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Forcés de mentir : des Winnipégois handicapés dénoncent le fonctionnement de Transit Plus

En 1979, l'incendie d'un train transportant des produits dangereux a forcé l'évacuation des résidents de Mississauga, en Ontario.

Gavin Boutroy

Des Winnipégois à mobilité réduite, qui dépendent des transports, dénoncent le système de priorisation des trajets. Certains affirment devoir mentir pour accomplir des excursions jugées non essentielles comme faire des courses, faire du bénévolat ou passer du temps avec leurs amis.

Leur priorité à eux m’importe peu. Je fais quelque chose, c’est une priorité pour moi, déclare le résident de Saint-James, Ed Hector.

L’homme de 71 ans sort rarement l’hiver à moins d’avoir recours au service Winnipeg Transit Plus de la Ville. Il a rapidement constaté que le recours au mensonge est courant pour les usagers de ce service.

S’il dit ne jamais avoir menti pour obtenir un déplacement, il affirme qu’il a dû annuler ses billets pour aller voir l’équipe de hockey, les Manitoba Moose. C’était trop compliqué, se contente-t-il d'énoncer à propos de son besoin d’être régulièrement véhiculé par la ville pour se rendre aux matchs de hockey.

Trois degrés de priorité pour la Ville

Lorsque des personnes handicapées appellent pour réserver un trajet avec la Transit Plus, les agents du service à la clientèle de la Ville leur demandent où elles vont et le but de leur déplacement. Le trajet est alors placé dans l’une des trois catégories suivantes :

  • Priorité 1 : trajets pour travail rémunéré à temps plein, rendez-vous médicaux, thérapie ou transport vers un aéroport ou un terminal de bus.
  • Priorité 2 : trajets pour des achats essentiels (dont les épiceries et les pharmacies), cours de développement personnel, services bancaires et juridiques, activités nécessitant l'achat de billets, services religieux et bénévolat.
  • Priorité 3 : excursions pour les loisirs ou le sport, activités de bien-être (comme aller chez le coiffeur) et achats non essentiels.

Selon la priorité de l’activité, le véhicule de la Winnipeg Transit Plus sera envoyé plus ou moins rapidement.

Un système foncièrement discriminatoire

L’avocat torontois David Lepofsky qui a un trouble de la vue a amené la Commission du transport de Toronto devant les tribunaux et a obtenu la mise en place d'annonces sonores pour les arrêts de bus et de métro.

Il affirme qu’un système qui force ses usagers à mentir témoigne du caractère foncièrement discriminatoire de ce dernier.

Aux États-Unis, la Loi Americans with Disabilities Act, interdit aux services de transport de personnes à mobilité réduite de prioriser les trajets.

Pas d'autre option

Une autre usagère de longue date, Samantha Smith, dit parfois recourir au mensonge. Si elle ressent une certaine culpabilité, elle affirme qu’elle n’a pas d’autre option.

Une femme dans la quarantaine avec une casquette.

Samantha Smith

Photo : Radio-Canada / Gary Solilak

Elle a menti pour pouvoir faire du bénévolat, et dit avoir dû vigoureusement défendre l’importance d’aller offrir des soins à sa grand-mère, après le décès de son grand-père.

La femme de 42 ans a un trouble et de la difficulté à coordonner les muscles du côté droit de son corps. Après une mauvaise chute dans les années 1990, son chirurgien a recommandé qu’elle s’en tienne au service naguère appelé Handi-Transit pour éviter de se blesser à nouveau.

Des centaines de milliers de voyages par année

Selon les données de l’Hôtel de Ville, Winnipeg Transit Plus a reçu plus de 538 000 demandes de déplacements en 2018. La ville indique qu’elle n’a pas pu satisfaire 7907 (1,5 pour cent) de ces requêtes.

Cependant, plus de 75 000 trajets ont été annulés par les demandeurs, car la ville n’était pas en mesure d'offrir un aller-retour

La gestionnaire des services aux clients de la Winnipeg Transit, qui est responsable d’envoyer les entrepreneurs privés qui offrent le service Transit Plus, Josie Fernandes, indique que la ville n’a aucune manière de vérifier la véracité des dires des usagers, et qu’elle ne veut pas le faire.

Selon elle, il s’agit d’un régime de confiance.

De son côté, l'Hôtel de Ville revoit le système de priorité de la Winnipeg Transit Plus dans le cadre de l’élaboration du Plan directeur du transport en commun de Winnipeg. Son dévoilement est prévu pour l’an prochain.

Avec les information de Laura Glowacki

Manitoba

Transports