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Viande interdite en Chine : les producteurs de porc du Québec plongés dans l'incertitude

Quatre porcs s'agitent derrière une barrière, leur museau entre les barreaux.

Selon le Conseil canadien du porc, en 2018, la Chine a importé l'équivalent de 500 millions $ de porc du Canada.

Photo : iStock

Marc-Antoine Lavoie

La suspension des importations de viande canadienne par la Chine crée bien des inquiétudes chez les producteurs au pays. Cette nouvelle barrière s’ajoute au « climat d’incertitude » qui régnait déjà dans l’industrie porcine québécoise.

Cette annonce a été faite mardi par l'ambassade chinoise au Canada, qui invoque notamment des lacunes dans le processus de certification des produits canadiens.

C'est impossible de d'arrêter la production pour quelques mois. Les producteurs ont des investissements qui ont été faits, des achats et des paiements qui sont reliés à ça. Il faut que ça continue, s'inquiète un producteur de porc de Bellechasse, Louis-Philippe Roy.

Le président des Éleveurs de porc des Deux Rives, Louis-Philippe Roy.

Le président des Éleveurs de porc des Deux Rives, Louis-Philippe Roy.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

L’expert en agroéconomie Daniel-Mercier Gouin souligne que la Chine est un acheteur majeur au Canada. La perte temporaire de ce vaste marché n’a rien pour rassurer les producteurs de porc du Québec qui se relèvent tout juste d’une crise exceptionnelle due à la volatilité des prix du porc sur le marché.

L’an dernier, le prix offert par les abattoirs aux producteurs avait chuté de 50 %, du jamais-vu depuis 20 ans. La guerre commerciale qui opposait la Chine à l’administration Trump était en partie en cause.

Le prix s’est depuis stabilisé, notamment en raison de l’augmentation des exportations sur le marché chinois.

Nous, au Québec, nous nous basons sur un prix américain. Donc, comment les Américains vont réagir? Comment la bourse américaine va réagir? Ça va avoir un gros impact pour nous, se demande Louis-Philippe Roy.

Daniel-Mercier Gouin, en studio

Daniel-Mercier Gouin, expert en agroéconomie et depuis peu professeur à la retraite de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

À court terme, une suspension temporaire ne devrait toutefois pas avoir d’impact sur le prix offert aux producteurs, selon l’expert. Des conséquences plus importantes pourraient toutefois apparaître si la fermeture du marché perdure, estime M. Gouin.

Généralement, cette façon de fixer le prix est utilisée parce que le Canada a accès au même marché que les États-Unis. Donc, si les États-Unis regagnaient un accès à la Chine et le Canada le perdait, il y aura un ajustement potentiel qui entraîne une incertitude, explique l’ancien professeur à l’Université Laval.

Les transformateurs encaissent le coup

Ce sont les entreprises d’abattage et de transformation qui seront les plus touchées, analyse Daniel-Mercier Gouin. Ceux-ci devront rapidement trouver de nouveaux marchés pour écouler leurs produits.

Des employés de l'usine Olymel de Yamachiche découpent des pièces de porc.

Des employés de l'usine Olymel de Yamachiche découpent des pièces de porc.

Photo : Radio-Canada

Pendant ce temps, la place qui est laissée vacante par le Canada peut être prise par d’autres acteurs sur le marché. Comme exportateur majeur, le Canada n’a pas trop à se soucier de ce jeu de domino.

Si les autres exportateurs ne fournissent pas certains marchés, ça donne une place pour les exportations canadiennes. Ça veut dire un jeu de domino entre les différents exportateurs sur le marché , précise M. Gouin.

Le problème c'est que les Chinois sont parmi les rares à consommer ce qui est appelé le cinquième quartier.

Les pays développés ne consomment pas les oreilles, les queues ou les pattes. Les Chinois prennent tout. Ce n'est pas évident de replacer ou de trouver des clients pour ce volume, ajoute l'agroéconomiste.

C'est un choc que devront absorber les abattoirs à court terme. Cela dit, la viabilité d'une filière dépend de la viabilité de l'ensemble des acteurs.

Daniel-Mercier Gouin, expert en agroéconomie

Dommage collatéral d’un conflit politique

Pour l’agroéconomiste, il est clair que cette annonce de Pékin comporte des enjeux géostratégiques qui dépassent largement le secteur agroalimentaire.

La Chine ferme sporadiquement son marché aux importations agroalimentaires canadiennes depuis l’arrestation de Meng Wanzhou, une personne haut placée du fleuron technologique chinois Huawei.

Gros plan sur les mains d'un boucher qui lève les côtes d'une pièce de porc.

Selon Margaret Rempel, éleveuse de porcs à Sainte-Anne, au Manitoba, la décision de Pékin survient au moment où les exportations de viande porcine vers la Chine ont augmenté.

Photo : Getty Images / Scott Olson

La Chine avait aussi invoqué des raisons sanitaires pour justifier la suspension de canola canadien.

Malgré ces querelles commerciales, Daniel-Mercier Gouin croit que Pékin n’aura d’autre choix que de rouvrir ses portes aux exportations canadiennes puisqu’il y a une forte demande pour celles-ci présentement en Chine.

La Chine va rester en demande pour la viande de porc. Il y a la peste porcine africaine en Chine et on parle d’une baisse de la production chinoise de 25 % à 30 %, ce qui est plus que les volumes exportés par le Canada, conclut-il.

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