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Un médecin qui a inséminé des patientes avec son sperme est radié

On voit le Dr Bernard Norman Barwin.

Le Dr Bernard Norman Barwin.

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Nadeau

Un médecin spécialisé en fertilité a été radié de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario mardi après-midi pour avoir utilisé son sperme ou celui de donneurs inconnus afin d'inséminer des femmes sur une période de 30 ans à sa clinique d'Ottawa. Bernard Norman Barwin est aussi réprimandé et condamné à payer une amende de 10 730 $.

M. Barwin avait déjà été sanctionné en 2013 pour avoir inséminé artificiellement plusieurs femmes avec le mauvais sperme de donneur. On ignorait toutefois à l'époque que son comportement répréhensible concernait également des cas d'insémination avec son propre sperme.

L'étendue et l'énormité de sa faute professionnelle ont éclaté au grand jour en 2016, lorsqu'une résidente d'Ottawa, Rebecca Dixon, a fait des recherches sur son ADN après avoir découvert qu'elle était atteinte de la maladie coeliaque, une maladie génétique inexistante chez ses parents.

Mme Dixon explique que sa famille a alors compris que le Dr Barwin avait utilisé son sperme pour inséminer sa mère en 1989, alors que tout le monde croyait qu'il avait utilisé le sperme gelé de son père comme convenu à l'époque.

On voit Rebecca Dixon en point de presse après l'audience disciplinaire de l'ancien de Bernard Norman Barwin.

Rebecca Dixon est au nombre des plaignants dans le recours collectif contre Bernard Norman Barwin.

Photo : Radio-Canada / Joe Fiorino

Après avoir été alertés par les médias, d'autres adultes avaient fait le rapprochement en découvrant avec horreur qu'ils étaient les demi-frères et demi-soeurs de Rebecca Dixon.

Je suis la preuve en chair et en os de ses fautes professionnelles, je lui ressemble et je porte son bagage génétique. En témoignant publiquement, j'espère que d'autres se soumettront à des tests d'ADN s'ils ont des doutes sur leur conception.

Rebecca Dixon

Mme Dixon, 28 ans, est la seule plaignante dans cette cause à avoir refusé que son identité soit couverte par un interdit de publication de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario.

20 minutes de délibérations

M. Barwin a comparu par l'intermédiaire de son avocate mardi matin devant un comité disciplinaire de l'Ordre pour faire face à de nouvelles accusations d'incompétence, de non-respect des normes d'exercice de la profession et de comportement déshonorant ou non professionnel. Son avocate, Meghan O'Brien, n'a pas contesté les faits, mais elle ne les a pas admis.

Il s'agit d'un cas sans précédent dans l'histoire de la déontologie médicale au Canada ; le Dr Barwin a trompé ses patients de façon incompréhensible.

Carolyn Silver, l'avocate de l'Ordre

Le comité a reconnu l'ancien médecin coupable sur toute la ligne après des délibérations de 20 minutes. L'avocate de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, Carolyn Silver, a ensuite soumis les sanctions qu'elle exigeait contre l'ancien médecin de 80 ans. Le comité disciplinaire a entériné toutes ses demandes.

Dans son réquisitoire, elle soutient que les victimes de M. Barwin ont subi des dommages irréparables et que des familles entières ont été traumatisées en apprenant la vérité sur la conception de leurs enfants.

On voit en point de presse l'avocate Carolyn Silver qui représentait l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario dans cette cause.

L'avocate Carolyn Silver représentait l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario dans cette cause.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Les allégations portaient sur le fait que M. Barwin n'aurait pas réussi à s'assurer que le sperme était utilisé correctement dans sa pratique et sur l'utilisation de son propre sperme pour inséminer des patientes, ainsi que sur ses réponses à l'Ordre au cours d'enquêtes sur ces questions.

Au moins 50 enfants

L'Ordre estime que le Dr Barwin a engendré au moins 51 enfants avec son sperme ou celui de donneurs que des couples infertiles n'avaient pas choisis au préalable. C'est sans compter les procédures d'insémination qui n'ont pas abouti à une grossesse.

