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Navires de combat : au moins 10 milliards de plus que prévu

Des casquettes d'officiers de la Marine royale canadienne

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Marc Godbout

La facture des futurs navires de combat canadiens continue de grimper en flèche. Contrairement à ce que prétend Ottawa, il en coûtera entre 10 et 14 milliards de dollars supplémentaires aux contribuables canadiens pour les construire, prévient le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux.

C’était déjà le projet d’approvisionnement le plus coûteux de l’histoire canadienne. Or, le directeur parlementaire du budget (DPB) estime maintenant que les 15 navires de combat de la Marine coûteront au moins 69,8 milliards de dollars.

En d’autres mots, le gouvernement fédéral continue à sous-estimer la facture. Ottawa avance toujours officiellement que le coût du projet varie entre 56 et 60 milliards de dollars.

Dans son rapport, Yves Giroux attribue principalement cet écart à deux facteurs : l’inflation et la taille des navires plus grande qu’initialement prévu.

Le DPB s’est également penché sur les conséquences de délais supplémentaires si la construction devait commencer après 2023.

Un retard d’un an ferait augmenter le coût total du programme de près de 2,2 milliards de dollars, soit une hausse de 3 %, tandis qu’un retard de deux ans le ferait bondir de près de 4,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 6 %.

Extrait du rapport du directeur parlementaire du budget

Cette nouvelle évaluation des coûts à 70 milliards est un constat brutal si l’on tient compte du fait que le budget initial du programme s’élevait à 26 milliards en 2008. Le projet qui a été marqué par des controverses accuse plusieurs années de retard et en est toujours à la phase de conception.

La Défense nationale répond

Dans une déclaration écrite, le ministère de la Défense explique l'écart de la manière suivante : Après un premier examen du rapport du DPB, nous avons constaté que la grande majorité des différences proviennent de sa décision d’inclure les taxes dans son calcul des coûts.

Nous demeurons confiants dans nos estimations entre 56 et 60 milliards de dollars pour le budget des NCC, nous reconnaissons aussi que même les petites différences dans le cadre d’un projet de cette envergure représentent des centaines de millions de dollars en fonds publics.

Extrait de la déclaration écrite du ministère de la Défense nationale

Or, ce que ne dit pas la Défense nationale, c'est que les taxes ne représentent en réalité qu'une fraction de l'écart auquel en arrive le DPB.

Les navires de guerre qui seront construits au chantier naval Irving à Halifax doivent remplacer les frégates actuelles et les destroyers qui sont maintenant hors service. Leur acquisition vise à permettre au Canada de continuer à surveiller et à défendre ses eaux et d’apporter des contributions importantes aux opérations navales internationales.

Une photo d'une maquette d'un navire militaire est exposée au kiosque du chantier naval Irving dans le cadre du salon CANSEC

Une maquette d'un navire militaire exposée au kiosque du chantier naval Irving dans le cadre du salon CANSEC

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

De 26 à 70 milliards pour 15 navires

Comment a-t-on pu en arriver à un écart de 44 milliards de dollars en 10 ans?

Ce constat du directeur parlementaire du budget soulève à nouveau des questions sur la capacité d’Ottawa d’évaluer les coûts réels de ses projets et de ses programmes.

Un rapport confidentiel commandé par le Conseil du Trésor et obtenu par Radio-Canada en décembre 2017 dévoilait un portrait inquiétant de la capacité des ministères fédéraux à fournir des projections de coûts fiables.

Une photo de la page couverture du rapport de la firme Qinetiq commandé par le gouvernement fédéral pour mesurer la capacité des ministères à évaluer les projets.

Page couverture du rapport de la firme Qinetiq commandé par le gouvernement fédéral pour mesurer la capacité des ministères à évaluer les projets.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

L’analyse de la firme britannique Qinetiq révélait une longue liste de lacunes : « manque d’expertise », « manque d’outils », « échéanciers basés sur des hypothèses trop optimistes », « analyses de coûts ne [considérant] pas suffisamment les risques ».

Des résultats d’autant plus préoccupants qu’ils portaient principalement sur les quatre ministères ayant les plus gros budgets, dont la Défense nationale, ainsi que Services publics et Approvisionnement Canada.

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