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analyse

Surplus de près de 8 milliards à Québec

Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, tient dans sa main une copie du budget du Québec.

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Gérald Fillion

Non seulement la dette du Québec est en baisse, on en parlait il y a quelques jours, mais les surplus explosent. Le bilan complet, mais toujours préliminaire, des opérations financières du gouvernement pour l’exercice 2018-2019, qui s’est terminé le 31 mars dernier, conclut à un surplus budgétaire de près de 8 milliards de dollars, avant le versement au Fonds des générations. Comment est-ce possible?

Soyons précis : l’excédent est de 7,91 milliards de dollars. Une fois le versement au Fonds des générations effectué, le surplus est de 4,433 milliards, du jamais-vu. C’est conforme aux projections de l’Institut du Québec, faites en début d’année et répétées récemment.

Ces projections ont été rejetées du revers de la main, à plusieurs reprises, par le premier ministre et son ministre des Finances, même si l’Institut du Québec affirmait déjà, en début d’année, que le gouvernement se dirigeait vers un surplus potentiel de plus de 4 milliards de dollars.

À RDI économie, le 3 décembre dernier, alors que les données mensuelles budgétaires donnaient déjà un surplus de 3 milliards de dollars, le ministre Eric Girard maintenait que le surplus attendu par son ministère était de 1,6 milliard.

En février 2019, François Legault affirmait que le surplus allait se limiter à 2 milliards de dollars. En mars, on était rendu à 2,5 milliards dans le budget du ministre Girard. Et, en mai, on a révisé le tout à 3,6 milliards de dollars. Finalement, on arrive à 4,433 milliards.

Un écart de 6 milliards avec la prévision initiale

C’est donc un écart de 6 milliards de dollars qui apparaît par rapport au budget déposé par l'ex-ministre libéral Carlos Leitao, en mars 2018. Le ministère l’explique par cinq facteurs :

  • les revenus autonomes provenant des impôts des entreprises et des particuliers sont 800 millions de dollars plus élevés que prévu;

  • le froid au Québec a rapporté 600 millions de plus à Hydro-Québec;

  • la valeur des placements en capital de risque d’Investissement Québec est plus élevée;

  • des dépenses moins élevées de 450 millions de dollars « en lien avec la révision d’estimations de certaines provisions, dont celles pour le passif environnemental et celles pour les prêts et les garanties de prêts octroyées par le gouvernement »;

  • des taux d’intérêt moins élevés, ce qui réduit de 100 millions le service de la dette.

En conférence téléphonique, vendredi après-midi, le ministre Girard a indiqué que la moitié de cet écart n’est pas récurrent. Il y a là des revenus exceptionnels et des gains sur les dépenses qui ne reviendront pas. L’autre moitié de la somme de 6 milliards de dollars a déjà été dépensée dans la mise à jour et le budget pour l’exercice 2019-2020, a dit le ministre.

Cela fait des mois que les experts affirment que les coffres débordent à Québec. Or, cela fait des mois que le gouvernement nous dit que sa marge de manœuvre est limitée. La réalité, c’est que le gouvernement du Québec bénéficie de la situation budgétaire la plus enviable au Canada.

De plus, cela fait plusieurs années que le ministère des Finances sous-estime l’ampleur des revenus et surestime les dépenses. Est-ce volontaire? Je suis incapable de le dire. Il y a certainement, surtout en 2017, un effet économique positif et inattendu sur les finances publiques.

Il y a toutefois d’autres facteurs qui devraient amener Eric Girard à exiger de son ministère une révision des pratiques en cours.

En affirmant qu’il n’y a pas ou qu’il y a très peu de marge de manœuvre, le premier ministre Legault a certainement cherché à calmer les attentes de tous ses ministères. Cela se comprend.

Toutefois, quand on termine un exercice avec un surplus de 8 milliards de dollars, il est nécessaire de se demander si le gouvernement gère bien ses enveloppes, alors que les besoins demeurent réels dans le réseau hospitalier, dans les CHLSD, dans les écoles.

Il est franchement difficile, il me semble, de justifier un surplus de 8 milliards de dollars et un écart de 6 milliards avec la prévision budgétaire initiale. Dans la mesure où les prévisions économiques n’ont pas beaucoup évolué depuis le budget 2018-2019, ces écarts sont totalement étonnants.

On peut se demander quelle est la valeur de la projection faite par le ministre Girard pour 2019-2020, qui est celle d’atteindre l’équilibre budgétaire après le versement au Fonds des générations.

À noter que le gouvernement a annoncé qu’il ne présentera plus le solde budgétaire tous les mois, mais plutôt tous les trimestres.

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