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Plus de personnages LGBTQ à la télévision américaine, mais des tabous demeurent

Les personnages principaux de la série Will and Grace

La comédie Will and Grace

Photo : facebook.com/NBCWillAndGrace

Agence France-Presse

Presque absente du petit écran lors des émeutes de Stonewall, le 28 juin 1969, la communauté LGBTQ s'est progressivement fait une place à la télévision américaine, avec une nette accélération ces 20 dernières années. Cependant, des obstacles demeurent.

Pour comprendre ce qu'était l'homosexualité à la télévision avant 1969, il faut revoir le documentaire de CBS The Homosexuals (1967), qui traitait l'idée de l'homosexualité comme un trouble, explique Robert Thompson, professeur à l'Université de Syracuse.

Lorsqu'ils apparaissaient dans les séries de fiction, les personnages homosexuels étaient ridiculisés, caricaturés ou dépeints comme étant déviants, parfois dangereux.

Il y avait aussi une sorte de guide officiel des bonnes mœurs de la télévision américaine, instauré en 1952, qui prohibait implicitement toute référence à une sexualité autre qu'hétérosexuelle. Il n'a été supprimé qu'en 1983.

Caché aussi derrière la caméra

Quand je suis arrivé à Los Angeles comme scénariste, vous ne pouviez pas dire que vous étiez gai dans une équipe d'écriture, se souvient Stan Zimmerman, dont les premières collaborations remontent au début des années 80.

À partir de cette époque, les rôles LGBTQ se sont faits plus nombreux, même s'ils existaient surtout pour leur orientation sexuelle, plutôt que pour l'intérêt de leur personnage.

Les temps changent

Au début des années 90, le cinéma américain, qui avait connu jusque-là un parcours assez similaire à celui de la télévision, a pris un virage décisif avec une série de films, dont Philadelphie, avec Tom Hanks et Denzel Washington.

À la télévision, il a fallu attendre le 30 avril 1997 : pour la première fois, le personnage principal d'une série majeure, Ellen, a révélé son homosexualité lors d'un épisode passé à la postérité.

L'effet a été démultiplié, car l'actrice Ellen DeGeneres, qui incarnait Ellen, est sortie du placard au même moment. Certains annonceurs se sont retirés, des groupes religieux ont organisé quelques manifestations sporadiques, et le pasteur ultraconservateur Jerry Falwell l'a surnommée Ellen DeGenerate.

Ellen DeGeneres pose vêtue de blanc.

L'animatrice de télévision Ellen DeGeneres à Los Angeles en 2015

Photo : Getty Images / Christopher Polk

Malgré tout, les réactions ont été largement positives, et le mouvement s'est accéléré. Des personnages LGBTQ sont apparus dans les séries Will and Grace, puis Urgences, Dawnson, Spin City. En février 2001, Buffy contre les vampires montrait un baiser lesbien, une première pour une série à succès.

Image promotionnelle de la série « Buffy contre les vampires ».

Sarah Michelle Gellar (deuxième à partir de la gauche) était l'interprète de Buffy dans la version originelle de la série.

Photo : Facebook/Buffy The Vampire Slayer

Le public s'est aussi montré largement ouvert à cette diversité sexuelle, permettant à des téléspectatrices et téléspectateurs de se sentir, pour la première fois, représentés.

Pour les grandes chaînes, tout est question d'argent. Si elles sentent qu'elles peuvent faire de l'argent, elles mettront [l'émission] à l'antenne.

Stan Zimmerman

L'effet du visionnement en ligne

Cette nouvelle visibilité des personnes homosexuelles à la télévision a coïncidé avec l'émergence de séries comme Les Soprano ou The Wire. L'avènement du câble, puis du visionnement en ligne, ont aussi créé un nouvel espace de création.

De moins d'une centaine de séries du temps où les grandes chaînes avaient le monopole, le paysage en compte désormais près de 500.

Une photo en noir et jaune de sept individus.

La série culte américaine The Wire

Photo : HBO

Comme il ne s'agissait plus de plaire systématiquement à un auditoire de masse, on a assisté à des changements majeurs, et on a vu beaucoup plus de personnages différents, dit le professeur Thompson.

En 2007-2008, 1,1 % des personnages récurrents sur les grandes chaînes américaines étaient LGBTQ, selon l'association pour les droits homosexuels GLAAD. En 2018-2019, la proportion était passée à 8,8 %, soit près du double de celle des adultes américains disant appartenir à cette communauté (4,5 %) en 2017, selon un sondage Gallup.

L'arrivée de personnages transgenres

Depuis 2013, la télévision s'est aussi ouverte aux transgenres, avec Orange is the New Black, Transparent, et tout récemment, Pose.

Une présence fragile

Toutefois, la présence croissante de personnages LGBTQ à la télévision donne la fausse impression que nous avons obtenu l'acceptation culturelle, alors qu'elle est fictionnelle, nuance Candace Moore, professeure à l'Université de Carleton au Minnesota.

Depuis l'élection de Donald Trump, le pays a connu un regain d'hostilité envers les minorités sexuelles, souligne-t-elle.

La représentation LGBTQ dans les séries télé est probablement une version un peu embellie de ce qui se passe actuellement aux États-Unis.

Candace Moore

Même à la télévision, certaines barrières demeurent. En mars 2018, la série Instinct de CBS était la première d'une grande chaîne comportant un personnage principal gai, mais les premiers rôles leur échappent encore généralement.

Les programmes jeunesse restent un territoire délicat

Si les séries mettant en scène des adolescents ont déjà beaucoup osé, à l'image de PEN15, d'Éducation sexuelle ou de Un jour à la fois, les tentatives pour les séries destinées aux plus jeunes sont rares, et font presque systématiquement réagir.

Les trois adolescents regardent partout.

Les trois vedettes de la nouvelle série de Netflix

Photo : Netflix

En mai dernier, l'antenne locale de la chaîne publique PBS en Alabama refusait de diffuser un épisode du dessin animé Arthur, dans lequel un personnage récurrent épousait un autre homme.

Des progrès tangibles

Malgré tout, Stan Zimmerman mesure les progrès réalisés.

Les personnages LGBTQ peuvent maintenant être représentés dans toutes les facettes de notre vie, le bon, le mauvais, le drôle, le triste, pas juste des personnages unidimensionnels ou des faire-valoir.

Stan Zimmerman

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