•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les entreprises canadiennes très préoccupées par les sanctions chinoises

Deux livreurs poussent des boîtes de porc empilées sur des chariots devant une épicerie.

Pékin se retranche derrière des raisons sanitaires pour expliquer l'interdiction adoptée contre les importations de viande canadienne, mais les experts craignent une sanction politique.

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Danielle Beaudoin

Les entrepreneurs canadiens n’aiment pas du tout l’incertitude dans laquelle les plonge le conflit commercial entre Ottawa et Pékin, et ils craignent que la querelle ne s’éternise. Nous leur avons parlé.

Tout ça a commencé en décembre dernier à Vancouver, avec l’arrestation, à la demande des États-Unis, d’une dirigeante de la compagnie chinoise Huawei. Depuis ce temps, la Chine donne du fil à retordre aux entrepreneurs canadiens en bloquant leurs produits pour toutes sortes de raisons, allant de l’insalubrité au manque de documentation.

Pékin a imposé des sanctions sur le canola, puis sur les pois et le soya. Il y a eu ensuite la suspension des permis d’exportation de deux producteurs de porc en mai. Et le 25 juin, la Chine a carrément bloqué toute importation de viande canadienne.

Les entreprises canadiennes sont très préoccupées par cette dernière mesure de la Chine, explique Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs Québec (MEQ), qui représente 2500 membres dans tout le pays.

Les entreprises, surtout dans le domaine de la viande, du porc, sont quand même assez captives du marché chinois. Alors du jour au lendemain, de ne plus avoir d'accès [à ce marché], ça a un impact direct sur leur capacité de commercialiser et sur leur rentabilité aussi, explique Mme Proulx.

Une multitude de produits canadiens sont exportés en Chine, de la pâte à papier aux oléagineux, en passant par la viande et les minerais de cuivre ou de nickel. Les sanctions pourraient s’étendre à d’autres produits que ceux touchés jusqu’ici, croit Mme Proulx.

Ce que l'on voit depuis le début du conflit, c'est que plus on avance, plus la Chine met en place différentes mesures ou sanctions envers le Canada. Donc d'autres pourraient suivre. On espère que non, mais tout est possible à ce stade-ci.

Véronique Proulx, PDG de MEQ

« Jusqu'à présent, la plupart des entreprises n'étaient pas affectées et attendaient de voir ce qui allait arriver. Là, clairement, ça fait mal. Ça fait mal au Québec parce qu'on a beaucoup d'entreprises dans le secteur qui est visé [porc] », précise la PDG.

La question, c’est de voir combien de temps va durer le conflit, ajoute-t-elle. Elle donne l’exemple de la guerre des tarifs sur l’acier et l’aluminium avec les États-Unis. Personne ne savait quand ça allait se terminer, note-t-elle.

Ça crée beaucoup d'incertitude pour les entreprises. Ça va durer un mois, deux mois, trois mois. Ou est-ce que c'est là pour durer des années? Le cas échéant, ça change le modèle d'affaires des entreprises. Elles doivent revoir complètement comment elles font les choses, et vers quels pays elles vont développer de nouvelles opportunités.

L'incertitude, ce n'est jamais bon. L'incertitude, ça fait en sorte qu'on va reporter des projets d'investissements. On l'a vu avec les États-Unis. Les entreprises reportent des projets d'investissements, faute de savoir si elles vont avoir accès à un marché demain matin.

Véronique Proulx, PDG de MEQ

Un impact sur la confiance des entrepreneurs

La dernière sanction chinoise est aussi une mauvaise nouvelle pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui regroupe 110 000 PME dans tout le pays. Cette annonce amène encore plus d’incertitude, note Simon Gaudreault, directeur principal de la recherche nationale à la FCEI.

Les gens d’affaires, en général, aiment la prévisibilité, ils aiment pouvoir développer leurs affaires dans un cadre qui est stable, remarque Simon Gaudreault. Et des annonces comme celle-ci se répercutent sur les entreprises un peu partout, ajoute-t-il. Ce sont elles qui en font les frais, et ce sont nos économies locales, il faut le dire. Il y a des exportateurs partout, aux quatre coins du pays. Ça peut effectivement ralentir les choses, compliquer les choses. Donc, ce n'est pas une bonne nouvelle de ce point de vue là.

Ça fait déjà un certain temps qu'on note que l'incertitude dans nos relations commerciales avec la Chine pourrait avoir un impact, ne serait-ce que sur la confiance des entrepreneurs.

Simon Gaudreault, de la FCEI

La FCEI tient chaque mois un sondage auprès de ses membres, notamment sur leur optimisme et leurs plans de développement des affaires. Dans plusieurs parties du pays ou pour plusieurs entreprises, il y a de l'incertitude, et on n'est pas aussi optimistes qu'on devrait l'être dans une situation de croissance économique. Alors il y a d'autres facteurs qui viennent jouer, mais on note notamment des incertitudes du côté de la Chine comme un facteur qui n'aide pas présentement.

Ce que l'on souhaite, c'est qu'on puisse se remettre à faire du commerce librement, ajoute Simon Gaudreault. La Chine est et va rester un marché très important pour les entreprises canadiennes. C'est pour ça qu'il ne faut pas que nos gouvernements ménagent les efforts pour dénouer l'impasse très rapidement.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Commerce

Économie