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Stonewall : troquer la honte contre la fierté

Plusieurs personnes ont été arrêtées pendant les émeutes du 28 juin 1969, à New York.

Photo : YouTube / CBS

Ximena Sampson

Elles sont survenues il y a aujourd'hui 50 ans et sont devenues mythiques pour la communauté LGBTQ+ : les émeutes de Stonewall, qui ont suivi une descente policière dans un bar gai de New York, en 1969, ont marqué l'envol véritable du militantisme pour les droits des homosexuels. Or, elles n'en sont pas le seul élément déclencheur, contrairement à ce qu'on affirme parfois.

Au petit matin du samedi 28 juin 1969, des policiers ont effectué une descente de routine dans le Stonewall Inn, un bar ouvert à la clientèle gaie et situé dans le quartier de Greenwich Village, à New York. Ils ont arrêté les employés du bar, qui vendaient de l’alcool sans avoir de permis, et plusieurs clients.

Mark Segal est un activiste gai de Philadelphie. Il était au Stonewall Inn le 28 juin 1969, « un des seuls endroits où les gais, lesbiennes et queers pouvaient sortir entre eux en sécurité », raconte-t-il au micro de CBC (Nouvelle fenêtre).

Mais, cette nuit-là, tout a changé. « Les policiers ont fait irruption, ils ont plaqué les gens contre les murs et ont commencé à nous insulter en nous appelant tapettes, pédés, fifis », se rappelle M. Segal.

Une personne, coiffée d'une perruque et vêtue d'une robe, est menottée et escortée par deux policiers.

Le bar Stonewall Inn, qui était une propriété de la mafia, était reconnu pour accueillir les personnes les plus marginalisées de la communauté LGBTQ+, dont les transgenres.

Photo : YouTube / CBS

Les gens de la communauté gaie marginale étaient habitués aux descentes policières, mais ils n’avaient jamais vécu ce type de violence. C’est cette violence qui a déclenché l’étincelle de Stonewall, croit-il.

Après avoir été expulsés du bar, les clients du Stonewall se sont armés de briques, de bouteilles et de tout ce qu’ils ont pu trouver à lancer aux policiers, qui s'étaient retranchés à l’intérieur de l’établissement.

« Alors que c’étaient toujours eux qui nous emprisonnaient, cette fois, c’est nous qui les avons enfermés », ajoute Mark Segal.

Ils avaient peur de nous. Cela nous a donné du pouvoir et de l’unité. Le monde avait changé.

Mark Segal, activiste gai présent lors des émeutes de Stonewall

Les manifestations se sont poursuivies pendant quatre nuits. Pour une rare fois, les membres de la communauté LGBTQ+ osaient tenir tête aux policiers et afficher leur identité. « Là, tout le monde se met ensemble, on résiste, on répond, on s’affirme, on arrête d’intérioriser les interdits et la honte », explique Line Chamberland, professeure au Département de sexologie et titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM.

Il faut remettre ça dans le contexte [des années 60], où l'homosexualité était vraiment condamnée sur le plan religieux; sur le plan psychiatrique, c'était considéré comme une maladie mentale. Il y avait encore beaucoup de pression sociale.

Line Chamberland, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie à l’UQAM

La plupart des membres de la communauté LGBTQ+ vivaient dans le placard. « Il y avait des organisations homophiles, qu’on a tendance à juger conservatrices, mais c'est parce que l'époque était conservatrice, explique la chercheuse. Donc, les regroupements étaient quand même prudents; ils utilisaient des stratégies modérées qui visaient surtout à améliorer l'image des homosexuels. »

Pourtant, l’émeute de Stonewall n’a pas été la première du genre. « Il y a eu plusieurs moments dans les années précédentes où des gens se sont mobilisés contre les violences policières et pour leurs droits, notamment à San Francisco et à Los Angeles, affirme Natalie Kouri-Towe, directrice de programme pour les Études interdisciplinaires de la sexualité à l'Institut Simone de Beauvoir à l'Université Concordia. Mais, parce que New York était au centre, politiquement et culturellement, Stonewall est devenu iconique pour les droits des gais et des lesbiennes. »

L'émeute est aussi survenue dans un contexte particulier. « C’est arrivé à un moment où la population était prête à parler des droits des gais, des lesbiennes et des personnes trans, ainsi que de sexualité, estime Mme Kouri-Towe. Il y avait des revendications pour les droits des femmes, contre le racisme, pour la libération des Noirs, contre la guerre, etc. »

La construction d’un mythe

C’est avec le recul que le mythe autour de Stonewall s’est construit, croit Line Chamberland. « Ça va devenir interprété, réinterprété, commémoré, célébré comme une date importante et, peu à peu, on va construire autour de ça [...] un mythe, on va donner à cet événement-là une signification symbolique extrêmement importante. »

En fait, ce qui a surtout contribué à faire de Stonewall un moment charnière, ce sont les marches commémoratives qui ont suivi, soutient Mme Chamberland.

« Un an après, il y a des militants qui ont eu l'idée de faire une manifestation pour commémorer l’émeute, et c'est là qu’ont commencé les marches qui sont devenues progressivement les marches de la fierté », note-t-elle.

C'est ça qui est réaffirmé chaque année [...], la fierté par rapport à toutes ces pressions sociales de culpabilité religieuse, de pathologisation, de condamnation légale.

Line Chamberland, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM
Des gens sont réunis au pied d'une statue. Un homme parle dans un micro. Des couples de même sexe s'embrassent. D'autres tiennent des banderoles revendicatrices.

Un an après les émeutes de Stonewall, une marche a été organisée pour commémorer l'événement.

Photo : YouTube / CBS

Les répercussions de Stonewall

S’il n’y a pas eu de conséquences dans les jours ou les semaines suivantes, les émeutes de Stonewall ont certainement donné un élan aux mouvements de défense des droits des homosexuels un peu partout en Amérique du Nord. « Dans les milieux universitaires, surtout, les cellules de libération gaies se sont multipliées », affirme Line Chamberland.

« Ça va se transmettre, mais ce n'est pas comme une étincelle qui va allumer le feu tout de suite », précise-t-elle.

Au Québec, la publication du manifeste gai de Carl Wittman dans le magazine Mainmise et l’appel à la formation d’un front de libération homosexuel reçoivent un accueil enthousiaste, déclenchant la formation de la première tentative d'association politique des gais au Québec, entre 1971 et 1972.

  • En 1999, le Stonewall Inn a été inscrit sur le registre national des lieux historiques des États-Unis.
  • En 2016, le président Barack Obama a désigné comme monument national le Stonewall Inn et les rues environnantes, où ont eu lieu les émeutes.
  • Enfin, en mai dernier, le chef de la police de New York s’est excusé pour la répression de 1969. « Les actions et les lois étaient discriminatoires et tyranniques et, de cela, je m'excuse », a déclaré James O’Neill.

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