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Accoucher loin de chez soi parce qu'un chirurgien ne fait pas de césariennes

Cynthia Théberge, de La Pocatière, ne sait pas si elle pourra accoucher dans sa ville, ou si elle devra se rendre à Rivière-du-Loup ou Montmagny.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté / Fay Sckoropad

Ariane Perron-Langlois

Des femmes du Kamouraska devront prendre la route pour accoucher au cours des prochains jours, parce que le chirurgien dépanneur qui assurera la garde à l’hôpital de La Pocatière ne fait pas de césariennes.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent confirme qu'il a trouvé un chirurgien pour assurer la garde à l'hôpital Notre-Dame-de-Fatima entre le 21 et le 28 juin, mais que celui-ci ne fait pas de césariennes, ce qui entraîne une rupture de service en obstétrique.

À cela pourrait s'ajouter une interruption de service complète en chirurgie du 29 juin au 1er juillet, si le CISSS ne trouve pas de médecin dépanneur d'ici là.

Cette situation occasionne un stress supplémentaire pour des femmes comme Cynthia Théberge, de La Pocatière. À 39 semaines de grossesse, elle ne sait pas si elle pourra accoucher dans sa ville, ou si elle devra faire 45 minutes de route jusqu'à Rivière-du-Loup ou Montmagny.

Cynthia ThébergeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'absence d'un chirurgien qui peut faire des césariennes à La Pocatière à la fin juin inquiète Cynthia Théberge.

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Ça ne devrait juste pas avoir lieu. C'est aussi se sentir mis de côté. Comme si : "on est en région, c'est pas grave. Il y en a moins des grossesses en région, on peut les transférer". Moi je vois ça, comme si je me fais mettre de côté complètement.

Cynthia Théberge

Une nouvelle orientation?

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) défend la décision de certains chirurgiens de ne pas faire de césariennes.

La FMSQ explique que les césariennes ne font plus partie de la formation des chirurgiens généraux depuis une dizaine d'années, et affirme qu'on ne peut forcer un chirurgien à suivre la spécialisation de quatre semaines pour pouvoir faire la procédure.

Appelée à réagir, la présidente-directrice générale du CISSS du Bas-Saint-Laurent, Isabelle Malo, indique que le fait que les chirurgiens qui font du dépannage en région n’aient plus à faire de césariennes semble une nouvelle orientation.

C'est très particulier à la pratique en région, là où on n'a pas de gynécologue obstétricien. De venir dire que ce n'est plus une obligation, et que ce n'est plus un requis dans la pratique, pour nous, c'est un élément nouveau, explique Mme Malo.

On prend acte, on peut ne pas être d'accord. Mais on va chercher des solutions et on va surtout chercher des chirurgiens qui veulent faire de l'obstétrique.

Isabelle Malo, PDG du CISSS du Bas-Saint-Laurent

Il n’est pas exclu que le refus de chirurgiens dépanneurs de faire des césariennes occasionne des ruptures de services en obstétrique dans d’autres petits hôpitaux de la province, selon le CISSS du Bas-Saint-Laurent.

Au Bas-Saint-Laurent, seuls les hôpitaux de Rimouski et de Rivière-du-Loup ont des obstétriciens-gynécologues sur place. Ils en comptent respectivement huit et cinq. Dans tous les autres centres, ce sont des chirurgiens généraux qui font les césariennes.

Carte des césariennes réalisées par des obstétriciens-gynécologues et chirurgiens généraux sur le territoire du CISSS Bas-Saint-Laurent.

Carte des césariennes réalisées par des obstétriciens-gynécologues et chirurgiens généraux sur le territoire du CISSS Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

La médecin de famille Lucile Martin, qui est responsable du Groupe de médecine familiale (GMF) du Kamouraska, soutient que la meilleure solution pour assurer le service d’obstétrique dans les petits hôpitaux est un chirurgien capable de faire des césariennes.

Dans les petits milieux, on n'a pas de gynécologue à temps plein. C'est difficile d'imaginer qu'on va avoir un gynécologue qui va pouvoir être disponible en même temps qu'un chirurgien. Ça veut dire deux spécialistes, explique-t-elle.

Même son de cloche de la part du président du comité citoyen Mes soins restent ici, Jean Martin, qui qualifie la nouvelle rupture de service en obstétrique de décevante.

Jean Martin, président du comité Mes soins restent ici.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean Martin, président du comité Mes soins restent ici

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Si on en vient à faire que le chirurgien ne fait que des chirurgies, l'obstétricien ne fait que de l'obstétrique, ça devient difficile pour les milieux régionaux […] Ça mène le ministère à payer deux médecins spécialistes pour venir ici

Jean Martin, président du comité Mes soins restent ici

On comprend que, peut-être, ce ne sont pas tous les chirurgiens qui veulent faire cette formation-là, mais s'ils s'engagent à venir faire du dépannage en région, faudrait qu'ils soient conscients qu'on a besoin d'avoir des médecins qui font tout le travail dont les régions ont besoin, résume M. Martin.

La FMSQ a décliné notre demande d’entrevue, mais affirme que des discussions sont en cours avec le ministère de la Santé pour tenter de trouver une solution.

Bas-Saint-Laurent

Établissement de santé