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Le plan de paix Kushner suscite un large rejet dans le monde arabe

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en plein discours.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Photo : Reuters / Mohamad Torokman

Reuters

L'approche de l'administration Trump pour relancer le processus de paix au Proche-Orient, consistant à privilégier l'économie aux dépens de la politique, suscite le rejet ou l'exaspération dans le monde arabe, même si les alliés de Washington dans le Golfe pensent qu'il est souhaitable de lui donner une chance.

Le plan propose d'investir 50 milliards de dollars sur dix ans pour stimuler l'économie des territoires et obtenir la paix par la prospérité.

Le projet sera présenté officiellement par son concepteur, Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, lors d'une conférence à Manama, capitale de Bahreïn, mardi et mercredi.

L'argent est important. L'économie est importante, mais la politique l'est plus encore, a déclaré dimanche Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne. Nous saluons tous ceux qui souhaitent nous aider, que ce soit à Manama ou ailleurs. Mais, pour le moment, nous rejetons l'accord du siècle.

Qu'est-ce que les Américains proposent d'original? 50 ou 60 milliards de dollars? Nous sommes habitués à ce genre de bêtises. Ne nous mentons pas les uns aux autres. Nous verrons bien si quelqu'un vit assez longtemps pour voir venir ces 50 ou 60 milliards de dollars.

Mahmoud Abbas

Nous n'avons pas besoin de la réunion de Bahreïn pour construire notre pays, nous avons besoin de paix, et la séquence de ce plan, une relance économique suivie de la paix, est irréaliste et illusoire, avait auparavant déclaré le ministre palestinien des Finances Choukri Bichara.

En Israël, Benyamin Nétanyahou a promis d'examiner le plan de paix américain de manière juste et ouverte.

Je ne comprends pas comment les Palestiniens peuvent rejeter le plan avant même de savoir en quoi il consiste, a poursuivi le premier ministre, qui s'exprimait lors d'une visite dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée, en compagnie de John Bolton, conseiller américain à la Sécurité nationale.

En vertu de tout accord de paix, notre position sera que la présence d'Israël soit maintenue ici, pour sa sécurité et pour celle de tous.

Benyamin Nétanyahou

La vallée du Jourdain et de la mer Morte couvre près de 30 % de la Cisjordanie.

Promesses abstraites

L'absence de proposition politique, que Washington promet pour une deuxième phase d'ici l'automne, est non seulement déplorée par les Palestiniens, mais par l'ensemble des pays arabes avec lesquels Israël cherche à normaliser ses relations.

Du Soudan au Koweït, les commentateurs dénoncent le projet Kushner dans les mêmes termes : énorme perte de temps, voué à l'échec, mort-né.

Des hommes tiennent une affiche où il est écrit en anglais: le plan de Trump est mort-né.

Des Palestiniens ont manifesté le 15 juin dernier contre le groupe de travail, dirigé par les États-Unis, qui cherche à proposer un plan de paix au Proche-Orient.

Photo : Reuters / Mohamad Torokman

Même si Jared Kushner n'a rien dit de ses intentions sur le volet politique, des responsables américains informés indiquent que le gendre de Donald Trump a renoncé à la solution à deux États, qui envisage la création d'un État palestinien indépendant en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza.

Dès samedi soir, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) a regretté les promesses absolument abstraites du plan Kushner.

En Égypte, les partis de gauche et libéraux ont publié un communiqué dans lequel ils dénoncent une tentative déguisée de consacrer et légitimer l'occupation par Israël des territoires palestiniens.

Kushner propose que plus de la moitié des 50 milliards de dollars d'investissements espérés soient dépensés dans les territoires palestiniens, et le reste dans la région, en Égypte, au Liban et en Jordanie. Il dit espérer que les riches pétromonarchies du Golfe ou des investisseurs privés financeront l'essentiel de la facture.

Des hommes tiennent des affiches où on peut lire que la Jordanie n'est pas à vendre ou acheter.

Des manifestants en Jordanie lors du récent passage de Jared Kushner le 28 mai dernier.

Photo : Reuters / Muhammad Hamed

Les analystes arabes estiment que le projet Kushner vise à acheter le silence des opposants à l'occupation des territoires en payant des milliards de dollars aux pays hébergeant la plupart des réfugiés palestiniens, dont le nombre est évalué à environ 5 millions.

De la pure paranoïa

L'Autorité palestinienne ayant décidé de boycotter le rendez-vous de Manama, Washington n'a pas invité de représentants du gouvernement israélien. Les alliés des États-Unis dans le Golfe, Arabie saoudite et Émirats arabes unis en tête, seront représentés ainsi que des responsables égyptiens, marocains ou jordaniens.

Le Liban et l'Irak seront absents.

Riad, qui tient à ménager Washington, a assuré à ses alliés arabes qu'il n'approuverait rien qui puisse nuire aux revendications fondamentales des Palestiniens.

Ali Chihabi, directeur de l'Arabia Foundation, favorable au gouvernement saoudien, a jugé que l'Autorité palestinienne avait tort de rejeter le plan d'emblée. Elle devrait l'accepter et œuvrer au bien-être de son peuple puis aller de l'avant (...) pour obtenir des droits politiques, dit-il.

Même dans le Golfe cependant, le soutien au plan Kushner reste limité.

Seule la partie arabe fait des concessions, alors que l'occupant gagne tout : la terre, la paix et l'argent du Golfe, déplore le député koweïtien Ossama al-Chahine.

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