude des voyages, de beaux hôtels. C’est difficile d’y renoncer.

Lynda Gagné, professeure adjointe, Université de Victoria

Compenser son empreinte par des crédits carbone

Pour les gens qui n’ont pas d’autre choix que de se déplacer en avion, Jérémie Boudreault croit que les crédits carbone restent une solution envisageable, quoique imparfaite.

C’est une bonne solution parce que ça a l’effet d’une taxe. Si le billet d’avion coûte 600 $, et qu’on doit payer un crédit carbone de 150 $, peut-être que les gens vont voyager moins.

Jérémie Boudreault, minimaliste et blogueur de voyage

M. Chapman estime pour sa part que les crédits carbone peuvent soulager le sentiment de culpabilité, mais qu'ils n’auront de véritable impact que s’ils deviennent obligatoires.

Renoncer à l’avion, mais pas au voyage

Un vélo devant les montagnes et la mer, à Vancouver.

Pas question de renoncer aux plaisirs de voyager, mais les auteurs du blogue Les Mins privilégient les voyages locaux, qui, selon eux, profitent mieux à l'économie et à la planète.

Photo : Offerte par Jérémie Boudreau/Andréa Hangsin

C’est en voyageant qu’Andréa et Jérémie ont constaté l’ampleur de l’impact environnemental du tourisme. C’était complètement aberrant de voir des gens prendre l’avion de façon régulière , dit Andréa.

Le couple privilégie désormais les voyages locaux, car il pense qu'ils sont mieux pour l’économie locale et pour la planète.

On va voyager à travers notre province et ses alentours, en optant pour des transports durables. C’est notre solution face à cette problématique.

Andréa Hangsin, minimaliste et blogueuse de voyage

M. Chapman croit aussi qu'il s'agit d'une solution à un problème qui n’est pas seulement technologique, mais aussi social et culturel.

On s’est dit collectivement que, si on veut avoir du plaisir, il faut aller loin. On devrait remettre en question cette façon de penser.

Matthew Chapman, coordonnateur des campagnes, Réalité climatique Canada

Le sondage de BC Hydro dévoile également les émissions de carbone associées aux courts vols les plus populaires en Colombie-Britannique :

  • Vancouver-Cranbrook : 440 kg d'équivalent CO2
  • Vancouver-Kelowna : 400 kg d'équivalent CO2
  • Vancouver-Kamloops : 360 kg d'équivalent CO2
  • Vancouver-Seattle : 260 kg d'équivalent CO2

Le lien vers le sondage de BC Hydro (Nouvelle fenêtre) (en anglais seulement)

Colombie-Britannique et Yukon

Pollution