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Un homme raconte comment il a survécu à l’attaque d’une mère grizzly

Une mère grizzly et trois oursons, sur les rives d'un cours d'eau.

Un homme de la Colombie-Britannique a survécu à une rencontre avec une mère grizzly et ses trois oursons, semblables à ceux qu'on voit sur cette photo.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

Alex Neumann a été attaqué par une ourse qui cherchait à protéger ses petits. Il raconte son histoire dans l’espoir que ça l’aidera à surmonter le traumatisme qu’il a vécu.

La pêche, la chasse et la trappe font partie de la vie d’Alex Neumann depuis son enfance dans le nord de la Colombie-Britannique, une région entourée de forêt. Cet homme de 50 ans, originaire de Prince George, a côtoyé des ours toute sa vie. Je les ai toujours respectés. Quand je vais dans la forêt, je me trouve sur leur territoire, dans leur maison, dit-il. Je n’ai jamais eu de problème, jamais.

Jusqu’au mois dernier.

Je ne sais toujours pas comment il se fait que je sois encore vivant, dit-il en pensant à sa rencontre avec une femelle grizzly qui, parce qu’elle voulait protéger ses trois oursons, l’a violemment attaqué.

Les blessures physiques laissées par les dents et les griffes de l’animal guérissent tranquillement, mais Alex Neumann a plus de difficulté avec les souvenirs de l’attaque. Ses mains tremblent encore, il en fait des cauchemars la nuit. Il espère que son témoignage l’aidera à se rétablir.

Un homme montre les blessures qu'il a sur la poitrine dans la région de son épaule droite.

Alex Neumann a subi plusieurs blessures à l'épaule quand l'ourse l'a mordu puis projeté trois mètres plus loin. Il se compte chanceux que cette dernière lui ai laissé la vie sauve.

Photo : Alex Neumann

L’attaque s’est produite il y a un mois, à la mi-mai. Alex Neumann se dirigeait vers un ranch situé à environ 70 km au nord-est de Prince George, pour y travailler. Comme il était tôt, il a décidé de s’arrêter à un de ses lieux de pêche préférés sur la rivière Willow.

Ayant stationné sa camionnette sur le bord de la route, il a marché sur un sentier d’herbes hautes pour atteindre un point au-dessus de la rivière. C’était une journée venteuse, et le bruit du courant emplissait l’air.

Une attaque surprise

Il n’a pas entendu l’ourse approcher ni ses trois petits oursons. Il n’a même pas eu la possibilité de se retourner. L’ourse l’a attrapé par l’épaule, soulevé et mordu.

Il y a eu comme un bruit sec. Elle avait une bonne emprise sur moi. Je me suis accroché à sa tête quand elle m’a attrapé. Si je ne l’avais pas fait, elle m’aurait probablement réduit en morceaux. Elle m’a littéralement soulevé de terre.

Il se rappelle l’haleine de l’ourse, qui sentait comme du saumon mort le long de la rivière.

Il se souvient s’être dit : C’est comme ça qu’on meurt. C’est comme de voir son propre corps et regarder ce qui lui arrive.

L’ourse, qui le tenait toujours, l’a secoué à deux reprises avant de le jeter sur un bosquet d’aulnes.

C’est à ce moment que les oursons se sont intéressés à cet homme qui se trouvait par terre, sur leur territoire.

Une famille de grizzly

Les femelles grizzly et leurs bébés vivent ensemble pendant deux ans, selon les agents de conservation de la faune de la Colombie-Britannique.

Photo : iStock

Si je ne sors pas d’ici rapidement, je suis mort

Chaque fois que les oursons approchaient, elle devenait plus agressive, raconte-t-il. Ses oreilles se couchaient, elle faisait claquer ses dents. Elle a d’abord produit des sons traduisant sa colère, puis elle s’est mise à respirer très fortement avec des sons de gorge qui faisait vibrer tout son corps.

J’étais en train de paniquer, et tout à coup tout est devenu très clair. Si je ne sors pas d’ici rapidement, je suis mort.

Alex Neumann

Alex Neumann dit que, lentement, il s’est levé et a commencé à reculer vers le sentier. J’ai commencé à lui parler : “Ok, maman, je ne veux pas faire de mal à tes bébés. C’est ok. Je ne vais pas les toucher”. J’ai répété ça tout au long du chemin vers le sentier.

L’ourse l’a suivi jusqu’à sa camionnette en salivant, soupirant, donnant des coups de pattes sur le sol.

Ç’a été la partie la plus terrifiante, raconte Alex Neumann. Je savais qu’au moindre faux pas, elle m’attaquait.

Alex Neumann

Il ne croyait pas pouvoir se rendre à son véhicule, mais il y est parvenu. Ses mains tremblaient si fort qu’il n’arrivait pas à entrer la clé dans le contact. J’ai levé les yeux vers la fenêtre et l’ourse se tenait à côté du véhicule. Ça m’a terrifié. Je savais qu’elle pouvait enfoncer la porte.

Il a finalement réussi à s’éloigner.

une rivière.

La rivière Willow est située au nord-est de Prince George en Colombie-Britannique.

Photo : Betsy Trumpener

Si heureux qu’elle me laisse en vie

J’étais si heureux qu’elle me laisse en vie, c’était tout ce à quoi je pensais. Cette ourse a eu l’occasion de me mettre en pièces et elle ne l’a pas fait, dit-il.

Il dit qu’il a voulu protéger cette maman ourse. Ça s’est produit le jour de la fête des Mères. Si je rapportais l’incident au service de conservation de la faune, je savais qu’ils seraient obligés de la tuer.

Il s’est plutôt dirigé vers l’urgence de l’hôpital de Prince George. Je n’avais pas d’os brisés. Je n’ai pas eu de points de suture. Juste des blessures par perforation et une épaule déchirée.

On lui a donné des antibiotiques et donné son congé, raconte Alex Neumann, qui a cependant eu par la suite une infection sous l’omoplate. Ses blessures sont également très douloureuses, dit-il, mais le pire, c’est le traumatisme psychologique.

Je ne voulais pas l’admettre au départ, parce que ça voulait dire que j’aurais à en parler, dit-il. Depuis, il consulte un thérapeute.

Un homme dans la forêt, qui regarde l'appareil photo.

Alex Neumann raconte comment il a survécu à une rencontre avec une ourse, mais ne veut pas que son histoire empêche les gens de profiter des beautés de la nature.

Photo : Radio-Canada / Betsy Trumpener

Je ne pouvais même pas aller dans ma cour. Chaque arbre et son ombre me semblaient trop risqués. Je ne suis même pas allé cueillir des asperges sauvages.

Ce qui l’inquiète surtout, c’est la réaction des gens quand ils entendent son histoire.

Je ne veux pas que le message qu’ils retiennent, c’est que cet animal a été horriblement vicieux. J’étais simplement au mauvais endroit, au mauvais moment. Je ne voudrais pas que les gens aient peur d’aller dehors, parce que la nature, c’est vraiment beau.

Colombie-Britannique et Yukon

Nature et animaux