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analyse

Bilan Trudeau : quatre mois pour dissiper les nuages

Gros plan de Justin Trudeau qui lève la main gauche en regardant au loin.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau dispose de quatre mois pour tenter de convaincre les Canadiens.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Des nuages gris couvraient le ciel et une fine pluie tombait jeudi sur Ottawa au dernier jour de la session parlementaire. Dans les rues près de la Colline, on y croisait des députés cernés, un peu bourrus, tirant leur grosse valise pour rentrer dans leur coin de pays. On ne ressentait pas vraiment l’esprit joyeux un peu fou des vacances tant attendues.

Les députés savaient que le répit serait de courte durée : il faudra vite qu’ils se remettent au boulot s’ils espèrent gagner à nouveau leur siège.

Tout un contraste avec le soleil radieux qui inondait les jardins de Rideau Hall il y a quatre ans pour l’assermentation de son cabinet. Justin Trudeau y remontait l’allée avec la démarche légère de celui qui ne portait pas encore sur ses épaules le poids de ses erreurs.

Car gouverner, c’est nécessairement se tromper. Parfois. Suffit de ne pas faire trop de bourdes sur les choses qui comptent.

Si Justin Trudeau sépare une feuille de papier en deux pour y faire la liste de ses bons et de ses moins bons coups, il aura plusieurs promesses remplies à mettre dans la colonne des réalisations. Allocation pour enfants, baisse d’impôt pour la classe moyenne, légalisation de la marijuana, refonte du processus d’évaluation environnementale, cabinet paritaire…

Dans la colonne des échecs, il aura quelques promesses non tenues : réforme du mode de scrutin, équilibre budgétaire, diminution des subventions aux énergies fossiles...

Mais un mandat ne se résume pas qu’aux promesses qu’un gouvernement a remplies. Il doit aussi savoir s’adapter aux imprévus.

Dans cette optique, Justin Trudeau pourrait écrire les lettres ALENA dans la catégorie des bons coups. Les libéraux ont dû renégocier l’accord de libre-échange avec un interlocuteur impulsif et ils ont su naviguer en eaux troubles avec sang-froid.

Climat orageux

Mais ils n’ont pas su gérer toutes les surprises. Et celles qui ont été les plus dommageables sont bizarrement toutes des blessures auto-infligées.

Dans cette liste peu reluisante, le drame SNC-Lavalin doit figurer en caractère gras souligné trois fois, avec de petites lumières qui clignotent. Qui aurait cru que l’affaire aurait fait tant de dommages? La petite bombe politique s’est révélée un explosif puissant qui a créé un gouffre dans l’équipe Trudeau.

Deux ministres, un conseiller principal et un greffier du conseil privé plus tard, on a du mal à comprendre comment le scandale a pu traîner aussi longtemps.

À cela, Justin Trudeau doit ajouter ses vacances sur l’île privée de l’Aga Khan, qui lui ont valu un blâme du commissariat à l’éthique.

Il doit également inscrire un autre voyage qu’il aurait préféré oublier : celui en Inde, où ses tenues flamboyantes ont cristallisé dans l’esprit de plusieurs la perception que le premier ministre misait sur les apparences plutôt que sur le contenu.

Trois bévues que les libéraux portent en fardeau, trois égratignures qu’ils ont infligées eux-mêmes à l’image de marque de leur parti.

Ce n’est ni Andrew Scheer, ni Jagmeet Singh, ni Yves-François Blanchet qui ont asséné les coups les plus durs au gouvernement. Ce sont les libéraux eux-mêmes qui l’ont fait. Et Justin Trudeau n’a pas su, dans ces cas-là, mettre rapidement un pansement sur la blessure.

Si l’heure est encore au bilan à Ottawa, il faudra bientôt se tourner vers l’avant et regarder les mois à venir. Justin Trudeau et son équipe ont devant eux tout un défi : trouver comment convaincre les électeurs de leur faire à nouveau confiance. Pour l’instant, ils n’ont pas encore trouvé la raison ou le projet porteur susceptible de faire tourner le vent de changement qui souffle actuellement en faveur des conservateurs.

Agiter le spectre d’un retour aux années Harper ne sera probablement pas suffisant.

Il leur reste quatre mois pour dissiper les nuages.

Fannie Olivier est correspondante parlementaire et analyste politique à Ottawa

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