•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Elles sont queers et n’iront pas au défilé de la Fierté

Une femme se tient dans le village gai de Toronto, au milieu de personnes qui marchent autour.

Zoé Rousseau n'ira pas marcher sur la rue Church, dans le village gai de Toronto, pour le défilé de la Fierté.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Rozenn Nicolle

Plusieurs membres de la communauté LGBTQ+ disent ne pas se reconnaître dans le défilé de la Fierté à Toronto. Parmi eux, Zoé Rousseau et Kelly Ali, qui nous expliquent pourquoi elles ont choisi de ne pas s’y rendre.

L’une regrette le manque de caractère revendicateur du défilé, l’autre trouve, à l’inverse, qu’il est trop politisé et qu'il force parfois les personnes issues de minorités visibles et les membres du corps policier à faire des choix entre les différentes parties de leur identité. Elles s’accordent toutes deux cependant pour dénoncer un certain pinkwashing et le caractère trop commercial du défilé.

ZOÉ ROUSSEAU

Portrait d'une femme avec en arrière plan les couleurs de l'arc-en-ciel dans le village gai de Toronto.

Zoé Rousseau pense que le défilé de la Fierté est trop centré sur les hommes gais et cisgenres.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Zoé Rousseau a 28 ans. D’origine française, elle vit à Toronto depuis deux ans et demi. Se revendiquant queer et féministe, elle a participé chaque année aux festivités de la Fierté, mais a toujours refusé d’aller au défilé.

J’ai l’impression que les compagnies, au mois de juin, mettent leurs arcs-en-ciel partout, mais que le reste de l’année, elles s’en moquent un peu, des personnes LGBTQ+

Zoé Rousseau

Outre son aspect commercial, Zoé pense que le défilé est plus centré sur les hommes gais cisgenres, plutôt que les personnes transgenres, les personnes de couleur ou les femmes.

Je pense que c’est pour ça que d’autres marches ont été créées, car ces populations ne se trouvaient pas représentées au grand défilé du dimanche, estime Zoé.

Depuis plusieurs années, le festival de la Fierté de Toronto organise une marche pour les personnes transgenres, non binaires et leurs alliés, qui se tient le vendredi, ainsi qu’une marche des femmes, la Dyke March, le samedi.

Une femme se tient dans le village gai de Toronto, au milieu de personnes qui marchent autour.

Zoé Rousseau n'ira pas marcher sur la rue Church, dans le village gai de Toronto, pour le défilé de la Fierté.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Si chaque année Zoé boude le défilé, elle ne manque pas pour autant ces deux autres événements, qui ont des aspects plus revendicateurs, selon elle. Il n’y a pas de compagnies, ce sont vraiment des gens qui marchent, donc on retrouve ce côté protestation qui était à l’origine du mouvement queer. On montre qu’on n’est pas content, raconte-t-elle.

Enfin, elle juge également la présence de certains partis politiques hypocrites.

On voit des conservateurs qui défilent pour dire ok, on est pour les gais un jour par an. On ne va plus éduquer nos enfants sur la sexualité, mais par contre on va leur dire qu’on est beau et qu’on porte des rainbows... C’est super hypocrite.

Zoé Rousseau

Selon elle, il s’agirait d'offrir plus de visibilité aux minorités et plus d’intersectionnalité au sein du défilé pour qu’elle ait envie d’y assister.

KELLY ALI

Photo en noir et blanc d'une femme issue de minorité visible, souriant.

Kelly Ali s'identifie comme lesbienne et souhaite intégrer la police de Toronto, mais n'est pas d'accord avec la décision de Pride Toronto d'interdire les officiers en uniforme dans le défilé.

Photo : Courtoisie

Kelly, elle, regrette la polarisation du défilé, qui met en opposition les différentes facettes de sa personnalité, et lui demande même parfois de choisir parmi celles-ci. Elle avoue s’être peu confiée sur la question avant cette entrevue, se retrouvant souvent entre deux camps.

Je me fais dire : tu es gaie, pourquoi tu appuies la police, alors qu’elle a autant maltraité notre communauté?

Kelly Ali

Âgée de 27 ans, elle est née à Toronto d’une mère philippine et d’un père trinidadien. En plus d’être lesbienne et issue d’une minorité visible, Kelly prépare présentement l’examen pour intégrer la police de Toronto.

Avec tous les aspects de ma vie, le fait d’être issue d’une minorité visible, gaie, et de vouloir intégrer la police… Beaucoup de gens ont des problèmes avec ces trois caractéristiques.

Kelly Ali

Elle est en désaccord avec la décision de Pride Toronto de ne pas permettre aux policiers de participer au défilé en uniforme, même si elle dit en comprendre les raisons. Il y a là un passé d'oppression, alors que la communauté est fragile en ce moment, surtout après la condamnation du tueur en série Bruce McArthur, ou encore le meurtre de Tess Richey, dit-elle.

Mais pour elle, la réponse n’est pas là.

Exclure les policiers en uniforme du défilé, ça n’aide pas à construire des ponts, ça aide plutôt à les détruire.

Kelly Ali

Parmi les autres raisons qui motivent son refus de se rendre au défilé, Kelly, comme Zoé, dénonce son caractère trop commercial et une tendance au pinkwashing.

Qu'est-ce que le pinkwashing?

Critiqué sur ce point par le passé, l’organisme Pride Toronto tente d’être de plus en plus transparent sur son processus de sélection pour le défilé et permet au public de déposer des plaintes sur son site web, notamment concernant l’exclusion ou l’inclusion d’un groupe.

De surcroît, le débat sur la présence des politiciens n’est pas pertinent selon Kelly. La Fierté ce n’est pas à propos de ça, c’est à propos de notre communauté, de célébrer qui on est et de montrer que c’est important pour nous, clame-t-elle.

Son sentiment envers le défilé de la Fierté n’a cependant pas toujours été ainsi. Elle se souvient de sa première expérience, à 18 ans, après avoir fait son coming-out.

J’ai vécu ma première Fierté, et c’était fantastique, quelque chose que je n’avais jamais vu avant, là où j’étais à ma place, avec une communauté que je recherchais, se rappelle Kelly.

Un monde entier venait de s’ouvrir à moi.

Toronto

Communauté LGBTQ+