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analyse

Trudeau et Trump à Washington : rencontre entre des alliés de circonstance

Ils se serrent la main.

Donald Trump et Justin Trudeau ont rencontré les médias à l'issue de leur rencontre bilatérale lors du G7 tenu à La Malbaie.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Raphaël Bouvier-Auclair

Leur relation a été mise à mal au cours de la dernière année, mais tant Justin Trudeau que Donald Trump ont avantage à ce que leur tête-à-tête de jeudi à la Maison-Blanche soit fructueux.

« Justin a accepté de couper tous les tarifs douaniers entre le Canada et les États-Unis! »

Il y a près d’un an, dans une petite salle du Manoir Richelieu, le président Trump s’était permis cette blague.

Les rires n’ont duré qu’un temps… Au lendemain de cette rencontre, Donald Trump a quitté Charlevoix, en retirant sa signature du communiqué final du sommet. Mécontent des critiques de Justin Trudeau sur les tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium, il a au passage qualifié le premier ministre canadien de faible et malhonnête.

Depuis, Donald Trump et Justin Trudeau se sont parlé une dizaine de fois au téléphone et se sont croisés dans des sommets internationaux. Ils ont même signé, côte à côte, un nouvel accord de libre-échange. Mais le rendez-vous de La Malbaie a été la dernière rencontre bilatérale officielle entre les deux dirigeants.

Ce midi, ce sont des alliés de circonstance qui se retrouveront à la Maison-Blanche.

Maintenant que les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium canadien ont été levés, Trudeau et Trump souhaitent une ratification rapide de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), la nouvelle mouture de l’ALENA.

Le premier ministre sera après tout en campagne électorale au cours des prochains mois et aimerait que le sort de l’accord soit scellé.

Dans le cas du président, l’élection n’est que dans environ un an et demi, mais il vient d’annoncer son intention de briguer un deuxième mandat. Dans son annonce, mardi, il a fait référence à la nouvelle entente de libre-échange. Une fois ratifié, cet accord serait une réalisation concrète à présenter à ses électeurs, notamment ceux qui, dans le secteur agricole, subissent les contrecoups du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine.

Les présidents mexicain et américain montrent le document.

Le premier ministre Justin Trudeau participe à une cérémonie de signature du nouvel ALENA avec le président Donald Trump et le président Enrique Peña Nieto, à Buenos Aires, en Argentine

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Si, au Canada, la ratification prochaine de l’accord fait peu de doutes, aux États-Unis, le scénario est différent. Le texte est entre les mains du Congrès, où les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants, ont fait part de plusieurs doutes, notamment pour ce qui est des normes du travail et de l’environnement.

Or, depuis quelques semaines, le dialogue entre la Maison-Blanche et les démocrates est très difficile, ce qui se fait sentir sur le plan législatif.

Après son tête-à-tête avec le président Trump, Justin Trudeau se rendra au Capitole pour une rencontre avec la démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre. Donald Trump a tout intérêt à ce que le premier ministre canadien, qui a souvent vanté les mérites du « commerce progressiste », tente de la convaincre des bienfaits de l’ACEUM.

Pression des États-Unis sur la Chine?

Donald Trump, qui lève la main en guise de salutation, et Xi Jinping marche sur une scène devant une foule. Derrière sont accrochés les drapeaux des États-Unis et de la Chine.

Le président américain Donald Trump et son homologue chinois, Xi Jinping, lors d'une rencontre à Pékin, en novembre 2017.

Photo : Reuters / Damir Sagolj

Pour Ottawa, c’est surtout dans le dossier des relations houleuses avec Pékin que l’allié américain pourrait se montrer particulièrement utile.

C’est après tout à la demande de Washington que le gouvernement canadien a procédé à l’arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei. Un épisode qui a mené à l’arrestation de deux Canadiens en sol chinois et à des représailles commerciales de la part de Pékin.

Dans le cadre d’une entrevue avec Reuters, l’an dernier, le président Trump s’était dit ouvert à annuler l’extradition de la femme d’affaires vers les États-Unis si cela pouvait contribuer à une entente commerciale entre Washington et Pékin.

Récemment des élus et membres de l’administration se sont montrés solidaires du Canada dans ce dossier. Quel rôle le président lui-même pourrait-il jouer pour dénouer l’impasse? De passage à Washington la semaine dernière, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland s’est bien gardée de répondre à cette question.

Dans le contexte où les contacts sont difficiles entre Ottawa et Pékin, le président Trump, qui vante régulièrement sa bonne relation avec le président chinois Xi Jinping, pourrait à tout le moins contribuer à établir une conversation. Surtout que les dirigeants chinois, américain et canadien se retrouveront tous au Japon, dans une dizaine de jours, au sommet du G20.

Plus que la température élevée qui règne dans la capitale américaine depuis plusieurs jours, ce sont les impératifs électoraux de part et d’autre de la frontière qui permettront peut-être un réchauffement des relations entre Ottawa et Washington.

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