•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trottinettes à Paris : mettre de l’ordre dans le chaos

Des trottinettes en libre-service devant l'Opéra de Paris

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Jean-François Bélanger

Les trottinettes électriques en libre-service font un tabac dans les rues de la capitale française. Mais elles ont aussi leurs détracteurs, qui critiquent leur mauvaise utilisation et le manque d’encadrement.

Apparues il a à peine un an, elles sont aujourd’hui devenues des éléments incontournables du paysage parisien.

Impossible en effet de faire quelques pas sur un trottoir de la capitale française sans tomber sur une trottinette électrique en libre-service.

Localisées par GPS et activées à l’aide d’une application, elles permettent de parcourir simplement et rapidement quelques kilomètres dans une ville ultra-congestionnée.

En toute logique, elles ont séduit bien des Parisiens. Mais ces petits véhicules sont aussi victimes de leur succès.

On voit une rangée de trottinettes garées sur un trottoir de Paris. Un homme se tient à proximité.

Les trottinettes sont toujours plus nombreuses sur les trottoirs de Paris.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Désireuses de se positionner sur un marché jugé prometteur, pas moins de 12 compagnies ont déployé leur flotte de trottinettes à Paris. La mairie estime qu’il y en a aujourd’hui plus de 20 000.

Mais ces petits bolides sont loin de faire l’unanimité. Ils comptent en fait chaque jour davantage de détracteurs. Beaucoup les considèrent comme une nuisance, voire un danger public.

Wai Ming Lung est de ceux qui les détestent. Il est à l’origine d’une des premières pétitions pour demander leur interdiction. Il raconte avec un sourire qu'il les trouve d’abord très moches. Mais chaque fois qu’il doit enjamber un petit troupeau de trottinettes sur un trottoir étroit, il perd son sourire. « Les gens qui s'en servent ne savent pas s'en servir tout simplement. Ils n'observent aucune règle », dit-il, excédé.

L'absence de régulation actuelle fait que c'est garé n'importe où; les gens les utilisent n'importe comment, montent à deux sur une trottinette. Ils sont dangereux aussi bien pour les piétons que pour eux-mêmes.

Wai Ming Lung, à l’origine d’une pétition pour faire interdire les trottinettes à Paris

À défaut de les voir disparaître, car il leur trouve quand même quelques qualités, et notamment celle de ne pas polluer l’atmosphère des villes, il souhaite au moins que leur déploiement soit mieux encadré. « Il faut responsabiliser les sociétés et surtout responsabiliser les usagers », plaide-t-il.

Les journaux ont fait grand cas dernièrement d’un accident mortel entre une camionnette et une trottinette. Et les cas de piétons renversés sur le trottoir par des conducteurs de deux-roues imprudents sont de plus en plus nombreux.

Une situation qui a engendré une forte réaction de rejet chez beaucoup de Parisiens.

Certains n’hésitent pas à vandaliser les trottinettes, par exemple en recouvrant de peinture le code-barre identificateur, ce qui empêche de les louer.

Consciente du chaos, la Ville de Paris a entrepris d’essayer d’y mettre un peu d’ordre. Le problème, c'est que les municipalités comme Paris ont longtemps été démunies, n’ayant pas l’arsenal juridique pour intervenir. Elles n’ont pas, par exemple, le pouvoir d’interdire les trottinettes.

On voit des trottinettes renversées sur un trottoir de Paris.

De nombreux Parisiens considèrent les trottinettes en libre-service comme une nuisance.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Ces nouveaux véhicules électriques individuels bénéficient d’un vide juridique, ne figurant par exemple pas dans le Code de la route.

Jusqu’à présent, la Ville de Paris comptait sur le bon vouloir des uns et des autres. La mairie a par exemple invité les opérateurs à signer une charte de bonne conduite en incitant leurs usagers à mieux se comporter.

Les opérateurs se livrent en effet à une rude concurrence. La stratégie de chacun est de saturer l’espace urbain avec ses trottinettes pour s’assurer d’être le plus visible, le plus disponible possible pour les usagers.

Une situation qui a semé la pagaille sur beaucoup de trottoirs à proximité des lieux touristiques.

De nouvelles mesures

Mais les choses sont sur le point de changer. Une loi sur la mobilité à l’étude à l’Assemblée nationale vise à définir la place de ces nouveaux moyens de transport dans l’espace urbain et va donner les outils nécessaires aux municipalités et aux forces de l’ordre pour intervenir.

Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, est convaincu qu’avec les amendes que risqueront les usagers, les comportements vont bientôt changer. « L'occupation de l'espace public, un nombre de plus en plus important de trottinettes, des trottinettes mal garées, des accidents, tout ça, c'est le contexte qui a conduit la maire de Paris à vouloir réglementer, réguler, contingenter », dit-il.

