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White Birch : plus de 30 % des retraités en cour contre le syndicat sont décédés

L'usine de Papiers White Birch à Québec

Les retraités de l'usine White Birch de Québec mènent leur combat depuis 2011.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

David Rémillard

Alors qu'ils sont engagés dans un long combat judiciaire pour récupérer des millions de dollars de leur fonds de pension, l'âge rattrape les retraités de l'usine White Birch de Québec. Près de 150 d'entre eux sont décédés depuis le début de leur bataille, en 2011. Cette situation a convaincu la Cour d'appel d'entendre leur cause en priorité, a appris Radio-Canada.

Le regroupement a vu le jour il y a huit ans, en plein cœur d'une bataille pour la sauvegarde des régimes de retraite des employés et des ex-employés de l'usine Stadacona, à Québec, lors de son rachat par Black Diamond-White Birch.

Les nouveaux propriétaires ont exigé la terminaison des régimes de retraite, poussant le syndicat Unifor à accepter une offre finale, en 2012, qui a coupé plus de 40 % des montants prévus pour les retraités.

Ces derniers poursuivent aujourd'hui le syndicat qui, selon eux, ne les a pas consultés sur l'offre en question et a ainsi ignoré leurs droits.

Ils étaient 449 au début de la bataille, en 2011. Depuis, 148 membres sont décédés, selon Gilles Bédard, président du regroupement. On perd de 20 à 25 membres par année, dit-il.

La moyenne d'âge des retraités impliqués dans le litige est de 76 ans.

Cause prioritaire

Cette situation a poussé les avocats du regroupement à déposer récemment une requête pour priorité. La Cour d'appel a accédé à la requête, jeudi, et entendra donc la cause plus rapidement.

Les retraités ont été déboutés l'an dernier en Cour supérieure, mais estiment qu'ils ont de bonnes chances de voir la décision être infirmée. Or, le temps pourrait manquer pour certains.

Il est plus que possible que certains d'entre eux tombent malades ou décèdent. Ceux-là ne pourront bénéficier de leur vivant de leur pleine pension de retraite, et ce après avoir travaillé toute leur vie pour les gagner, peut-on lire dans la requête déposée le 27 mai dernier.

Ça fait 8 ans qu'on livre le combat et ce que l'on désire, c'est que les retraités puissent récupérer une partie de leur retraite de leur vivant. C'est une question d'équité, d'équité humanitaire je dirais.

Jocelyn Morency, avocat du regroupement des retraités

L'avocat du groupe, Jocelyn Morency, espère que l'appel de ses clients soit entendu à la fin de 2019 ou encore au début de 2020. Sans la requête pour priorité, il estimait à la fin de 2020 le début des audiences.

Jocelyn Morency, avocat

Jocelyn Morency a récemment déposé une requête pour priorité au nom des retraités de la White Birch.

Photo : Radio-Canada

M. Morency estime que les retraités se trouvent dans une situation particulière.

Être entendus une dizaine de mois plus rapidement devrait faire une grande différence pour eux, surtout si les juges de la Cour d'appel leur donnent gain de cause. C'est très significatif parce qu'ils attendent ce manque à gagner depuis longtemps.

« Tragique »

Si quatre héritiers sur cinq poursuivent le combat à la place des disparus, le regroupement croit que la grande victoire serait d'obtenir gain de cause alors qu'une majorité de membres est toujours en vie.

Gilles Bédard, qui a lui-même 75 ans, rappelle que les sommes réclamées ont été cotisées par les défunts, et que ce sont eux qui en ont été privés jusqu'à leur décès. C'est ça la partie tragique, tranche-t-il.

Il souligne que de nombreux retraités ont dû retourner travailler après la retraite, parfois dix ans plus tard, pour maintenir leurs acquis. D'autres ont vendu leur maison ou ont dû se passer de certains services en centre d'hébergement. Il y en a qui ont vendu leur maison pour se payer une vie, mais à logement.

Moi c'était mon chalet de retraite et pour le garder, il faut que je travaille. Je suis chanceux, j'ai encore une santé qui me le permet, comme je pense que j'ai encore une santé pour poursuivre cette bataille-là jusqu'au bout

Gilles Bédard, président du regroupement des retraités syndiqués de la White Birch

Bien qu'ils ont récupéré une partie des sommes en 2015 après la mise en place du nouveau fonds de retraite de l'usine de papier White Birch, les retraités estiment qu'ils sont toujours privés de près de 60 millions de dollars prévus par l'ancien régime.

Une lutte à finir

Malgré l'âge, le conseil d'administration du regroupement a toujours l'énergie pour avancer, selon Gilles Bédard. On fait pas notre âge à ce niveau-là!, lance-t-il. Nous sommes des gens qui n'acceptons pas facilement de se faire varloper comme ça s'est passé.

Et ceux qui restent adhèrent majoritairement à la lutte, se tiennent informés.

Si on a tout notre monde qui est encore avec nous autres, c'est parce que les gens ont confiance en nous, ont confiance au travail qu'on fait, ont confiance en la cause.

Gilles Bédard, président du regroupement des retraités syndiqués de la White Birch

Si l'objectif ultime est de rendre les sommes aux travailleurs, M. Bédard espère aussi que leur histoire fera école pour qu'une telle situation ne se reproduise plus.

Selon l'avocat Jocelyn Morency, la cause se trouve d'ailleurs dans une zone encore inexplorée du droit.

La possibilité que la Cour suprême soit saisie de cette affaire est donc bien réelle, ce qui prolongerait le combat encore quelques années.

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