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La dernière chronique culturelle de Francine Grimaldi

Francine Grimaldi, vêtue d'un pull de laine rouge et d'un turban rouge, rit aux éclats dans le studio 18 de Radio-Canada.

Francine Grimaldi à l'émission Samedi et rien d'autre

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

Cecile Gladel

La chroniqueuse culturelle de l’émission Samedi et rien d’autre, Francine Grimaldi, prend sa retraite après une carrière de plus de 50 ans dans le monde des médias. Samedi, elle sera en ondes pour la dernière fois.

Francine Grimaldi a consacré sa vie professionnelle à la culture, passant les 50 dernières années au service des auditeurs de la radio de Radio-Canada. Elle a d’abord fait sa marque comme recherchiste à l’émission Studio 11, animée par Lise Payette, puis en présentant, dès 1975, le calendrier culturel de l’émission CBF-bonjour, animée par Michel Desrochers. C’est toutefois en 1977, à l’arrivée de Joël Le Bigot à la barre de l’émission, qu’est né un duo indissociable.

Dans un studio de radio, le journaliste Claude Bisaillon, le chroniqueur météo Alcide Ouellet, le chroniqueur agricole Paul Boutet, l'animateur Joël Le Bigot, la chroniqueuse artistique Francine Grimaldi et le journaliste Michel Pelland sont regroupés.

Une partie de l'équipe de CBF-bonjour en septembre 1979 : le journaliste Claude Bisaillon, le chroniqueur météo Alcide Ouellet, le chroniqueur agricole Paul Boutet, l'animateur Joël Le Bigot, la chroniqueuse culturelle Francine Grimaldi et le journaliste Michel Pelland

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

En quatre décennies, elle a tout vu ou presque de la scène culturelle québécoise. Oiseau de nuit, elle aimait raconter la vie artistique au public. L’an dernier, le jury des Prix du Québec lui attribuait la plus haute distinction en matière de radio et de télévision : le prix Guy-Mauffette 2018.

La chroniqueuse culturelle sourit devant une toile affichant le logo d'ICI Première, tenant son prix Guy-Mauffette de ses deux mains.

Francine Grimaldi est la lauréate du prix Guy-Mauffette 2018

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

Dans ses premières années à Radio-Canada, Francine Grimaldi a aussi écrit dans La Presse et a joué dans plusieurs films, dont La vraie nature de Bernadette, de Gilles Carle, et L’eau chaude, l’eau frette, d’André Forcier.

Fille du comédien et producteur de spectacles Jean Grimaldi, elle a foulé les planches dans des pièces de théâtre et productions de variété tout au long de son enfance.

Une rare photo de Francine Grimaldi exhibant sa chevelure

Une rare photo de Francine Grimaldi exhibant sa chevelure

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier


Francine Grimaldi s'est plongée dans les souvenirs de sa longue et riche carrière pour répondre à nos questions.

Radio-Canada Arts : Comment la chronique culturelle a-t-elle changé depuis vos débuts?

Francine Grimaldi : C’était plus strict à l'époque. On pouvait passer des chansons en espagnol, en russe, mais pas en anglais.

De plus, la diction était totalement autre, pas seulement pour la chronique culturelle, mais pour toutes les voix de Radio-Canada. La direction choisissait de belles voix. Maintenant, les gens n’ont pas de diction, ils parlent n’importe comment. Il y a un laisser-aller au niveau de la présentation, mais c’est plus simple, plus humain, plus chaleureux, moins guindé. Il y a de bons et de mauvais côtés.

RC Arts : La culture a-t-elle encore une place importante dans les médias?

FG : Les médias se concentrent surtout sur le vedettariat, sauf si l'on parle de la revue Jeu et des revues sur le théâtre. C’est bon, le vedettariat, mais il y a autre chose à découvrir.

On parle beaucoup de musique, mais on ne parle pas assez de littérature, de beaux-arts et d’arts visuels.

RC Arts : Est-ce que le rapport entre les journalistes et les artistes a changé?

FG : On est un petit monde, au Québec et à Montréal. On se connaît tous. Les rapports n’ont pas vraiment changé, ça a toujours été assez sympathique. Si on veut joindre quelqu’un, on téléphone et on l’a tout de suite. Au Québec, c’est spécial, ce n’est pas Paris, New York ou Londres.

RC Arts : Et avec l’arrivée des médias sociaux?

FG : Ça a beaucoup changé, les artistes peuvent tout de suite publier de l’information. C’est fabuleux, sauf que c’est dangereux. Le public doit faire des choix et essayer de juger par lui-même, alors qu'avant, seul un journaliste faisait ce travail pour lui.

RC Arts : Comment ces médias sociaux ont-ils changé votre travail?

