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Legault veut un plan pour aider les producteurs de porc québécois

François Legault.

François Legault a exprimé certaines réserves au sujet des motivations réelles de la Chine.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Bernard Barbeau

Le premier ministre François Legault a demandé au ministre fédéral des Finances d’évaluer l’opportunité de venir en aide aux producteurs québécois si les frontières de la Chine demeurent longtemps fermées à la viande canadienne. Québec, entre-temps, cherchera à diminuer ses importations de produits chinois.

C'est une situation très inquiétante, a affirmé François Legault mercredi, peu après en avoir discuté avec le ministre des Finances du gouvernement Trudeau, Bill Morneau. Près de la moitié du porc exporté par le Canada vient du Québec.

J'ai demandé à M. Morneau de commencer à penser à un programme d'aide financière pour nos producteurs, a-t-il dit, reconnaissant être « en colère ».

Les deux hommes ont convenu de se reparler s’il devient nécessaire de prendre des mesures.

A priori, si c'est le fédéral qui est fautif, ça devrait être le fédéral qui paie.

François Legault, premier ministre du Québec

Le ministre caquiste de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, a lui aussi fait valoir que la question des exportations, la question de la conformité de nos démarches en matière d'exportation, c'est tout de juridiction fédérale.

Ici, ce qui est important, c'est de s'assurer qu'on évalue, qu'on regarde avec les transformateurs, avec les producteurs, la direction que ça va prendre et, après ça, quelle sorte de soutien on peut donner à nos gens, a indiqué M. Lamontagne, qui s'est entretenu de son côté avec la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau.

Cette dernière a trouvé prématuré de parler de programme de compensation, en entrevue à ICI RDI en après-midi. On en est à la première journée, et j'ai bon espoir qu'on va trouver une solution le plus rapidement possible.

C'est quelque chose qu'on pourrait éventuellement faire, mais espérons qu'on va plutôt régler la situation, a-t-elle néanmoins ajouté.

Mme Bibeau a rappelé que plusieurs programmes fédéraux existent déjà pour venir en aide aux entrepreneurs qui font face à des situations particulières.

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, s'est avancé un peu plus que ses collègues. C'est sûr que le Québec va aider les producteurs si requis , a-t-il dit. Quelque 26 500 emplois dépendent de l'industrie porcine, dans la province.

M. Fitzgibbon a rappelé que Québec avait mis sur pied un programme pour venir en aide au secteur de l'acier et de l'aluminium quand celui-ci était visé par les mesures protectionnistes du gouvernement américain et par la hausse du prix des métaux. Il n'a pas été utilisé, par contre, puisque la situation s'est résorbée.

Il faudra attendre au moins quelques jours pour voir quelles conséquences subiront véritablement les producteurs et transformateurs de porc du Québec, a ajouté le ministre Lamontagne. Ça commence aujourd'hui. Avant qu'on voie les répercussions, des journées vont passer.

On va réagir s'il faut réagir, a promis M. Fitzgibbon.

Les motivations de la Chine

Le premier ministre Legault a exprimé des doutes sur la véracité des raisons invoquées par Pékin, qui menace de bloquer les importations de viande du Canada.

« On ne peut pas ne pas se poser la question : est-ce qu'il y a d'autres raisons derrière tout ça? Est-ce que c'est suite à Huawei, puis avec toute la saga entre le Canada et la Chine? », s'est-il interrogé.

Parlant de « mesures préventives urgentes », le gouvernement chinois a lancé son avertissement par le biais de son ambassade mardi.

Pékin a déploré certaines lacunes dans le processus de certification des produits canadiens.

Les douaniers chinois auraient découvert des traces de ractopamine – une substance interdite dans 160 pays, dont la Chine – dans une livraison de produits porcins en provenance du Canada. Une enquête sino-canadienne a conclu que 188 certificats médicaux attachés à la livraison de ces produits porcins avaient été contrefaits.

Il y a des certificats supposément frauduleux qui ont été émis par le gouvernement fédéral. Il faut voir si c'est vrai. Il faut voir aussi quel était l'objectif, si c'est vrai, a assuré François Legault. Est-ce que c'était pour exporter une plus grande quantité ou c'était pour exporter de la viande qui n'était pas appropriée?

Déficit commercial et représailles

François Legault a rappelé que si le Québec exporte annuellement pour environ 3 milliards de dollars de produits en Chine, il importe pour 12 milliards de dollars de produits chinois.

Il ne faudrait donc pas que la Chine fasse exprès pour refuser nos 3 milliards de produits ou une partie de ces produits-là, a-t-il prévenu, laissant entendre que d'éventuelles représailles commerciales ne sont pas hors de questions.

Il faut que ça soit juste, les échanges commerciaux, il faut que ce soit possible dans les deux sens. À ce moment-ci, il ne faut rien exclure.

François Legault, premier ministre du Québec

En 2017, les exportations de produits de porc du Québec ont été de 1,6 milliard de dollars. Environ 283 millions de dollars de ce porc avaient pris le chemin de la Chine, a précisé Pierre Fitzgibbon, ajoutant que le début de 2019 laissait présager une hausse importante, qui pourrait bien ne pas se concrétiser, voire devenir une baisse.

Il s'est donc dit « préoccupé » par la possibilité de voir augmenter le déficit commercial du Québec avec la Chine.

M. Fitzgibbon s'active à identifier des alternatives québécoises à des produits présentement importés de Chine, un processus qui prendra du temps, a-t-il convenu. Il a cependant déjà identifié certaines avenues, notamment dans le domaine du textile.

Au début du mois, la Chine avait indiqué qu’elle augmenterait ses inspections de cargaisons de produits de porc en provenance du Canada, ce que M. Legault avait qualifié d’inacceptable.

Et plus tôt, au printemps, elle avait décidé de suspendre les permis d'exportation de deux producteurs de porcs québécois pour un problème d’étiquetage.

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