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analyse

Un G20 délicat pour Justin Trudeau

M. Trudeau tient un parapluie pour protéger le couple de la pluie.

Le premier ministre Justin Trudeau et son épouse Sophie Grégoire à Ottawa, juste avant de monter dans l'avion qui devait les mener à Osaka, au Japon.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Madeleine Blais-Morin

Le premier ministre Justin Trudeau n'était pas encore monté à bord du vol CF001 qui allait le mener au Japon qu'un tête à tête avec le président chinois semblait déjà hors de portée. « Il est très peu probable qu'une demande formelle soit faite », nous confiait une source gouvernementale.

L’équipe Trudeau a dû lire les signaux envoyés par la Chine. Ils ne laissaient pas vraiment de place à interprétation.

La demande de suspension des permis d’exportation de viande canadienne en Chine – même si le gouvernement Trudeau parle d’un problème technique – ne donne pas l’impression d’un pays qui veut désamorcer les tensions.

Dans le passé, des rencontres informelles avaient permis de passer des messages, comme à ce G20 en Australie, en 2014, où Stephen Harper s’était adressé au président russe Vladimir Poutine en ces termes : « J’imagine que je vais vous serrer la main, mais je n’ai qu’une seule chose à vous dire : vous devez sortir d’Ukraine. » C’est du moins ce que le porte-parole du premier ministre conservateur de l’époque avait rapporté.

Lors du dernier G20, en Argentine, Justin Trudeau avait notamment soulevé le cas de Raïf Badawi dans une rencontre informelle avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Mais plusieurs observateurs doutent que le premier ministre canadien parvienne à soulever le cas des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig dans une rencontre fortuite avec Xi Jinping.

L’ancien ambassadeur du Canada à Pékin, Guy Saint-Jacques, croit que tout ce que la Chine veut entendre du gouvernement Trudeau, c’est la promesse qu’il va libérer la numéro deux de Huawei, Meng Wanzhou.

« Le président Xi se déplace avec son entourage et ils vont vouloir chorégraphier ça pour essayer d’éviter toute rencontre, parce qu’ils savent que de toute façon, ils n’ont rien à dire au Canada. Ils pensent que le message a été très clair. C’est pour ça qu’il va falloir compter surtout sur la discussion que M. Trump va avoir avec le président Xi. »

Une convention pourrait toutefois jouer en faveur de Justin Trudeau s'il tient vraiment à glisser un mot à l'oreille du président Xi. Les leaders sont généralement assis en fonction de l'ordre alphabétique de leur pays. En session plénière, le Canada se trouve donc entre le Brésil et la Chine!

L’ironie de devoir compter sur Donald Trump

L’apaisement des tensions diplomatiques entre le Canada et la Chine passerait-il par la rencontre prévue entre les présidents Trump et Xi?

Le Canada a cherché à multiplier les déclarations d’appui de ses alliés, pour que le plus de voix possible dénoncent le traitement réservé aux Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig détenus en Chine. Ces efforts pourraient d’ailleurs se poursuivre au G20. Le gouvernement canadien espère que la Chine finira par en avoir assez de se faire rappeler à l’ordre en public comme en privé, elle qui se soucie de son image internationale.

Dans cette stratégie, le gouvernement Trudeau ne va sûrement pas se priver de l’aide de son plus puissant allié, qui a promis de faire tout ce qu’il peut. Même si c’est un peu ironique que le Canada doive compter sur le pays qui l'a mis dans l’embarras en lui demandant d’intercepter Meng Wanzhou, en décembre dernier, à Vancouver.

L’ancien ambassadeur Guy Saint-Jacques croit qu’à court terme, il ne faut pas s’attendre à une normalisation des relations entre le Canada et la Chine. À moyen terme, il s’accroche au scénario d’un éventuel règlement de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.

« Je pense que de part et d’autre, ils ont un intérêt à trouver un règlement. M. Xi est de plus en plus l’objet de critiques sur le plan domestique. M. Trump, maintenant que la campagne électorale américaine s’amorce, a besoin de succès. Je dirais que probablement, s’il va y avoir une entente, ce sera à l’automne. »

Montrer nos petits muscles?

D’ici là, M. Saint-Jacques croit que le gouvernement Trudeau doit continuer de durcir le ton face à la Chine. Il suggère par exemple de déposer une plainte officielle à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au sujet du canola canadien. Ou encore d'annoncer formellement – et de façon un peu symbolique – que le Canada abandonne toute idée de conclure un accord de libre-échange avec la Chine. Selon lui, « le gouvernement canadien doit prendre des mesures pour démontrer que c’est un jeu qui se joue à deux ».

Guy Saint-Jacques ajoute que le gouvernement Trudeau doit par le fait même tenter d’éviter « que la crise avec la Chine devienne un enjeu électoral ».

Commentaires prophétiques? Quelques heures après les avoir formulés, on apprenait que la Chine exigeait la suspension des permis d’exportation de viande canadienne – un développement que le chef conservateur a tenu à commenter sur son compte Twitter.

Les batailles à venir ne sont pas toutes de la même échelle. Celle que Justin Trudeau devra mener contre Andrew Scheer dans quelques mois ne se compare pas au conflit diplomatique avec la Chine.

Mais les décisions qu’il prendra pour essayer de normaliser ses relations avec Pékin pourraient aussi influencer le déroulement d’une partie de la prochaine campagne électorale.

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