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Une fracture de pied diagnostiquée tardivement mène à l’amputation

Samantha Rideout en entrevue chez elle.

Samantha Rideout s'est fracturé un pied en tombant en bas d'un escalier.

Photo : CBC/Ted Dillon

Radio-Canada

Une fracture à un pied a mené à l’amputation d’une partie de la jambe d’une jeune mère de famille terre-neuvienne à cause d’un diagnostic tardif.

Samantha Rideout, 30 ans, s’est blessée au pied gauche et à un genou en chutant dans un escalier chez elle, en septembre dernier.

Même si elle est atteinte de spina-bifida - une malformation de la colonne vertébrale qui a entraîné une perte de sensibilité dans ses pieds - elle ressentait de la douleur à son pied blessé, ce qu’elle a signalé aux professionnels de la santé de l’hôpital Health Sciences Centre de Saint-Jean où elle s’est rendue.

Mais en dépit de multiples visites à l’urgence et radiographies, il s’est écoulé quatre mois avant que sa fracture au pied soit diagnostiquée.

Il était alors trop tard pour sauver le membre blessé : il a fallu lui amputer la jambe sous le genou.

Une blessure ignorée initialement

Selon Mme Rideout, le médecin qui l’a reçue à l’urgence, initialement, s’est focalisé sur son genou, alors qu’elle ne cessait de pointer vers son pied.

Il me disait “nous y viendrons”, explique-t-elle.

Le pied blessé de Samantha Rideout qui repose sur un oreiller.

Une partie du pied de Samantha Rideout était violacé, après sa chute, en septembre dernier.

Photo : Samantha Rideout

Mais en définitive, il n’a commandé que des radiographies pour son genou. Les résultats ont démontré qu’elle avait du cartilage déchiré et on lui a recommandé de simplement éviter de trop mettre de poids sur son genou.

Comme elle n’était pas accompagnée, elle a décidé de rentrer chez elle à pied, un parcours d’une vingtaine de minutes.

Retour à l'urgence

En arrivant à la maison, son pied était enflé et couvert de contusions. Elle est donc retournée à l’urgence et cette fois, on lui a fait une radiographie.

Le résultat, toutefois, n’était pas concluant : le médecin en service lui a dit que l’image serait envoyée à un spécialiste et qu’on la rappellerait.

On ne m’a jamais rappelée, relate-t-elle.

Samnatha Rideout regarde jouer ses trois enfants

Samantha Rideout a choisi l'amputation la plus radicale qui lui était proposée pour mettre définitivement fin à l'infection et s'assurer qu'elle continuerait d'être présente pour ses trois enfants.

Photo : CBC/Ted Dillon

Comme elle ne recevait pas d’appel, Mme Rideout a tenu pour acquis que son pied n’était pas fracturé, même s’il continuait à lui faire mal.

Pour s’éviter de la douleur, elle mettait tout son poids, en marchant, sur une partie précise de son pied. Une ampoule y est apparue et la jeune femme est retournée à l’hôpital, craignant que le membre se soit infecté.

Des fractures diagnostiquées

C’est alors que des fractures sont apparues sur les nouvelles radiographies qu’on lui a faites.

On lui a prescrit des antibiotiques administrés par intraveineuse. Elle devait venir à l’hôpital tous les jours pour le traitement.

Vers la mi-novembre, toutefois, ses symptômes ont empiré. Je me sentais extrêmement malade, je faisais une forte fièvre, je n’avais pas mangé depuis une semaine, je savais que quelque chose ne tournait pas rond!

Elle est retournée à l’urgence de l’hôpital et encore une fois, on lui a commandé de nouvelles radiographies et des tests sanguins.

Un recul

Les résultats l’ont stupéfiée : Le médecin est revenu et m’a dit que tout semblait parfait!

Son pied était pourtant rouge et chaud au toucher. Le médecin à l’urgence estimait tout de même que son traitement quotidien d’antibiotiques par intraveineuse n’était plus nécessaire. Il lui a plutôt prescrit une semaine d’antibiotiques à prendre par voie orale.

Une photo montre le pied enflé et violacé de Samantha Rideout

Cette photo du pied de Mme Rideout a été prise peu de temps avant l'amputation.

Photo : Samantha Rideout

Prise en charge par une clinique spécialisée

Moins d’une semaine plus tard, l’administration d’antibiotiques par intraveineuse a repris puisque l’infection ne partait pas et on a dirigé Mme Rideout vers une clinique spécialisée dans le traitement des blessures, où un chirurgien orthopédique l’a prise en charge.

Ses traitements se sont grandement améliorés à partir de là, relate-t-elle. Le spécialiste a changé ses antibiotiques et lui a recommandé d’utiliser des béquilles, alors que les médecins lui avaient dit précédemment qu’ils n’étaient pas nécessaires.

En janvier dernier, deux mois après le début de ce traitement, elle a subi une chirurgie pour tenter de contrôler l’infection à son pied.

Ça m’a rendue extrêmement malade : je vomissais, j’avais une grosse fièvre. Je suis allée voir [le spécialiste] et il m’a fait hospitaliser sur-le-champ, rapporte-t-elle.

Un test d’imagerie a convaincu le spécialiste qu’il fallait intervenir plus énergiquement pour empêcher l’infection de se répandre.

Un choix déchirant

Il lui a présenté deux options : une amputation partielle du pied qui ne mettrait pas nécessairement fin à l’infection ou une amputation plus radicale, sous le genou.

Confrontée à ce choix draconien, Samantha Ridout, mère de trois jeunes enfants, a choisi celui qui mettrait fin à l’infection une fois pour toutes.

Mes enfants ont beaucoup joué dans la décision. Il fallait que je sois présente pour eux. Je suis mère célibataire, donc ils n’ont à peu près que moi au monde, explique-t-elle.

Samantha Rideout pose avec sa petite fille dans un parc.

Samantha Rideout affirme que ses trois enfants s'habituent à son nouveau handicap.

Photo : CBC/Ted Dillon

Elle a subi l’amputation en mars. Elle s’habitue depuis peu à peu à sa nouvelle vie et attend la prothèse qui lui facilitera ses déplacements.

Obtenir justice

Même si cela ne lui rapportera pas sa jambe, elle veut obtenir une forme de justice contre un système de santé qui, selon elle, aurait pu sauver son pied si elle avait été bien soignée dès le départ.

[...] Le jour où [son chirurgien orthopédique] m’a parlé [d’amputation], il m’a dit que j’avais probablement une infection de l’os dès le début et qu’elle n’avait fait qu’empirer avec le temps.

Jointe, la régie de santé de l’est de Terre-Neuve a répondu que les règles sur la protection de la vie privée l’empêchent de parler du cas de Mme Rideout.

Dans une déclaration écrite, toutefois, elle affirme que sa priorité est de donner des soins de qualité aux patients.

Lorsqu’un patient se présente à l’un de nos établissements, il est reçu par des membres du personnel formés pour évaluer son état et pour prescrire les meilleures options de traitement qui s’appliquent aux circonstances, écrit-elle.

Samantha Rideout, pour sa part, encourage les gens à se battre lorsqu’ils sentent que leurs problèmes de santé ne sont pas pris au sérieux.

Si on ne vous écoute pas, trouvez quelqu’un qui le fera, conclut-elle.

D'après une enquête de Stephen Miller, CBC

Terre-Neuve-et-Labrador

Soins et traitements