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Frappes contre l'Iran : Trump dit s'être ravisé pour éviter 150 morts

Donald Trump, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, jeudi, lors de la visite du premier ministre canadien Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Donald Trump se dit prêt à parler à l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, ou au président Hassan Rohani, et ce, sans condition préalable, après la destruction par Téhéran d'un drone de la marine américaine, près du détroit d'Ormuz.

Le président américain, qui avait vivement réagi jeudi avant de baisser le ton, affirme notamment avoir envisagé des frappes contre des installations iraniennes en représailles, avant de se raviser à la dernière minute, en raison des possibles pertes humaines qu'elles auraient pu entraîner.

Nous étions armés [pour] répliquer hier soir contre trois sites différents quand j'ai demandé combien de personnes auraient pu mourir. 150, Monsieur, a été la réponse d'un général, a-t-il écrit vendredi avant-midi sur son compte Twitter.

10 minutes avant la frappe, je l'ai arrêtée. [C'était] disproportionné par rapport à un drone sans pilote abattu, a-t-il ajouté, confirmant du même coup des informations d'abord publiées par le New York Times.

Je ne suis pas pressé [...] Les sanctions font mal et d'autres se sont ajoutées la nuit dernière, a encore dit le président américain, avant de répéter que les États-Unis ne permettront jamais à la République islamique de se doter de l'arme nucléaire.

Citant des sources au sein de l'administration Trump, le New York Times avait révélé quelques heures plus tôt que M. Trump avait approuvé des frappes contre diverses cibles iraniennes, dont des radars ou des batteries de missiles.

Selon le quotidien, il aurait finalement changé d'avis alors que les avions de chasse avaient décollé et que les navires de guerre s'étaient mis en position. Aucun missile n'a finalement été tiré.

De tweets impulsifs en discours officiels

M. Trump a profité de l'occasion pour défendre une fois de plus sa décision de retirer les États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien qu'avait accepté son prédécesseur, Barack Obama.

« J'ai dit que je voulais sortir de ces guerres sans fin, j'ai fait campagne là-dessus », rappelait-il encore jeudi dans le bureau ovale.

Mais après avoir promis « le feu et la colère » à la Corée du Nord, il a menacé l'Iran de destruction pure et simple. « Si l'Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l'Iran. Plus jamais de menaces à l'encontre des États-Unis! », avait-il tweeté à la mi-mai.

Une stratégie en rupture avec celle de ses prédécesseurs qui, couplée à une hausse du budget militaire, pourrait contraindre les ennemis de l'Amérique à négocier pour de bon. Certains observateurs et nombre d'opposants politiques s'inquiètent des risques de dérapage.

Le président n'a peut-être pas l'intention d'entrer en guerre, mais nous craignons qu'il ne bascule par maladresse dans la guerre, soulignait jeudi le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

La présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, s'est réjouie du fait que M. Trump a changé d'avis, puisque les dommages collatéraux d'une telle frappe auraient été provocants. Elle a demandé au président d'obtenir l'approbation du Congrès avant toute action militaire contre Téhéran.

Les craintes d'un affrontement direct entre Washington et Téhéran ont été ravivées jeudi après la destruction d'un drone américain qui se trouvait selon lui dans son espace aérien, près du détroit d'Ormuz, ce que contestent les États-Unis.

Au cours des dernières semaines, six pétroliers ont été attaqués dans ce secteur hautement stratégique pour le transport de pétrole. Les États-Unis croient que l'Iran en est responsable.

Brian Hook, en conférence de presse, devant un portrait du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

L'Iran « doit répondre à la diplomatie par la diplomatie, pas par la force », a déclaré vendredi l'envoyé spécial des États-Unis pour l'Iran, Brian Hook, lors d'une visite en Arabie saoudite. L'Iran « répond à la diplomatie par la diplomatie, et à la guerre par une défense ferme », lui a répondu sur Twitter le porte-parole de la diplomatie iranienne, Abbas Mousavi.

Photo : Getty Images / AFP/FAYEZ NURELDINE

Alors qu'ils baissaient jeudi en début de journée, les cours du pétrole sont repartis à la hausse en raison de ce développement : le Brent a repassé le seuil des 65 $ US et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) est remonté au-dessus de 58 $ US, des sommets depuis trois semaines.

Le WTI s'achemine ainsi vers un bond de près de 9 % sur la semaine, sa plus forte hausse sur une semaine depuis novembre 2016, en grande partie en raison des tensions géopolitiques.

Un message de Trump aux Iraniens?

Selon des sources gouvernementales iraniennes de l'agence Reuters, le président Trump a fait parvenir dans la nuit de jeudi à vendredi un message aux autorités iraniennes pour les informer de l'imminence d'une attaque tout en leur faisant part de sa volonté de dialoguer.

Dans son message, Trump dit qu'il est contre une guerre avec l'Iran et qu'il veut discuter avec Téhéran de plusieurs sujets. [...] Il a donné un court délai pour qu'une réponse lui soit donnée, mais dans l'immédiat, notre réponse, c'est qu'il revient à notre guide suprême de se prononcer, a dit l'une d'elles.

