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Sainte-Marthe-sur-le-Lac : une « catastrophe appréhendée » en 2017

Des sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac évacués en kayak et en chaloupe.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Julie Marceau

Le rapport de la firme d’experts mandatée à la suite de la crue printanière de 2017 pour vérifier la solidité de la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dont Radio-Canada a obtenu copie, fait état d’une structure « fragilisée » et d'une possible « rupture de la digue en période de crue », qui pourrait « à n’importe quel endroit » avoir le potentiel « d’affecter l’ensemble du secteur ».

L’administration municipale rétorque toutefois que le rapport ne fait jamais état d’une « urgence » ni d’un endroit précis où il y aurait pu avoir rupture, encore moins d’un échéancier pour renforcer cette protection essentielle.

Un chapitre intitulé « catastrophe appréhendée », dans le document de près de 70 pages publié le 24 novembre 2017, spécifie que « la force des vagues a engendré des zones importantes d’érosion ». Dans le cas d’une crue à récurrence de 100 ans, souligne-t-on, « 1389 bâtiments pourraient être touchés, principalement des résidences ».

« Suite à l’inondation, les résidences touchées pourraient être fortement endommagées et leurs matériaux tels que le placoplâtre, la laine minérale, les tapis, etc. pourraient être contaminés [...] des moisissures pourraient se développer en raison de l’humidité, ce qui représente un risque potentiel pour la santé des résidents », écrivent les auteurs du rapport.

« Certaines résidences pourraient même être démolies, puisque les dommages causés par les inondations seraient trop importants pour permettre des travaux de réparation », ajoute-t-on.

Le rapport sensibilise aussi l’administration municipale au risque « d’impacts psycho-sociaux [...] majeurs » qui découleraient d’une inondation tels que : « dépression, anxiété, abus d’alcool, trouble de stress post-traumatique, troubles du sommeil ».

Le soir du samedi 27 avril, la rupture de la digue végétale de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, survenue dans le secteur de la 27e Avenue, a forcé l’évacuation de 2500 propriétés, soit 6000 personnes ou le tiers de la population de la municipalité.

La Ville assure avoir suivi les recommandations

Le rapport fait trois recommandations clés :

  • « l’élévation du sommet de la digue »;
  • un « empierrement de protection » contre l’érosion;
  • « la surveillance et l’entretien de la végétation » (arbres, racines) pour éviter que la structure ne s’effrite.
Sonia Paulus répond aux questions de notre journaliste devant une carte de la municipalité.

La mairesse Sonia Paulus en entrevue à Radio-Canada

Photo : Radio-Canada

« En aucun temps, dans le rapport, il n'est indiqué [...] qu’il y a une urgence d’agir. Nulle part », affirme pour sa part la mairesse Sonia Paulus, dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

« De toute façon, c’était dans nos plans [de rehausser la digue] [...] on allait en soumission et on rehaussait, alors on savait très bien ce qu’il y avait à faire et on s’apprêtait à le faire », ajoute-t-elle.

Quant à la possible rupture, en aucun temps dans le rapport, on nous indique qu’il y a une urgence.

Sonia Paulus, mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac

La digue qui a cédé à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. (Vidéo : Alain Pilon)

L’administration municipale dit ne toujours pas savoir précisément comment la digue a cédé – une enquête est en cours à ce sujet. Sonia Paulus assure que des travaux d’empierrement suggérés par les experts ont été réalisés.

« On a mis des sacs de sable et on a fait de l’empierrement à certains endroits et, en 2019, oui, on l’a fait », indique-t-elle.

Pas de signes spécifiques dans le secteur du bris

La mairesse fait également valoir que le rapport ne mentionne à aucun moment un problème particulier à l’endroit où la digue a cédé. Une cartographie de diagnostic indique en effet que le perré – le revêtement en pierre dans la zone où la brèche a eu lieu – est en « bon état ».

Une carte montrant l'érosion de la digue de pierres de Sainte-Marthe-sur-le-Lac en bordure du lac des Deux Montagnes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La digue protégeant Sainte-Marthe-sur-le-Lac était en relativement bon état avant les inondations, mais elle n'a pas suffi à freiner la montée des eaux lors de la crue du printemps 2019.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau/Axio Environnement

« Si on regarde dans les annexes, il y a un plan. Et l’endroit où il nous disait où ça pouvait être plus fragile, ce n’est même pas à l’endroit où ça a cédé. Honnêtement, ce n’était pas prévisible à cet endroit-là », insiste-t-elle.

Le document conclut par ailleurs que « la nature du remblai » n’est pas connue et qu’il n’y a aucune « étude géotechnique afin de valider la stabilité de l’ouvrage ni la nature des matériaux qui la composent ».

Une analyse géotechnique de la stabilité de l’ouvrage devrait donc être réalisée dans le cadre de la préparation des plans et devis pour les travaux.

Rapport de la firme Axio Environnement

Rappelons que l’appel d’offres pour effectuer le rehaussement de la digue n’a jamais été lancé. La Ville était en attente d’un certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement au moment de l’incident.

« On a suivi les délais, on a fait faire le rapport d’Axio et, après ça, on est allé en pourparlers avec le ministère de l’Environnement. Ils nous ont demandé des documents additionnels. [...] Le processus s’est fait dans les règles de l’art, il n’y a personne qui a dormi au gaz », affirme Sonia Paulus.

Quant à l’inspection de la végétation (le rapport recommande notamment de « couper des arbres » au besoin et de « purger la digue en éliminant la souche et les grosses racines »), la mairesse dit ne pas savoir avec précision ce qui a été fait.

« Je ne pourrais pas vous dire vraiment s’il y a eu du personnel de la Ville qui a été sur le terrain pour aller dire aux gens de ne pas planter d’arbres, ça je ne peux vraiment pas », répond-elle.

Sonia Paulus tient à rassurer la population à propos des futurs travaux qui seront effectués sur la digue. Elle affirme qu’elle sera solidifiée dès 2020, soit bien avant les délais prévus par Québec, qui vise une reconstruction complète en 2021.

« On va avoir une digue sécuritaire, on va aller dans la meilleure technologie, alors je ne vois pas pourquoi ça ne ferait pas le travail [comme] l’autre digue qui a tenu 40 ans. Les gens devraient être capables de se dire que tout va être parfait après que la digue soit rehaussée. Moi, quand la digue va être en place, je vais me sentir en sécurité sur le territoire. »

Rappelons qu’une demande d'action collective a été déposée en Cour supérieure le 10 mai. La requête, faite au nom d'un résident de la municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, vise trois ordres gouvernementaux : la Ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, la municipalité régionale de comté (MRC) de Deux-Montagnes ainsi que le gouvernement du Québec. L’action en justice a été lancée au nom de toutes les personnes sinistrées qui habitent dans la MRC de Deux-Montagnes.

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