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Les démocrates viennent de faire la connaissance de Kamala Harris

Kamala Harris regarde Joe Biden, la main levée, alors que Bernie Sanders est au milieu des deux candidats.

Kamala Harris a interpellé directement l'ex-vice-président Joe Biden.

Photo : Reuters / Mike Segar

Sophie-Hélène Lebeuf

Très attendu, le deuxième débat démocrate s’annonçait pour être une confrontation entre l'ancien vice-président Joe Biden et le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders, mais c’est la sénatrice de Californie, Kamala Harris, qui a volé la vedette.

Des échanges passionnés, des propositions claires et contrastées, des attaques, des formules-chocs : le deuxième débat démocrate, jeudi, s'est révélé plus enlevant que celui de la veille. Cela a permis à Kamala Harris de briller.

Si les observateurs et les partisans démocrates s'attendaient à ce que les attaques les plus vives à l'endroit de Joe Biden, largement favori, viennent de Bernie Sanders, son plus proche rival, elles sont plutôt venues de l'élue californienne, dont la campagne était plutôt discrète au cours des dernières semaines.

Quatrième dans les intentions de vote, l'ancienne procureure générale de 54 ans a offert des interventions efficaces, interpellant l'ex-vice-président de Barack Obama à quelques reprises, notamment sur la question raciale.

Disant ne pas croire qu'il était raciste, elle l'a cependant pris à partie pour avoir vanté récemment la « courtoisie » de ses échanges avec deux sénateurs favorables à la ségrégation raciale, puis pour s'être opposé, dans les années 1970, au « busing », une pratique visant à lutter contre cette ségrégation en transportant dans les mêmes autobus des enfants de différents quartiers, qu'ils soient blancs ou issus de la diversité.

Évoquant le cas d'une fillette qui avait pu bénéficier de cette pratique, elle a lancé : « Cette petite fille, c'était moi. »

Après l'avoir accusée de se livrer à une mauvaise interprétation de sa position, Joe Biden est passé à l'attaque.

« Si nous voulons nous pencher sur l'enjeu des droits civiques et nous demander si je les ai défendus ou non, je suis heureux de le faire. J'ai été un avocat commis d'office, pas un procureur », a-t-il rétorqué, car il sait que sa rivale est vulnérable sur ce sujet.

Les critiques de l'ancienne procureure lui reprochent de s'être refusée à réformer la justice criminelle, contribuant ainsi à gonfler la population carcérale, essentiellement chez les Afro-Américains.

Cette joute oratoire a réuni sur une même scène 10 des 24 candidats de la course, dont quatre des cinq aspirants qui dominent les sondages : Pete Buttigieg, le maire de South Bend, une petite municipalité de l'Indiana, était aux côtés de Joe Biden, Bernie Sanders et Kamala Harris.

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Biden, ciblé par plusieurs attaques

Débatteur le plus aguerri, avec deux autres courses à l'investiture démocrate à son actif et une expérience des débats en tant que colistier de Barack Obama, Joe Biden n'a pas donné une performance à la hauteur de sa réputation.

Perçu par les électeurs démocrates comme le candidat le mieux placé pour évincer Donald Trump de la Maison-Blanche, il s'est retrouvé sur la défensive à plusieurs reprises, appelé à défendre un bilan échelonné sur quatre décennies

Le représentant Eric Swalwell, de Californie, a invité le politicien de 76 ans à « passer le flambeau », rappelant qu'il y a une trentaine d'années, un Biden plus jeune avait appelé à un renouveau générationnel.

« Je tiens encore ce flambeau », a répliqué son aîné.

Joe Biden, le poing serré, prend la parole.

Joe Biden a dû défendre son bilan et ses positions passées.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

L'échange a donné lieu au moment le plus cacophonique du débat. Kamala Harris a réussi à s'imposer grâce à une réplique de toute évidence préparée, mais suscitant les applaudissements des spectateurs réunis à l'Adrienne Arsht Center.

Hé, les amis. L'Amérique ne veut pas être témoin d'une bataille de nourriture. Ils veulent savoir comment nous allons mettre de la nourriture sur leur table.

Kamala Harris, sénatrice de Californie

À la suite d'un segment où Joe Biden a dû expliquer son soutien à la guerre en Irak, en 2002, Bernie Sanders, qui a peu critiqué son principal adversaire, a profité de l'occasion pour offrir un contraste avec M. Biden. « L'une des différences dans le bilan de Joe et dans le mien, c'est que Joe a voté en faveur de cette guerre et que j'ai contribué à mener la charge contre cette guerre, qui a été un désastre total », a-t-il glissé.

Mise en garde contre le socialisme

Le débat a souligné les lignes de fracture entre les deux mouvances de la formation, divisée entre sa tradition centriste –incarné notamment par Joe Biden – et son déplacement vers la gauche, largement sous l'impulsion de Bernie Sanders dans la foulée de la course serrée qu'il a livrée à Hillary Clinton en 2016.

