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Louis-Philippe Leblanc remercie Winnipeg, sa ville d’accueil

5 personnes sont assises à une table dans un restaurant où on leur a servi leur petit déjeuner.

Louis-Philippe Leblanc (2e à gauche) lors d'un des derniers petits-déjeuners avec des membres de l'équipe du 6 à 9.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Comme c’est le cas de certains autres métiers, celui de journaliste à Radio-Canada vous amène parfois à vivre dans plusieurs villes. On ne s’enracine que pour mieux se déraciner; on découvre des milieux qu'on apprend à aimer et qu'il faut parfois quitter. C'est le cas de Louis-Philippe Leblanc, qui après neuf ans passés à Winnipeg, travaillera bientôt à Moncton. Il raconte comment il est venu à la rencontre d'un milieu qui l'a nourri, tant sur le plan personnel que professionnel. Une manière, aussi, de remercier une communauté qui lui a offert toute son amitié.

Un texte de Louis-Philippe Leblanc

Partir de son chez-soi, c’est aussi se rappeler comment on y est arrivé. Après neuf ans passés à Winnipeg, je vous propose quelques réflexions à propos d’une ville qui a su me charmer et que je quitte avec regret.

Lorsque je me dirigeais vers Winnipeg, en mars 2010, j’avais de la difficulté à concevoir ce qu’était la capitale manitobaine. Comme jeune Québécois, il s’agissait de ma première vraie escapade hors de la belle province, dans le « ROC » (Rest of Canada).

Je connaissais peu de choses à propos de la capitale manitobaine : Gabrielle Roy, les francophones qui se cachaient pour apprendre leur langue, la criminalité, une affreuse chanson de Pierre Lalonde, Jours de plaine de Daniel Lavoie, The Weakerthan.

D’ailleurs, lors du dernier jour de mon périple Sept-Îles – Winnipeg en voiture, One Great City a retenti sur les ondes radio près de Thunder Bay : “I hate Winnipeg”.

La veille, sachant que je me dirigeais vers Winnipeg, un anglophone du coin m’avait prévenu : « As-tu ton arme de poing? » La criminalité des villes de l’Ouest étonne lorsqu’on vient d’un endroit où l’on ne verrouille pas les portes. Je voulais faire mon dur à cuire et je lui ai répondu que cela ne m’effrayait pas le moins du monde. Il m’a répondu d’un air amusé : « Oh non! c’est pour les moustiques, pas le crime! »

Parce qu’on a beau se dire que c’est mieux maintenant, la nature impose souvent ses droits à Winnipeg. L’infestation de moustiques de l’été 2010 m’a traumatisé. Il y a les poux de bois aussi. Puis les chenilles arpenteuses qui volent dans les airs. C’est sans parler d’un hiver qui nous donne envie de passer la saison froide au congélateur pour se réchauffer. Les inondations de 2009, 2011 et 2014 ont aussi laissé leurs marques. Mais malgré tout cela, Winnipeg a quelque chose d’accueillant. On s’y sent rapidement chez soi et, lorsqu’on part, c’est comme laisser son chez-soi derrière.

Il y a tout d’abord une puissante authenticité qui se dégage des Winnipégois. On s’entend qu’il n’y a pas à se vanter d’habiter une ville reconnue pour ses inondations et son équipe de football incapable de remporter un championnat depuis presque 30 ans dans une ligue de neuf équipes. Il y a toutefois un éloge de la simplicité qui fait du bien à entendre. Peu importe ton origine, les Manitobains sont heureux d’entendre qu’une personne peut choisir de venir vivre et contribuer au Manitoba. Il faut dire que tout le monde connaît quelqu’un ici qui a une baba (grand-mère) ukrainienne qui fait les meilleurs perogies.

Puis, il y a la francophonie manitobaine. Tout simplement admirable. Abandonnés dans la foulée de l’avènement du nationalisme québécois, les Franco-Manitobains ont pris le contrôle de leurs écoles et institutions culturelles. C’est un choc d’arriver à Saint-Boniface et de rencontrer des francophones qui n’ont aucune idée de qui est Yann Perreau ou n’importe quel artiste de La Voix (sauf Kelly Bado, bien sûr). Cela m’a fait comprendre à quel point il y a des réalités différentes au sein de la francophonie canadienne et que l’on gagnerait à davantage se parler, peu importe notre coin de pays.

Après neuf ans, j’ai appris à aimer profondément Winnipeg et ses habitants. Je m’attendais peut-être à trouver une ville fade et pénible. Il faut dire que l’on entretient plusieurs préjugés à propos des villes de l’Ouest. J’ai plutôt découvert une capitale vibrante et fière.

La vie est belle à Winnipeg.

Merci aux Manitobains de m’avoir si bien accueilli et d’être simplement ce que vous êtes.

Manitoba

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