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Bombardier vend son programme CRJ à Mitsubishi

Alain Bellemare, grand patron de Bombardier, a annoncé la vente de la division des avions régionaux de l'entreprise, mardi matin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Bombardier a confirmé mardi la vente de son programme d’avions régionaux CRJ au groupe japonais Mitsubishi pour 550 millions de dollars américains, tournant ainsi la page sur son aventure dans l'aviation commerciale.

La transaction qui doit être finalisée dans la première moitié de l’année 2020 permettra à Bombardier d’obtenir, en plus des 550 millions de dollars américains, une somme supplémentaire de 200 millions pour couvrir « des passifs » accumulés par le programme CRJ, précisent les communiqués publiés par les deux constructeurs.

Mitsubishi prendra du même coup le contrôle des « activités de maintenance, de soutien, de remise à niveau, de marketing et de vente » du programme CRJ, précise Bombardier.

Il s’agit, selon le constructeur, d’activités qui sont « complémentaires » aux opérations existantes de développement, de production, de vente et de soutien des avions commerciaux de la gamme Mitsubishi SpaceJet.

L’acquisition de ces activités complémentaires permettra à Mitsubishi de se renforcer dans le domaine des services aéronautiques et de bâtir de solides capacités mondiales, explique le PDG de Mitsubishi Heavy Industries, Seiji Izumisawa, dans un communiqué.

Un avis partagé par Mehran Ibrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

« Mitsubishi n’arrive pas à finaliser la certification de ses avions [MRJ 70 et MRJ 90 aussi appelés Spacejet] », a souligné M. Ibrahimi à RDI, avant d’ajouter que l’expertise des ingénieurs du CRJ de Bombardier sera certainement utile.

Cette vente est-elle une bonne nouvelle?

Alors que certains se félicitent du recentrage vers les lucratifs avions d’affaires, sans suppression d'emplois, d’autres déplorent une probable perte d’expertise du Québec dans le domaine des avions commerciaux.

Cette vente était souhaitée par Bombardier. Le programme CRJ était déficitaire depuis plusieurs années, malgré la vente de 2000 appareils depuis le début de la production.

Mardi en après-midi l’action de Bombardier gagnait 2,74 %.

Des employés de Bombardier travaillent sur des appareils CS300 de la C Series, le 28 septembre 2017, à l'usine de Mirabel.

Des employés de Bombardier travaillent sur des appareils CS300 de la C Series, le 28 septembre 2017, à l'usine de Mirabel.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Inquiétudes au syndicat

Du côté syndical, on se désole de la nouvelle. L’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (AIMTA), qui représente les 1600 travailleurs qui seront touchés par la transaction, s'est dite préoccupée par la vente annoncée mardi.

C'est une nouvelle qui pourrait bien avoir des impacts sur l’ensemble de l’industrie aérospatiale québécoise, précise le syndicat dans communiqué, ajoutant qu’il entend travailler autant à relocaliser les travailleurs qui seront touchés qu’à entreprendre des discussions avec Mitsubishi.

Nous allons d’abord travailler pour relocaliser les emplois chez Bombardier.

Yvon Paiement, président de la section locale<span class="nbsp"></span>712 de l’AIMTA

Bien que la fin du programme CRJ chez Bombardier soit reçue comme un événement extrêmement malheureux par l’AIMTA, le syndicat entend néanmoins rencontrer rapidement les membres de la direction de Mitsubishi afin de voir s’ils ont l’intention de s’impliquer davantage dans l’écosystème aérospatial québécois.

« À ce sujet, j’ai déjà eu l’occasion de discuter brièvement avec le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon et nous espérons pouvoir travailler avec lui pour tenter d’attirer Mitsubishi au Québec, a déclaré David Chartrand, coordonnateur québécois du Syndicat des Machinistes.

 C’est triste que Bombardier sorte des avions commerciaux et qu’au Québec, on perde de l’expertise dans ce domaine », a ajouté M. Chartrand, qui travaillait avec ce programme depuis 23 ans.

Fitzgibbon a bon espoir de conserver tous les emplois

Questionné un peu plus tard sur la vente du programme CRJ, le ministre Fitzgibbon a déclaré que cette vente était anticipée et qu'elle s'inscrivait dans le cadre du changement chez Bombardier.

