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Un lien entre les infections virales infantiles et la sclérose en plaques?

Illustration 3D d'un cerveau humain vue à travers une loupe.

La sclérose en plaques s’attaque au système nerveux central.

Photo : iStock

Radio-Canada

Il existerait un lien entre les infections virales cérébrales dans l'enfance et le développement de la sclérose en plaques à l'âge adulte, avancent des chercheurs suisses.

La sclérose en plaques est considérée comme une maladie auto-immune dont la gravité et l’évolution sont très différentes d’une personne à l’autre. Elle s’attaque au système nerveux central en ciblant la myéline, qui est en quelque sorte l’enveloppe protectrice des fibres nerveuses.

La détérioration de cette substance provoque de l’inflammation, qui entraîne à son tour des interruptions de la propagation de l’influx nerveux.

Lorsque la myéline est légèrement détériorée, l’influx se transmet sans trop d’interruptions, mais lorsque cette détérioration prend de l’ampleur, les fibres nerveuses sont altérées et deviennent incapables de communiquer.

Des causes mystérieuses

Jusqu’à maintenant, les causes de la sclérose en plaques restent mystérieuses, et il n'existe aucun traitement pouvant la guérir.

Les chercheurs associent son déclenchement à des composantes génétiques et environnementales, mais lesquelles exactement?

Repères

  • En moyenne, 1 personne sur 1000 est atteinte de sclérose en plaques;
  • la maladie est habituellement diagnostiquée chez des personnes âgées de 20 à 40 ans;
  • les pays du nord sont plus touchés que les pays proches de l’équateur;
  • le Canada détient le plus haut taux de sclérose en plaques du monde (environ 1 cas sur 400).

La piste virale

Le Pr Doron Merkler et ses collègues de la Faculté de médecine de l'Université de Genève ont étudié, chez la souris, le lien potentiel entre les infections virales cérébrales transitoires survenues lors de la petite enfance et l'apparition d'une maladie auto-immune cérébrale plus tard dans la vie.

Nous nous sommes demandé si les infections virales cérébrales contractées durant la petite enfance faisaient partie des causes possibles.

Doron Merkler

Des infections transitoires du cerveau peuvent être contrôlées rapidement par le système immunitaire, sans même que l'enfant s'en aperçoive.

« Mais une telle infection transitoire peut, dans certaines circonstances, laisser une empreinte locale dans le cerveau, que l'on pourrait caractériser de signature inflammatoire », explique le Pr Merkler.

Des cellules au microscope.Agrandir l’image

Cette image montre une coloration des lymphocytes T (cyan) exprimant la chimiokine CCL5 (jaune) qui résident sur un site d'infection virale résolu (rose).

Photo : Université de Genève

Les scientifiques suisses se sont donc intéressés à ce type d’empreinte dans de jeunes cerveaux et à l’apparition de la maladie des années plus tard.

Ils ont donc provoqué une infection virale transitoire chez un groupe de souris adultes et chez un groupe de souriceaux qui ont éliminé l'infection en une semaine, montrant une réponse antivirale similaire.

Puis ils ont laissé vieillir les deux groupes de rongeurs pour ensuite leur transférer des cellules immunitaires dirigées contre les structures du cerveau, nommées cellules autoréactives, que l'on retrouve chez un patient atteint de sclérose en plaques.

De telles cellules peuvent également être présentes chez l'homme, sans nécessairement être associées à une maladie, car elles sont contrôlées par différents mécanismes et n'ont pas accès au cerveau.

Karin Steinbach, Faculté de médecine de l'Université de Genève

Leurs résultats montrent que :

  • chez le groupe de souris infectées par le virus à l'âge adulte, les cellules autoréactives n'ont pas induit de lésions cérébrales;
  • chez les souris infectées lorsqu'elles étaient jeunes, les cellules autoréactives ont migré vers le cerveau, à l'endroit précis de l'infection, et ont commencé à en détruire les structures.

Selon les chercheurs, la zone cérébrale frappée dans l'enfance subit donc une modification des tissus qui conduit, des années plus tard, le système immunitaire à se retourner contre lui-même à cet endroit précis, déclenchant les lésions auto-immunes.

Les lymphocytes T donnent le signal

Lors de l’analyse des tissus de la zone infectée par le virus dans le groupe de souriceaux, les chercheurs ont observé une accumulation de cellules immunitaires, des lymphocytes T à mémoire résidant dans le tissu cérébral.

Normalement, ces dernières sont distribuées dans tout le cerveau, prêtes à le protéger en cas d'attaque virale. Mais ici, ces cellules s'amassent en surnombre à l'endroit précis de l'infection infantile, changeant la structure du tissu.

Doron Merkler

Ils ont également constaté que cette accumulation cellulaire produit une molécule qui attire les cellules autoréactives, leur ouvrant l'accès au cerveau.

Elles se mettent ensuite à détruire ses structures, provoquant la sclérose en plaques.

Afin de vérifier cette observation, nous avons bloqué le récepteur des cellules autoréactives qui perçoit le signal produit par l'accumulation des lymphocytes T à mémoire résidant dans le cerveau, et effectivement, les souris ont été protégées des lésions cérébrales!

Doron Merkler

Chez l'humain

« Nous avons ensuite regardé si, chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, nous retrouvions cette accumulation de lymphocytes T à mémoires résidant dans le tissu cérébral qui produit le signal d'appel aux cellules autoréactives, et c'est bien le cas! » ajoute Karin Steinbach.

Les scientifiques pensent donc qu'un tel mécanisme pourrait exister chez l'humain. D’autres travaux sont cependant nécessaires afin de l’établir.

Nous poursuivons nos recherches dans cette direction, notamment afin de comprendre pourquoi les lymphocytes T s'accumulent dans le cerveau chez un enfant à la suite de l'infection et qu'ils ne le font pas chez un adulte.

Karin Steinbach

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Science Translational Medicine (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Recherche médicale

Science