Les Parisiens en avaient ras le bol, ils étaient excédés. Excédés des incivilités, excédés de se sentir en insécurité sur les trottoirs.

Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris

Les mesures prises passent donc d’abord par une interdiction de circuler et de stationner les trottinettes sur les trottoirs. La Ville a aussi demandé aux opérateurs de diminuer la vitesse des trottinettes de 25 km/h à 20 km/h.

Les opérateurs, pour l’instant, jouent le jeu. Tous ont ajouté des avertissements dans leurs applications mobiles pour sensibiliser les usagers aux nouvelles règles de sécurité à respecter; pour leur suggérer d’utiliser un casque; leur rappeler qu’il ne faut pas rouler ni se garer sur les trottoirs.

Et puis, plusieurs compagnies ont déjà commencé à modifier leurs véhicules pour limiter leur vitesse à 20 km/h. C’est le cas par exemple de la compagnie Wind.

Avec ses lunettes tendance, sa tignasse stylée et l’impression qu’il donne d’avoir à peine vingt ans, Clément Giordana apparaît comme un usager typique lorsqu’il monte sur une trottinette Wind. Il est pourtant le « city manager » de cette multinationale, chargé des opérations à Paris.

« On a besoin d'être plus encadrés et de mieux s'organiser pour éviter de créer un désordre urbain, dit-il. « Et ça fait plusieurs mois qu'on travaille avec la Ville pour avancer sur ces sujets-là. »

La stratégie est claire. Tous savent qu’il n’y a pas assez de place à Paris pour 12 opérateurs et qu’à terme, il reviendra à la mairie de Paris d’attribuer des concessions à deux ou trois compagnies. Chacun essaie donc actuellement d’apparaître comme le meilleur élève de la classe en espérant s’attirer ainsi les faveurs de la municipalité.

On voit un homme et une femme, de dos, qui sont en train de libérer une trottinette en libre-service à Paris à l'aide de leur téléphone.

Les trottinettes en libre-service sont activées à l'aide d'une application.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Mais si la nécessité de légiférer semble faire consensus, tous ne sont pas d'accord avec les dispositions envisagées. Le projet actuel déplaît surtout aux propriétaires de véhicules électriques individuels; de trottinettes, mais aussi de planches à roulettes motorisées ou des monoroues électriques.

Sur les forums d’usagers, beaucoup crient à l’injustice, se considérant pénalisés à tort en raison du mauvais comportement des usagers occasionnels de trottinettes en libre-service.

Les possesseurs de véhicules mettent de l’avant le fait qu’ils n’encombrent pas l’espace public puisqu’ils ne se garent pas à l’extérieur, la plupart préférant entreposer leur engin chez eux le soir pour le recharger et au bureau pendant la journée.

C’est le cas de François Deslandes qui fait chaque jour sur sa trottinette le trajet entre le domicile et le travail. Il porte toujours un casque, des gants, et se considère aussi comme un conducteur plus expérimenté qui maîtrise bien son engin.

Il ne comprend donc pas pourquoi il devrait être soumis aux mêmes réglementations.

Il s’inquiète surtout de la volonté d’interdire tout véhicule qui n’est pas réglé dès la sortie de l’usine pour ne pas dépasser 20 km/h. « À cause des trottinettes de location, on va se retrouver tous bridés à 20 km/h. C'est dommage », dit-il.

Les gens ne voient les trottinettes que par le prisme de la location. Et oublient ces 350 000 personnes qui ont acheté du matériel et qui font de leur mieux pour respecter les législations actuelles.

François Deslandes, propriétaire de trottinette
On voit M. Deslandes, de face, sur sa trottinette. Il porte un casque et des gants. En arrière-plan, des trottinettes en libre-service.

François Deslandes, un propriétaire de trottinette à Paris

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

L’interdiction de rouler en dehors des villes déplaît aussi beaucoup à ceux qui habitent en banlieue ou à la campagne. François Deslandes vient donc de créer une association de propriétaires de ces nouveaux moyens de déplacement, espérant ainsi avoir la possibilité de se faire entendre dans le débat en cours.

La Ville de Paris aussi souhaite une cohabitation sereine et ne veut surtout pas interdire ces nouveaux moyens de transport électriques. « On se rend compte que la trottinette a quand même un impact positif sur les émissions de carbone et la pollution dans une ville comme Paris », dit Jean-Louis Missika. « Les interdire reviendrait à conserver le modèle d’une ville asservie à la voiture. Or, nous voulons changer de modèle. »

Une chose est certaine, les yeux du monde entier sont actuellement tournés vers Paris.

Car les solutions préconisées ici risquent bien de servir d’exemple pour le reste de la planète.

Transports

International