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Doug Ford cherche à calmer la population ontarienne, mais aussi ses propres députés

Doug Ford, vu de dos.

L'impopularité du gouvernement de Doug Ford a été l'une des raisons du remaniement annoncé.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Christian Noël

Analyse - Un ministre des Finances rétrogradé à peine 70 jours après avoir déposé son premier budget; la moitié des ministres actuels qui changent de poste; sept simples députés qui accèdent au Cabinet : le premier ministre de l'Ontario essaie de redonner un nouvel élan à son gouvernement impopulaire. Mais pour que la relance soit complète, Doug Ford devra également rajuster le tir au sein de sa garde rapprochée.

Il n’y a pas si longtemps, Doug Ford affirmait avoir « le meilleur Conseil des ministres de l’histoire de la province ». Deux semaines plus tard, des gros canons de son Cabinet font les frais d’un remaniement que certains conseillers conservateurs ont qualifié de « bain de sang ».

Un ministre sur deux change de portefeuille. Difficile d’imaginer que c’est une marque de confiance, tant à l'égard de son équipe que de la direction de son gouvernement.

Doug Ford a décidé de rebrasser les cartes pour deux raisons. D'abord, il essaie de limiter les dégâts dans les dossiers impopulaires qui le talonnent depuis plusieurs mois. Ensuite, il essaie de calmer un caucus de plus en plus mécontent.

Calmer la grogne populaire

Les compressions du budget, les coupes dans les services aux enfants autistes, les mises à pied en éducation : trois dossiers chauds qui sont maintenant la responsabilité de trois nouveaux ministres.

Éducation : les enseignants sont en colère en raison des mises à pied annoncées par le gouvernement. Ils sont sur le point d’entreprendre des négociations syndicales pour renouveler leur convention collective. Changer de ministre à ce moment-ci aide à désamorcer les tensions et, peut-être, à repartir sur un meilleur pied.

Autisme : la ministre responsable Lisa McLeod s’est rapidement fait des ennemis chez les parents d’enfants autistes et parmi les intervenants du milieu. Elle est visée par une campagne de dénigrement assez intense dans les médias sociaux. Doug Ford avait besoin d’un pompier pour éteindre ce feu, si possible.

Budget : Doug Ford s’est fait huer copieusement à trois reprises depuis le dépôt du budget au printemps. En rétrogradant son ministre des Finances, à peine 70 jours plus tard (du jamais-vu!), difficile de ne pas considérer Vic Fedeli comme un bouc émissaire qui porte le blâme de l’impopularité du budget. Les défenseurs de M. Fedeli indiquent que c’est hypocrite d’agir ainsi, puisque le contenu du budget était en grande partie dicté par le bureau du premier ministre.

« Doug Ford punit ses ministres pour camoufler ses propres erreurs, a lancé la chef de l'opposition officielle, la néo-démocrate Andrea Horwath. C'est lui qui a ordonné les compressions et les mises à pied en santé et en éducation. »

Et c’est peut-être ici que se trouve le noeud du problème pour le gouvernement Ford, qui veut tout contrôler : peut-être que les décisions du premier ministre sont impopulaires en elles-mêmes, et non en raison des ministres qui sont responsables de les communiquer. Tuer, ou remanier, le messager ne modifie pas le message lui-même.

Calmer le caucus mécontent

Doug Ford, qui vantait son Cabinet minceur de 20 ministres il y a à peine un an, vient d’ajouter 7 nouveaux sièges autour de la table. Afin de récompenser sept simples députés qui l’ont impressionné durant la première année.

Ce n’est pas un hasard si la cure minceur prend fin en ce moment. Le caucus conservateur est de plus en plus mécontent du bureau du premier ministre et nourrit une colère grandissante envers son chef de cabinet Dean French, qui mène les troupes avec une poigne de fer.

Ovations debout obligatoires durant la période des questions; campagne de politique partisane concertée sur Twitter dictée par le chef; abus verbaux lors des rencontres du caucus; une députée a même fondu en larmes il y a deux semaines, après avoir été fortement réprimandée par Dean French en public, en présence du premier ministre.

Bref, des députés conservateurs, à qui on demande d’obéir aveuglément aux ordres, trouvent qu’il y a trop d’inconvénients et pas suffisamment de récompenses.

En nommant sept nouveaux députés au Conseil des ministres, Doug Ford sème un peu d’espoir, démontre que la loyauté est récompensée et achète le calme, du moins pour un temps.

Caroline Mulroney

Un mot, en terminant, sur Caroline Mulroney, qui perd le poste de procureur générale pour devenir ministre des Transports. Certains y voient une rétrogradation. Dans les faits, c’est plutôt un mouvement latéral pour elle.

Plusieurs alliés de Mme Mulroney au sein du Parti conservateur pensaient que ses talents de gestionnaire étaient gaspillés dans un ministère qui nécessite surtout une capacité de superviser et de déléguer.

En tant que procureur générale, elle se retrouvait souvent en situation difficile, afin de défendre les décisions prises par le bureau du premier ministre : l’utilisation de la disposition de dérogation, les coupes à l’aide juridique, ou encore le recours juridique contre la taxe carbone fédérale.

Maintenant aux Transports, elle hérite d’un ministère à vocation économique, qui l’amènera aux quatre coins de la province pour distribuer des chèques et agrandir son réseau de contacts. D’ailleurs, elle est en bonne compagnie : seulement trois femmes ont occupé ce poste de ministre en Ontario. L’une d’entre elles, Kathleen Wynne, est ensuite devenue première ministre.

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