M. Barwin est d'ailleurs poursuivi au civil dans un recours collectif. Au moins 11 des plaignants sont ses enfants naturels, qui sont identifiés dans la poursuite.

Mme Dixon affirme néanmoins avoir retrouvé 15 demi-frères et demi-soeurs et qu'elle en a rencontré certains, ce qui signifie que 4 d'entre eux ne se sont pas joints au recours. Elle explique qu'elle a noué une relation fraternelle avec certains d'entre-eux.

L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario.

L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario

Photo : Google Street View

Le recours n'a toutefois pas encore été autorisé et toutes les allégations contre M. Barwin n'ont pas, à ce jour, été prouvées devant une cour de justice.

Dans certains cas, des patients du Dr Barwin ont découvert que leurs enfants n'étaient pas des frères ou soeur à part entière, mais bien des demi-frères et demi-soeurs, parce que le médecin n'avait pas utilisé le sperme du même donneur pour les deux enfants comme les parents en avaient fait expressément la demande.

Une enquête de l'Ordre avait conclu qu'il était fort peu probable que le Dr Barwin avait utilisé son propre sperme de façon accidentelle dans ses manipulations comme il l'avait laissé entendre dans ses rencontres avec les enquêteurs

Dans sa lettre de réprimande, le Dr Steven Bodley, qui présidait le comité de discipline, a fait connaître son dégoût devant le comportement du médecin déchu qu'il a qualifié d'épouvantable et de hautement repréhensible. Il a en outre fait savoir sa frustration de voir que M. Barwin s'était absenté pour l'occasion. Un geste qui prouve selon Me Silver qu'il n'a pas encore accepté l'entière responsabilité de ses actions.

De premières plaintes

Bernard Norman Barwin avait admis avoir commis une faute professionnelle lors de sa première comparution devant l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, en 2013. Il avait concédé que des erreurs dans sa pratique à Ottawa avaient laissé trois patientes avec des enfants dont les pères biologiques n'étaient pas ceux qu'elles voulaient.

Le comité lui avait alors interdit de pratiquer la médecine pendant deux mois, mais M. Barwin avait abandonné la pratique l'année suivante. Ses motivations demeurent méconnues à ce jour.

L'Ordre affirme toutefois qu'il n'a rien à se reprocher dans la façon dont il a agi dans cette affaire. Son avocate, Carolyn Silver, explique que son organisation ne pouvait faire enquête que sur les éléments dont elle disposait à l'époque. Il n'existait encore aucune preuve qu'il avait utilisé son propre sperme pour inséminer les quatre premières plaignantes, dit-elle.

On voit le Dr Bernard Barwin en train de faire des tests de laboratoire à son ancienne clinique de fertilité.

Le Dr Bernard Barwin en train de faire des tests de laboratoire à son ancienne clinique de fertilité.

Photo : Radio-Canada

Mme Dixon affirme qu'elle est satisfaite de la radiation du Dr Barwin et que l'Ordre ne pouvait pas savoir et qu'il n'est pas le seul responsable dans cette affaire. Elle dit néanmoins espérer que les lois sur l'insémination artificielle soient aujourd'hui mieux encadrées à la lumière de ce drame humain et que l'Ordre a un rôle a jouer dans la surveillance de cette industrie qu'elle juge déficiente.

La vice-doyenne de la faculté de Droit de l'Université d'Ottawa, Carissima Mathen, affirme que les allégations contre le Dr Barwin ne peuvent faire l'objet d'accusations criminelles. Elles ne cadrent avec aucune définition de quelque accusation que ce soit dans le code criminel à cause de zones grises qui entourent ce genre de comportement répugnant, explique-t-elle.

Mme Mathen ajoute que la loi criminelle avance souvent moins vite que la société et la technologie et qu'il revient aux parlementaires de revoir certaines dispositions du code à la lumière de telles allégations. Nous avons des principes de longue date qui font en sorte que les tribunaux n'ont pas à créer de nouvelles catégories de crime, mais qu'ils n'ont qu'à appliquer la loi, conclut-elle.

Toronto

Crimes et délits