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Tourisme Cantons-de-l’Est, développeur économique depuis 40 ans

Un voilier sur le lac Memphrémagog

Un voilier sur le lac Memphrémagog

Photo : Radio-Canada / Justine Roberge

Fanny Lachance-Paquette

En 1979, le Parc de la Gorge de Coaticook est un dépotoir à ciel ouvert où les résidents de la région jettent allègrement leurs gros rebuts. À cette époque, le développement économique implique automatiquement la construction d’usines. C'est aussi cette année-là que naît une organisation qui amènera plus d'un milliard de dollars en retombées économiques chaque année dans la région : Tourisme Cantons-de-l'Est. Histoire d'une association qui voyait grand.

Le tourisme d’hier ...

C’est le déclin économique de la région, dû notamment à la fermeture d’usines de textile, qui entraîne la création de Tourisme Cantons-de-l’Est. En 1979, Réjean Beaudoin se lance dans le développement touristique de la région et devient le premier directeur général de la nouvelle association.

M. Beaudoin souligne que, bien que la création d’une telle entité était nécessaire, elle n’est pas vue d’un bon oeil par tous. Un touriste qui venait dépenser dans les restaurants, dans les hôtels, dans les attractions. Ça, ils [les gens du secteur économique] ne voyaient pas ça. Certains nous disaient “il ne viendra jamais personne pour voir ce qu’il y a ici”, se remémore-t-il.

À l’époque, les gens visitent principalement la région pour les centres de ski. Les monts Sutton, Orford, Owl’s Head et Bromont reçoivent déjà des gens de la Rive-Sud et des Américains. L’été, la baignade et les balades en bateau attirent leur lot de visiteurs. C’était très, très, très limité dans le choix des activités. Graduellement, les pistes cyclables sont arrivées, les sentiers pédestres, le ski de fond..., explique le premier directeur général.

Des travailleurs de la construction installent des glissades d'eau

La construction du parc aquatique de Bromont en 1984.

Photo : Bromont montagne d'expériences

Tourisme Cantons-de-l’Est mise alors sur les particularités de son territoire: les paysages et l’agriculture. On s’est mis à organiser des festivals! On avait le Festival du pain, le Carnaval de la pâtisserie de Disraeli, le Festival du lait de Coaticook, le Festival d’automne à Magog. Et là, ça attirait les gens, raconte, avec fierté, Réjean Beaudoin qui a dirigé Tourisme Cantons-de-l’Est pendant dix ans.

À aujourd’hui…

Alors que certains doutent de l’impact économique du tourisme au début des années 1980, l’importance de l’industrie touristique pour la région est aujourd’hui indéniable : le million de visiteurs amènent 1 milliard de dollars en retombées économiques et contribuent à la création de plus de 20 000 emplois chaque année.

Les changements majeurs au fil des ans concernent les envies des touristes.On parlait beaucoup de produits. [...] Aujourd’hui on parle plus d’expériences,  souligne l’actuelle directrice générale de Tourisme Cantons-de-l’Est, Francine Patenaude.

À l’époque les gens dormaient dans des motels. On cherchait un endroit où coucher et on se promenait, on faisait le tour de la région. Aujourd’hui, ce n’est plus ça, c’est une expérience que l’on cherche. Les gens peuvent autant vivre une expérience en camping que dormir dans un relais et château dans la région.

Francine Patenaude, directrice générale Tourisme Cantons-de-l’Est

La diversification de l’offre au fil des ans est frappante. Aujourd’hui, la région regorge d’attraits majeurs : Foresta Lumina, le Zoo de Granby, le train Orford-Express, le bateau Le Grand Cru et les parcs nationaux. On y retrouve aussi des hébergements originaux, des vignobles, des spas, des microbrasseries, des festivals, des activités de plein air, des restaurants en tout genre... Les raisons ne manquent pas pour visiter la région, rappelle l’organisme.

La présentation de Foresta Lumina à Coaticook.

