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Épuisement des infirmières : la FIQ réclame l’ajout de 8000 postes

Une civière dans un couloir d'hôpital.

On compte environ 75 000 infirmières et 29 000 infirmières auxiliaires au Québec. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec plaide pour l'ajout de 8000 postes.

Photo : Radio-Canada

Davide Gentile

Les témoignages d'infirmières épuisées et les constats tirés des projets pilotes visant à réduire leur charge de travail ont conduit la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) à une conclusion : pour améliorer la situation, il faudra embaucher 8000 infirmières et infirmières auxiliaires d'ici cinq ans, un investissement d'environ 600 millions de dollars.

Au début de l'année 2018, de nombreux récits d'épuisement avaient mené la FIQ et le gouvernement libéral de l'époque à convenir de projets pilotes sur des ratios patients/infirmière moins élevés.

L'Hôpital général du Lakeshore fait partie de ces 17 projets ratios lancés dans plusieurs régions du Québec.

À l'unité de soins médicaux du quatrième étage de l'établissement, à Pointe-Claire, se trouvent 46 patients. Les employés sourient et semblent détendus. Depuis 10 mois, 25 infirmières se partagent les quarts de travail, soit 6 de plus qu’auparavant.

« On peut donner des soins plus sécuritaires et de meilleure qualité », dit Johanne Riendeau, présidente de la FIQ pour le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

Un ajout de personnel qui aurait permis de réduire la surcharge et le taux d'absentéisme, et d'augmenter la qualité des soins.

Les familles ont beaucoup de questions et là, on a le temps de les rassurer. Avant, avec la surcharge de travail, on ne pouvait pas.

Johanne Riendeau, présidente de la FIQ pour le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal

Selon l'infirmière, les autres départements de l'hôpital souhaitent aussi voir les effectifs infirmiers augmenter.

Johanne Riendeau est assise à l'extérieur devant des arbres.

Johanne Riendeau est la présidente de la FIQ pour le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal

Photo : Radio-Canada

Des ajouts déterminés par Québec et la FIQ

Établis conjointement par Québec, la FIQ et la CSQ, ces projets ratios doivent diminuer la surcharge de travail et améliorer la qualité des services. À ce jour, 14 des 17 projets sont terminés. Quatre d’entre eux ont eu lieu en CHSLD, secteur où la surcharge de travail est courante.

« Cela démontre qu'il faut 40 % de plus de professionnelles en soins dans les CHSLD », affirme Nancy Bédard, présidente de la FIQ.

Les augmentations de personnel souhaitées dans les hôpitaux seraient d'environ 35 %. Il reste à déterminer quels seraient les ajouts souhaitables dans les autres secteurs, comme les urgences.

Pour la FIQ, il n’y a aucun doute. Les résultats permettent d'évaluer les besoins d'embauche pour l'ensemble du réseau.

On parle d'environ 8000 ou 8500 professionnelles en soins de plus. On pense qu'en cinq ans, c'est possible.

Nancy Bédard, présidente de la FIQ
L'Hôpital général du Lakeshore de Pointe-Claire, vu de face.

L'Hôpital général du Lakeshore de Pointe-Claire fait partie des 17 projets ratios lancés en 2018 dans plusieurs régions du Québec par le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Il s’agirait d’une augmentation importante, puisque l'on compte environ 75 000 infirmières et 29 000 infirmières auxiliaires au Québec. « C'est environ 600 millions de dollars sur cinq ans, donc à peu près 120 millions de dollars par année », évalue-t-elle.

Selon Mme Bédard, investir pour augmenter les effectifs pourrait diminuer l'épuisement des infirmières. « Les congés de maladie ponctuels sont presque tombés à zéro pendant les projets ratios, parce que les gens sont moins essoufflés », constate-t-elle.

On observerait aussi une baisse du nombre d'accidents de travail et d’invalidités prolongées. La qualité des soins serait aussi nettement améliorée.

Avec la surcharge de travail, il y a, par exemple, des erreurs de médicaments et de plaies de pression.

Nancy Bédard, présidente de la FIQ

Selon elle, augmenter les effectifs pourrait éventuellement être rentable si on réduit par exemple le nombre de médicaments prescrits.

Une loi d’ici la fin de l’année?

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Nancy Bédard, en gros plan.

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Nancy Bédard, pense que l'ajout de 8000 infirmières représente un coût de 600 millions de dollars sur cinq ans.

Photo : Radio-Canada

La FIQ martèle que le gouvernement du Québec doit légiférer pour préciser le nombre d'infirmières par patient, et ce, pour tout le réseau.

« Si la ministre de la Santé commence à légiférer cet été, les établissements auraient de trois à quatre ans pour planifier l'augmentation de la main-d'œuvre », indique Mme Bédard.

Un comité auquel siègent le ministère de la Santé et des Services sociaux et les syndicats devrait présenter ses conclusions au cours des prochaines semaines.

Nancy Bédard pense que Québec peut trouver les 600 millions de dollars nécessaires à ce virage. « Pour les médecins, ils en ont encore annoncé beaucoup récemment. Je pense que c'est simplement une question de volonté politique », estime-t-elle.

La FIQ pose un premier geste dans la partie d'échecs qui va démarrer au cours des prochains mois. Les conventions collectives dans le secteur public seront échues en 2020.

Un porte-parole du cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, précise que celle-ci entend réserver ses commentaires pour l’automne, « lorsque tous les projets pilotes seront terminés et que nous en aurons fait l’analyse ».

Avec la collaboration de Daniel Boily

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