Nous avons clairement indiqué que le guide est contre toute discussion, mais le message lui sera transmis pour qu'il prenne une décision, a dit la seconde source.

Nous avons toutefois prévenu le responsable d'Oman [qui a transmis le message américain] que toute attaque contre l'Iran aurait des conséquences régionales et internationales.

Une source gouvernementale iranienne à l'agence Reuters

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le ministre adjoint des Affaires étrangères de l'Iran, Abbas Araghchi, a contacté par téléphone l'ambassadeur de Suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains dans le pays, pour protester énergiquement contre les agissements américains.

Il y avait des preuves "irréfutables" de ce que le drone avait violé l'espace aérien iranien, indique le communiqué de la diplomatie iranienne. Des débris du drone ont même été retrouvés dans les eaux territoriales de l'Iran, a déclaré M. Araghchi à l'ambassadeur Markus Leitner.

Le diplomate iranien a répété que l'Iran ne cherche pas la guerre et a mis en garde les forces américaines contre toute mesure inconsidérée dans la région, ajoutant que l'Iran défendrait résolument son territoire contre toute agression.

L'Iran dit avoir lancé un avertissement 10 minutes avant le tir

Le chef de la force aérienne des Gardiens de la révolution, armée idéologique du régime, affirme pour sa part que l'Iran a lancé deux avertissements avant d'abattre le drone américain RQ-4A.

Il a fait cette déclaration lors d'une entrevue à la télévision d'État iranienne réalisée près de débris métalliques présentés comme étant ceux du drone abattu.

Le général de brigade Amirali Hajizadeh regarde des débris métalliques.

La télévision d'État iranienne a présenté vendredi des images montrant, selon elle, des débris du drone américain abattu. Ils ont été « repêchés par les bateaux des forces navales », a soutenu le général Amirali Hajizadeh.

Photo : La Presse canadienne / AP/Meghdad Madadi

À deux reprises, on lui a envoyé des avertissements. [...] Cet avion possède un système qui lui permet de relayer à un système central propre les signaux et les informations qu'il reçoit.

Le général de brigade Amirali Hajizadeh, à la télévision d'État iranienne

Malheureusement, étant donné qu'ils n'ont pas répondu et que, pour une dernière fois, un appel a été lancé par l'armée de la République islamique à 3 h 55, et vu qu'ils n'ont pas cessé de s'approcher et n'ont pas dévié de leur trajectoire, à 4 h 5, on a été obligé de l'abattre, a-t-il dit.

Cité par l'agence de presse Tasnim, le général Hajizadeh a aussi soutenu que l'Iran s'est abstenu d'abattre un avion américain de patrouille maritime P-8 avec 35 personnes à son bord, qui accompagnait le drone détruit. Nous aurions pu l'abattre, nous ne l'avons pas fait, a-t-il dit.

Certaines compagnies évitent partiellement l'espace aérien iranien

Certaines compagnies aériennes mondiales ont décidé vendredi d'éviter l'espace aérien contrôlé par l'Iran au-dessus du détroit d'Ormuz et le golfe d'Oman, dans la foulée d'une décision prise la veille par la direction de l'aviation civile des États-Unis.

Dans une note d'urgence diffusée jeudi soir, la Federal Aviation Administration (FAA) a interdit aux compagnies aériennes américaines de survoler la zone, en raison de l'attaque iranienne sur le drone américain.

Quelques heures auparavant, la compagnie américaine United Airlines avait déjà suspendu ses vols entre l'aéroport de Newark, dans le New Jersey, et Mumbai, en Inde, après une étude de sécurité.

British Airways (groupe IAG), la compagnie allemande Lufthansa, Malaysia Airlines, la compagnie australienne Qantas Airways, Singapore Airlines et KLM (groupe Air France-KLM) ont annoncé le détournement de leurs vols pour éviter la zone.

Les avions d'Air France ne survolent habituellement pas le détroit d'Ormuz, a pour sa part déclaré une porte-parole d'Air France-KLM.

Air France analyse en continu les zones de survol pouvant présenter un risque avec les autorités françaises et les autorités régionales, partout dans le monde, a-t-elle souligné. Cette analyse permet d'adapter les plans de vol en conséquence afin de garantir le plus haut niveau de sécurité de ses vols.

Air Canada n'exclut pas que certains de ses appareils passent au-dessus de la zone. Selon les conditions météorologiques ou les plans de vols, il se peut qu’à l’occasion nos vols traversent une partie de cet espace aérien, a indiqué une porte-parole, Isabelle Arthur, dans un courriel transmis à Radio-Canada.

Jeudi, deux autres compagnies américaines, American Airlines et Delta Air Lines, ont dit qu'elles cessaient de survoler l'Iran. Les compagnies japonaises Japan Airlines et ANA Holdings ont fait de même.

En juillet 2014, le vol MH17 de Malaysia Airlines a été abattu par un tir de missile au-dessus de l'Ukraine, incitant les compagnies à prendre des mesures supplémentaires pour protéger leurs vols.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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