FG : Le mien, pas vraiment, car je ne connais pas les subtilités d’Instagram et des autres réseaux. Personnellement, je n’ai pas le temps, j’ai déjà 150 courriels par jour à regarder.

Je trouve que les jeunes travaillent fort, ils passent leur temps sur les écrans. C’est dur, ils ont tellement de matériel, de choix. Il faut élaguer.

C’est une grande responsabilité de choisir ce qu'on va conseiller aux auditeurs.

RC Arts : Est-ce qu’il y a quelque chose que vous n’avez jamais pu dire que vous pourriez dire maintenant que vous prenez votre retraite?

FG : Je ne pense pas. Je n’ai jamais eu de barrières, j’ai été chanceuse, je suis une privilégiée depuis 50 ans.

RC Arts : Avez-vous des regrets?

FG : Mon seul regret est d’avoir quitté Montréal Express [l’émission de radio du retour à la maison jusqu’en 2003] avec Pierre Chouinard, qui s’est suicidé. C’était un magnifique animateur.

Je l’ai quittée, car on m’a offert l’émission de télévision Le train de 5 h.

Niaiseuse, imbécile, ignare; je pensais que je serais trop exposée médiatiquement en étant à la fois à la télévision et à la radio.

En studio, l'équipe de Montréal-Express : la chroniqueuse culturelle Francine Grimaldi, le technicien Bernard Lamarche, la réalisatrice Lorraine Saey, un homme non identifié et la météorologue Jocelyne Blouin entourant l'animateur Michel Desautels, assis.

La chroniqueuse culturelle Francine Grimaldi avec l'équipe de l'émission radio Montréal-Express en 1983

Photo : Radio-Canada / Guy Dubois

RC Arts : Allez-vous écrire un livre sur votre vie?

FG : Non, je n’ai pas une bonne mémoire.

Si j’écris un livre, ça sera sur mon père, Jean Grimaldi. Ça serait une brique fascinante. Je pense y travailler avec ma nièce.

RC Arts : Que va faire Francine Grimaldi de sa retraite?

FG : Si j’en ai les moyens, j’irai voir des spectacles à Las Vegas. Je profiterai de la vie sans horaire ni deadlines. Je veux surtout faire quelques voyages, acheter un camper et aller sur la route.

Mais, je continuerai de passer les étés à Montréal. On a des centaines de spectacles gratuits, il faut en profiter.

Francine Grimaldi photographiée dans le studio 18 de Radio-Canada

Francine Grimaldi

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

En rafale

Votre film préféré :

Embrasse-moi comme tu m’aimes, d’André Forcier

Celui que vous avez détesté :

Chaque film m’apprend quelque chose.

Le meilleur spectacle que vous ayez jamais vu :

Il y en a tellement : Cats à Londres, Le ring de Robert Lepage, tous les spectacles du Cirque du Soleil, surtout O

Le plus décevant :

Cette année, au Théâtre de Quat'Sous, j’étais dans le noir, les acteurs jouaient dans le noir, ils étaient inaudibles et je me suis impatientée, jusqu’à déranger mes voisins de siège. J’étais fâchée, et j’avais envie de sortir, mais je ne sors jamais pendant un spectacle. J’ai détesté ça, mais je ne dirai pas le titre.

Le livre qu’il faut absolument lire :

Le petit prince et Le Tao de l'art d'aimer

Celui qu’on doit laisser sur les tablettes :

Mein Kampf

L’artiste le plus gentil que vous ayez rencontré :

Giulietta Masina, la femme de Federico Fellini, une merveille, une douceur

Le plus détestable :

Serge Gainsbourg. J’ai eu honte lors d’une entrevue en groupe alors qu’il m’a interpellée et demandé d’aller en arrière. Je l’ai revu à Rouyn-Noranda, à jeun, il était très gentil.

Avec quel artiste auriez-vous aimé être amie :

Sting. J’ai déjeuné à côté de lui et je n’ai pas osé lui parler.

L’artiste décédé que vous auriez aimé interviewer :

Charlie Chaplin

L'artiste le plus drôle :

Raymond Devos, Sol et Yvon Deschamps

Le musée qu’il faut absolument visiter cet été :

Le Musée des beaux-arts de Montréal. Nathalie Bondil [directrice générale] est mon idole. Le Musée des religions qui m’a éblouie à Montréal et je ne suis pas religieuse.

L’événement le plus marquant que vous avez couvert :

Les débuts de Starmania et du Cirque du Soleil. De grands moments.

Celui que vous avez manqué et que vous regrettez :

Tous les spectacles du Cirque du Soleil que je n’ai pas vus à Las Vegas

Célébrités

Arts