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La difficile bataille des femmes pour l'égalité en Algérie

Fatma Oussedik parle à la caméra.

La sociologue algérienne Fatma Oussedik milite depuis longtemps pour les droits des femmes.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Au cœur du mouvement de contestation qui a forcé le départ du président Abdelaziz Bouteflika, les femmes se font entendre. Elles ne veulent pas être reléguées à leurs cuisines, comme ce fut le cas dans le passé. Notre envoyé spécial à Alger a rencontré une militante féministe de longue date, très impliquée dans le mouvement actuel, la sociologue Fatma Oussedik.

Elle a maintenant des cheveux gris, mais sa détermination est intacte. Fatma Oussedik milite inlassablement pour l’amélioration de la condition des femmes dans un pays fortement marqué par l’influence du conservatisme religieux. « J’ai rencontré le féminisme en 1978, et il m’a dit que j’étais un être humain », dit-elle.

Le mouvement de contestation actuel, « l’Hirak », est surtout porté par les jeunes Algériens, mais elle est là, à leurs côtés, tous les vendredis depuis le 22 février dernier. Parce qu’elle veut encourager les jeunes femmes, en particulier, à poursuivre la lutte. Elle est très bien accueillie, dit-elle.

Les yeux humides, elle raconte son implication. « Le 8 mars dernier, c’était un vendredi, je suis allée devant la grande poste d’Alger (lieu de rassemblement traditionnel) avec une banderole qui arborait le visage de cinq grandes femmes algériennes. Il y avait une foule immense. La police a essayé de m’empêcher d’avancer. Mais ce sont les jeunes qui ont pris ma banderole et qui sont allés l’installer tout en haut de l’immeuble. Ils m’embrassaient sur la tête pour me montrer leur reconnaissance. »

Fatma Oussedik scande un slogan, entourée de jeunes dans une manifestation.

Ce sont surtout des jeunes qui manifestent depuis février en Algérie, mais Fatma Oussedik est à leurs côtés tous les vendredis depuis le début de la contestation.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Une figure controversée

Cette professeure de sociologie est très connue en Algérie, mais pas toujours appréciée. Par les hommes, en particulier. « Quand nous sommes sorties, les premières fois, en groupe féministe dans les manifestations, on a reçu des menaces de mort, des menaces d’acide, on nous insultait, ça venait d’autres manifestants », précise-t-elle.

En fait, ces militantes vivaient ce que d’autres femmes algériennes ont vécu avant elles.

Les femmes dans ce pays ont participé à la guerre de libération contre la France, elles ont toujours été là, actives. Mais leurs revendications ont toujours été ignorées.

Fatma Oussedik, sociologue, professeure et militante féministe

« Chaque fois, on nous a dit que l’essentiel était de transformer d’abord le politique et qu’ensuite, on tiendrait compte de nos demandes. Cette fois, on ne va pas lâcher », ajoute-t-elle.

Depuis 1984, un « Code de la famille » impose une série de mesures aux femmes algériennes. Elles ont besoin d’un tuteur pour se marier. En cas de divorce, elles ne peuvent se remarier, sous peine de perdre la garde de leurs enfants. Leur droit à l’héritage familial est aussi limité. Les militantes comme Fatma Oussedik réclament l’abolition de ce « Code de l’infamie », ainsi qu'elle l’a rebaptisé.

La sociologue et professeure d’université tient à souligner que certains hommes algériens se battent aussi aux côtés des femmes. Quand on lui demande si elle croit que la majorité des femmes sont d’accord avec ses revendications égalitaires en Algérie, elle flaire le piège.

Elle sait bien qu’une majorité de femmes portent encore le voile, et que les mentalités sont plus conservatrices dans les petites villes et les campagnes. « Un être humain, quel qu’il soit, même un petit oiseau, a toujours aspiration à ne pas être battu, à avoir des droits, dont celui de pouvoir prendre des décisions le concernant », répond la militante.

Fatma Oussedik sait bien que la révolution actuelle, la « révolution du sourire », quelle qu’en soit l’issue,  ne va pas répondre à toutes les revendications des femmes. « Il y a encore des villes où on jette et on brûle les effets d’une jeune femme qui ose vivre seule en appartement, sous prétexte que ça deviendrait un lieu de perdition. »

Mais l’évolution des droits des femmes ne va pas s’arrêter, croit-elle. « Même si nous perdons cette fois-ci, il y a des choses qui ne seront plus comme avant. Aujourd’hui, on peut dire du bien ou du mal du féminisme algérien, mais on prononce bien son nom! »

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