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Deuxième soirée de manifestations dans la capitale de la Géorgie

Des milliers de manifestants arborant des pancartes et des drapeaux sont de dos et font face au bâtiment du Parlement géorgien.

À Tbilissi vendredi, au moins 15 000 personnes ont répondu à l'appel de l'opposition et se sont retrouvées devant le Parlement géorgien.

Photo : Getty Images / VANO SHLAMOV

Agence France-Presse

Vladimir Poutine a interdit vendredi aux compagnies aériennes russes de voler vers la Géorgie, où des milliers de personnes manifestaient pour la deuxième soirée consécutive contre le pouvoir jugé prorusse, au lendemain de violents heurts dus à l'intervention d'un député russe au Parlement.

À partir du 8 juillet 2019, les compagnies aériennes russes ont temporairement l'interdiction d'effectuer des vols du territoire de la Fédération russe vers le territoire de la Géorgie, indique ce décret publié sur le site du Kremlin.

À Tbilissi vendredi, au moins 15 000 personnes ont répondu à l'appel de l'opposition et se sont retrouvées devant le Parlement géorgien.

Certains avaient un œil bandé en soutien à des manifestants éborgnés la veille lors de heurts avec la police, et la plupart réclamaient de mettre fin à l'influence de l'oligarque Bidzina Ivanichvili, fondateur du parti au pouvoir du Rêve géorgien et souvent présenté comme le véritable homme fort du pays.

Une jeune manifestante arbore un bandeau rouge sur l’œil droit.

Une manifestante porte un bandeau sur l'un de ses yeux pour dénoncer la violence policière.

Photo : AFP/Getty Images / VANO SHLAMOV

S'adressant à la foule, Grigol Vachadzé, le leader du principal parti d'opposition, le Mouvement national uni (MNU) créé par l'ancien président exilé Mikheïl Saakachvili, a appelé à des élections législatives anticipées, une réforme électorale et la démission du ministre de l'Intérieur.

Les troubles ont commencé jeudi, quand environ 10 000 personnes se sont rassemblées devant le Parlement pour protester contre l'intervention d'un député russe, Sergueï Gavrilov, depuis le siège du président de l'assemblée.

Beaucoup ont estimé sa présence choquante alors que les deux pays se sont affrontés dans une courte guerre en 2008 lors d'une intervention militaire russe en Géorgie, et que la Russie maintient des troupes dans deux régions séparatistes prorusses géorgiennes frontalières de son territoire.

Un mouvement « contre la domination »

Alors que les manifestants tentaient de pénétrer dans le Parlement, des affrontements ont fait 240 blessés, dont 160 manifestants et 80 policiers, et conduit à 305 arrestations.

Ces manifestations se sont rapidement transformées en un mouvement plus global contre la domination dans le pays du Rêve géorgien de Bidzina Ivanichvili.

Ivanichvili doit partir, tout son gouvernement fantoche doit partir, a déclaré à l'AFP une étudiante de 19 ans, Ana Ladaria.

Il a gagné ses milliards en Russie, il est contrôlé par Poutine. Les Géorgiens veulent s'en débarrasser, a estimé de son côté un dentiste de 47 ans, Alexi Pataridzé.

Parmi les pancartes brandies par les manifestants, certaines disaient Stop l'URSS tandis que d'autres interpellaient les forces de l'ordre : Ne nous tirez pas dessus, nous sommes vos enfants.

Parmi la foule, une jeune femme tient une pancarte rouge avec un slogan et le visage inquiétant de Vladimir Poutine.

Parmi la foule, une jeune femme tient une pancarte suggérant la domination russe.

Photo : AFP/Getty Images / VANO SHLAMOV

« Provocation russophobe », selon le Kremlin

Alors que le Kremlin avait dénoncé après les heurts de jeudi une « provocation russophobe », le décret signé par Vladimir Poutine, officiellement pour des raisons de sécurité, risque surtout de porter un dur coup au secteur touristique géorgien.

Ses paysages naturels, ses traditions culinaires, mais aussi la proximité et la possibilité de s'y rendre sans visa font en effet de la Géorgie une destination privilégiée des touristes russes.

Revenue d'urgence, la veille, du Bélarus, la présidente géorgienne Salomé Zourabichvili a reconnu vendredi que les autorités géorgiennes avaient commis une erreur en invitant un député russe à s'exprimer au Parlement, dans le cadre d'une réunion internationale sur l'orthodoxie.

Cela a choqué une partie de notre population, a-t-elle déclaré vendredi lors d'une allocution vidéo, ajoutant être prête à « rencontrer toutes les forces politiques » du pays pour trouver une issue à la crise.

Des manifestants et des policiers semblent se bousculer parmi la foule.

Des heurts sont survenus le premier soir des manifestations, jeudi soir.

Photo : AFP/Getty Images / VANO SHLAMOV

De premières répercussions

Première conséquence de cette agitation, le président du Parlement géorgien, Irakli Kobakhidzé, a démissionné vendredi.

Tandis que l'ONG Human Rights Watch a dénoncé le recours à la force contre une foule « non violente », Amnistie internationale a réclamé une « enquête sérieuse » sur le comportement des forces de l'ordre. L'ONG dénombre 31 journalistes parmi les blessés.

Bidzina Ivanichvili a pour sa part joué l'apaisement, assurant « partager pleinement l'indignation sincère des citoyens ».

Le souvenir de la guerre d'août 2008 reste vivace en Géorgie. L'armée russe était intervenue sur le territoire géorgien pour voler au secours de la petite Ossétie du Sud, territoire séparatiste prorusse où Tbilissi avait lancé une opération militaire.

En cinq jours seulement, l'armée géorgienne avait été vaincue avant qu'un accord de paix ne soit signé. Depuis, l'Ossétie du Sud et une autre république séparatiste prorusse, l'Abkhazie, comptent toujours des troupes russes sur leur territoire. Après la guerre, Moscou a reconnu leur indépendance, mais n'a été suivi que par une poignée d'autres pays dans le monde.

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