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Lutte contre la faim dans le monde : un Chinois pour la première fois à la tête de la FAO

Qu Dongyu se tient debout et attache son veston bleu foncé.

Qu Dongyu a été élu dès le premier tour à la tête de l'agence des Nations unies qui lutte contre la faim dans le monde.

Photo : Associated Press / Riccardo Antimiani

Agence France-Presse

Un Chinois a été élu dimanche pour la première fois à la tête de l'agence des Nations unies qui lutte contre la faim dans le monde, la FAO, concrétisant l'appétit chinois à la fois pour les sujets alimentaires et pour les postes à responsabilité dans des instances internationales.

M. Qu Dongyu, biologiste et vice-ministre de l'Agriculture en Chine, 55 ans, a été élu dès le premier tour, avec 108 voix, pour un mandat de quatre ans. La candidate de la France et de l'Union européenne, Catherine Geslain-Lanéelle, a elle obtenu 71 votes, et le candidat géorgien, Davit Kirvalidze, 12 voix.

« C'est une date historique, un nouveau tremplin » pour l'agriculture et l'alimentation dans le monde, a réagi le nouvel élu, qui a promis de « tout faire pour être impartial et neutre ».

Il a aussi promis d'être « dans le concret » pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde, tout en soulignant qu'il fallait « réformer » l'agence onusienne pour en « faire une FAO nouvelle, plus jeune et plus dynamique ».

M. Qu succède au Brésilien José Graziano da Silva, qui a exercé deux mandats.

Dans son discours samedi, M. Qu avait proposé d'attirer plus de moyens financiers du privé pour développer les secteurs agroalimentaires, notamment ceux des pays en développement.

Il a évoqué des coordinations possibles aussi bien avec le géant chinois de la distribution Ali Baba qu'avec la Banque mondiale basée à Washington, ou avec la fondation américaine Bill et Melinda Gates, très impliquée dans la recherche agronomique, notamment en Afrique. M. Qu a donné au passage des gages aux États-Unis, alors que Pékin et Washington sont engagés dans une guerre commerciale.

Une « campagne agressive »

La candidate de la France et de l'Union européenne, Catherine Geslain-Lanéelle, s'est déclarée auprès de l'AFP « déçue » du résultat, tout en souhaitant le « succès » de la FAO pour « éradiquer la faim et la pauvreté grâce à des systèmes agricoles durables et efficients ».

De source diplomatique européenne, on a indiqué que la Chine avait mené « une campagne agressive », sur fond de rumeurs selon lesquelles certains pays membres de la FAO auraient miraculeusement vu leurs arriérés de paiement au budget ou des dettes disparaître juste avant le scrutin. Ni la FAO ni la délégation chinoise n'ont commenté ces rumeurs.

La Chine attache traditionnellement une grande importance aux questions économiques et sociales et aux affaires de développement à l'ONU. Mais l'alimentation est une de ses priorités. Dans ce contexte, alors que l'autre organisation du secteur – le Programme alimentaire mondial (PAM) – est de facto une chasse gardée américaine, laFAO est attractive pour la Chine, a jugé Manuel Lafont Rapnouil, analyste au Conseil européen des relations internationales (ECFR), dans une déclaration à l'AFP avant le vote.

La Chine est aussi très soucieuse d'augmenter sa présence dans les rangs des Nations unies, notamment dans les plus hauts postes, a ajouté l'analyste. Elle est notamment très active lors des élections pour la direction des agences, fonds et programmes.

À la conquête de postes de direction

Aujourd'hui, des Chinois se trouvent ainsi à la tête de l'OACI (aviation civile internationale), de l'ONUDI (Organisation des Nations unies pour le développement industriel) et de l'UIT (Organisation internationale des télécommunications).

Un Chinois, nommé par le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, dirige par ailleurs le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU, a-t-il ajouté.

La question de l'indépendance des hauts fonctionnaires internationaux chinois est revenue au premier plan après l'arrestation surprise du président d'Interpol, Meng Hongwei, par Pékin lors d'un de ses déplacements en Chine à l'automne 2018, a souligné Richard Gowan, analyste à l'International Crisis Group, un groupe de réflexion européen.

Tous les candidats chinois ne sont par ailleurs pas toujours victorieux : en 2017, le candidat chinois à la direction de l'UNESCO, donné favori, s'était retiré après le troisième tour de scrutin.

Le nouveau directeur général n'a pas prévu de donner lundi la conférence de presse qu'anticipaient les médias. Il est en route pour la Chine, a indiqué la FAO dimanche.

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