Foresta Lumina, à Coaticook, a attiré 130 000 visiteurs en 2018.

Photo : Radio-Canada

Alors que l’expérience est reine, certains éléments demeurent incontournables. Je dis toujours la même chose et ça fait 40 ans qu’on dit la même chose : c’est beaucoup les paysages [qui attirent les touristes], la qualité des paysages quand on se promène dans la région et l’authenticité des villages, s’exclame Francine Patenaude.

Un tourisme toujours en développement

Le défi pour l’industrie touristique est désormais de doser le développement de la région. Selon Francine Patenaude, il n’est pas simple de développer un produit touristique qui mise sur les paysages et l’authenticité des villages.

Le développement est un peu paradoxal. On veut développer, mais où est le point de rupture?

Francine Patenaude, directrice générale Tourisme Cantons-de-l’Est

La station de ski Owl’s Head est un bon exemple de ce dilemme. Alors que les nouveaux propriétaires veulent en faire un centre de villégiature quatre saisons, plusieurs skieurs et résidents ont fait part de leurs appréhensions quant au développement de la montagne.

Vue extérieure d'un chalet à deux étages.

La station de ski Owl's Head a modernisé son chalet à l'hiver 2018-2019.

Photo : Radio-Canada

Le restaurant du chalet de la station de ski Owl's Head.

La modernisation du chalet de la station de ski Owl's Head était nécessaire selon de nombreux skieurs. Certains ont toutefois émis des craintes quant au développement de la montagne, craignant qu'elle perde son côté «ski bum».

Photo : Radio-Canada

Pour poursuivre l’essor touristique de la région, Tourisme Cantons-de-l’Est fait de nombreuses représentations au Québec et en Nouvelle-Angleterre, mais aussi à l’international comme en Europe, en Chine et au Japon. Un public international attiré par les paysages, particulièrement l’automne, et par l’érable.

Pour promouvoir la région avec ses partenaires, soit les attractions et les municipalités, l’association dépense environ 1,5 million de dollars annuellement en campagnes publicitaires.

Le travail des municipalités

Lorsqu’on demande à Francine Patenaude et à Réjean Beaudoin ce dont ils sont le plus fiers, ce n’est pas une attraction qui leur vient spontanément en tête, mais plutôt le travail effectué avec les partenaires politiques et économiques.

Réjean Beaudoin se félicite d’ailleurs d’avoir réussi à politiser le tourisme à une époque où sa valeur était peu reconnue par les différents acteurs politiques. Il semble y avoir un retour à cette politisation auprès des municipalités, que le tourisme c’est l’affaire de tous, c’est important, c’est créateur d’emploi et surtout, c’est de l’avenir.

Il se remémore une époque où il fallait lutter pour créer des aires protégées pour le plein air. M. Beaudoin se réjouit de voir qu’aujourd’hui, ce genre de projets se concrétisent plus facilement. Ils viennent de doubler la superficie du parc du Mont-Orford et ils n’ont pas eu à lutter beaucoup. Dans notre temps, il fallait faire des conférences de presse, avoir les journalistes de notre bord, les députés, les ministres.

Pour Francine Patenaude, le projet Vision Attractivité est une grande réussite de Tourisme Cantons-de-l’Est. En collaboration avec les municipalités et les principaux acteurs économiques de la région, dont l’Université de Sherbrooke, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS et BRP, un programme est mis en place pour attirer autant les travailleurs que les visiteurs et les citoyens dans la région.

Il aura fallu 40 ans pour convaincre tous les acteurs municipaux que le tourisme a une répercussion directe sur l’attractivité d’une ville ou d’un village.

Francine Patenaude, directrice générale Tourisme Cantons-de-l’Est

L’ensemble des préfets des MRC de l’Estrie, de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska ont d’ailleurs récemment signé une entente déclarant qu’ils sont prêts à travailler tous ensemble sur l’attractivité du territoire.

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