Le ministre de l'Économie s'est néanmoins dit content pour les 700 employés du Québec qui sont visés par cette transaction, dans la mesure où les employés qui ne seront pas transférés chez Mitsubishi seront relocalisés dans le secteur aérospatial dans la province.

Je pense qu'on va protéger nos emplois, a estimé le ministre, visiblement confiant.

Des employés de Bombardier se présentent au siège social de la compagnie, au 400 Côte vertu à Montréal.

Des employés de Bombardier se présentent au siège social de la compagnie, au 400 Côte vertu à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le programme CRJ emploie environ 1600 personnes actuellement dans le monde, essentiellement à Montréal, à Québec, à Toronto ainsi qu’à Bridgeport, en Virginie de l'Ouest, et à Tucson, en Arizona.

Selon les termes de l’entente, Mitsubishi en récupérera un peu plus de 1200. De ce nombre, environ 850 travaillent dans les centres d'entretien du CRJ et 375 travaillent pour l'ingénierie et le service aux clients à Mirabel.

Des dizaines d'employés réaffectés

L'usine de Mirabel compte aussi environ 370 employés à la production du CRJ. Ils resteront employés de Bombardier, qui demeure propriétaire de l'usine, assure le président aux relations externes chez Bombardier, Olivier Marcil. Ce dernier explique qu’il reste encore à l’usine Bombardier de Mirabel 42 appareils CRJ à livrer, ce qui devrait procurer du travail à ces employés pendant encore 18 mois.

Bombardier compte utiliser cette période pour préparer ces employés à une transition vers d’autres programmes, notamment vers le programme d’Airbus qui construit sur le même site les appareils A220 – l'avion ultramoderne issu du programme CSeries, cédé par Bombardier en octobre 2017.

Des travailleurs pourraient également être détournés vers le programme Global.

« Si ça se réalise, ce qui est probable, ce sera une transition très intéressante sans perte d’emploi nette », a mentionné M. Ibrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l'UQAM.

Chez les employés rencontrés par Radio-Canada à la sortie de l’usine de Mirabel, les sentiments étaient mitigés. Alors que certains évoquaient une annonce attendue, d’autres se disaient inquiets, ou soulignaient qu’il s’agissait d’une perte pour le Québec.

Mais pour Suzanne Benoît, présidente de la grappe Aéro Montréal, la grappe aérospatiale du Québec, il s’agit d’une « excellente opportunité pour percer le marché asiatique ». Invitée à RDI, Mme Benoît a déclaré que quand les décideurs de Mitsubishi vont « découvrir le talent que nous avons ici, je suis convaincue que, comme Airbus, ils vont identifier de nouveaux créneaux, aller chercher de nouveaux mandats et potentiellement amener cela vers le Québec ».

Transformation réussie

Avec le départ des programmes CRJ et CSeries, Bombardier ne construira plus désormais que des jets d’affaires, le type d'avion qui a fait sa renommée.

Assurant que la vente du programme CRJ n'est pas triste pour Bombardier, son président et chef de la direction, Alain Bellemare, a précisé aux journalistes que les objectifs de la compagnie étaient très clairs depuis 2015.

J’ai dit clairement qu’on était pour se concentrer sur les lignes de produits qui avaient un futur. Nos ressources d’investissement sont limitées pour avoir investi massivement dans des programmes comme la CSeries et le Global 7500, a expliqué M. Bellemare en conférence de presse.

La transformation de notre secteur aéronautique étant derrière nous, la voie que nous devons suivre est maintenant claire.

Alain Bellemare, président et chef de la direction

Ce désengagement de Bombardier du marché des avions de ligne commerciaux s’inscrit dans la cadre d’une « transformation » du secteur aéronautique de l’entreprise, une étape positive, assure le président de Bombardier.

Cet avenir reposera sur deux piliers de croissance solides, a-t-il expliqué: Bombardier Transport, regroupant nos activités de transport sur rail [...] et Bombardier Aviation, regroupant nos activités d'avions d'affaires de calibre international.

Avec les informations de La Presse canadienne

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