Ce dernier, qui dans les dernières semaines a commencé à perdre du terrain au profit d'une autre progressiste, la sénatrice Elizabeth Warren, a plaidé pour une « révolution politique ». Il s'en est pris aux pétrolières, aux compagnies pharmaceutiques, aux assureurs et aux autres grandes corporations.

Il a notamment mis de l'avant sa proposition d'instaurer un régime public d'assurance maladie et celle d'une université publique gratuite, désormais appuyées par plusieurs de ses rivaux, mais jugées irréalistes par les candidats centristes.

Le socialiste autoproclamé a reconnu qu'une assurance maladie gérée par le gouvernement entraînerait pour les Américains des hausses d'impôt, qui seraient toutefois compensées par des coûts individuels moins élevés pour leurs soins de santé.

Seuls lui et Kamala Harris ont signalé qu'ils élimineraient les assureurs du système de santé.

« Au moment où trois personnes dans ce pays ont une fortune plus grande que la moitié de l'Amérique, où 500 000 personnes dorment dans la rue, nous pensons qu'il est temps pour un changement », a soutenu M. Sanders.

Les candidats les plus centristes, comme Joe Biden, ont plutôt plaidé en faveur d'une extension de l'Obamacare.

À plusieurs reprises, ceux-ci ont mis en garde contre un déplacement du parti vers la gauche.

Si nous n'établissons pas clairement que nous ne sommes pas socialistes, les républicains vont nous attaquer de toutes leurs forces et nous traiter de socialistes.

John Hickenlooper, ex-gouverneur du Colorado

Interrogé sur la crainte que son socialisme pourrait inspirer aux électeurs, Bernie Sanders a fait valoir qu'il battait le président dans les intentions de vote.

« Les sondages nous donnent 10 points d'avance sur Donald Trump parce que le peuple américain comprend que Trump est un imposteur. Trump est un menteur pathologique et un raciste. Et il a menti au peuple américain pendant sa campagne », a-t-il lancé.

C'est ainsi que nous allons battre Trump : en dénonçant l'imposteur qu'il est.

Bernie Sanders, sénateur du Vermont

Joe Biden s’en est aussi pris au président Trump, entre autres sur les baisses d’impôt consenties aux riches depuis son arrivée à la Maison-Blanche.

À la défense des migrants

Certains candidats ont défendu avec passion les sans-papiers et décrié les piètres conditions de détention des enfants migrants, tout comme le traitement réservé à ceux qui fuient l'Amérique centrale dans l'espoir de trouver aux États-Unis une vie meilleure.

Le fait que le passage illégal des migrants à la frontière puisse être considéré comme un crime plutôt que comme un simple délit civil a fini par légitimer la séparation des familles mise en œuvre par l'administration Trump, a argué Pete Buttigieg.

Ouvertement homosexuel, le candidat, qui s'est rapidement imposé parmi les meneurs de cette course, ne s'est pas gêné pour mettre sa foi de l'avant, accusant les républicains d'« hypocrisie » sur cette question.

« Le Parti républicain aime se draper dans la religion », a-t-il lancé.

Quand un parti qui s'associe au christianisme suggère que la division des familles à laquelle procèdent les agents fédéraux ferait plaisir à Dieu, que Dieu tolérerait que les enfants soient mis en cage, il a perdu le droit d'utiliser un langage religieux.

Pete Buttigieg, maire de South Bend, Indiana

Interpellé au sujet de la mort d'un Afro-Américain de sa communauté, tué récemment par un policier blanc, le jeune maire de 37 ans a reconnu avoir été incapable d'augmenter la proportion d'agents afro-américains, très largement sous-représentés par rapport à leur population.

Ils sont sur la scène devant les mots « débat démocrate » et le logo de NBC News.

Le deuxième débat démocrate a réuni sur une même scène 10 candidats, dont 4 des 5 meneurs de la course.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

La position des candidats sur la scène était déterminée par leur place dans les sondages, les meneurs étant au centre et les autres, en périphérie :

  • Marianne Williamson, auteure de livres de développement personnel et guide spirituelle;
  • John Hickenlooper, ex-gouverneur du Colorado;
  • Andrew Yang, entrepreneur;
  • Pete Buttigieg, maire de South Bend, en Indiana;
  • Joe Biden, ex-vice-président des États-Unis, ancien sénateur du Delaware;
  • Bernie Sanders, sénateur du Vermont;
  • Kamala Harris, sénatrice de Californie;
  • Kirsten Gillibrand, sénatrice de New York;
  • Michael Bennet, sénateur du Colorado;
  • Eric Swalwell, représentant du 15e district de Californie.

Exclue du débat des candidats vedettes, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, désormais troisième dans les sondages, a brisé la glace mercredi aux côtés de candidats beaucoup moins prédominants au cours d'un débat marqué par plusieurs divergences importantes.

Les deux débats, divisés en cinq segments, étaient diffusés sur les ondes de NBC, MSNBC et Telemundo depuis Miami.

Les débats subséquents auront lieu les 30 et 31 juillet prochain.

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