•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Présidentielle 2020 : place aux premiers débats démocrates et à leurs 20 candidats

Trois candidats sur scène devant un parterre rempli, en 2016.

Contrairement aux premiers débats démocrates de la campagne présidentielle de 2015-2016, qui n'opposaient que trois candidats, la première série de débats réunira cette année 10 candidats le premier soir et autant le deuxième.

Photo : Reuters / Randall Hill

Sophie-Hélène Lebeuf

Jamais dans l’histoire politique américaine une course à l’investiture n’aura rassemblé autant de candidats : 24. À tel point que les démocrates, après en avoir retranché une poignée, ont dû répartir sur deux soirs les heureux élus qui disputeront, mercredi et jeudi, cette première ronde de joutes oratoires.

Les 20 candidats qui ont obtenu leur billet d'entrée pour cette première série de 12 débats, diffusée depuis Miami sur les ondes de NBC, MSNBC et Telemundo, croiseront le fer dès 21 h HNE.

Ils offriront une photo de famille démocrate plus diversifiée que par le passé : des candidats âgés de 37 à 77 ans, un candidat ouvertement homosexuel, des Afro-Américains, des candidats à l’héritage latino-américain ou asiatique, des Blancs, et six femmes... soit cinq de plus que le précédent record.

Il y aura sur la scène – les deux soirs – beaucoup de gens talentueux que les États-Unis n’ont pas encore vus, souligne Rachel Bitecofer, directrice adjointe du Wason Center for Public Policy de l'Université Christopher Newport, en Virginie.

Bannière vers notre dossier sur les candidats démocrates à la présidentielle de 2020

À cette étape du marathon électoral, la majorité des candidats demeurent largement inconnus ou, à tout le moins, méconnus.

La plupart des électeurs ne se sont pas encore intéressés à la course, et ce sera la première fois qu'ils prêteront attention à certains de ces candidats, explique Mme Bitecofer. Chez ceux qui ont déjà un favori, il ne s'agit souvent que d'un soutien « bien timide », ajoute-t-elle.

D'autres jonglent encore avec plusieurs candidats, renchérit le directeur du Center on American Politics de l'Université de Denver, au Colorado, Seth Masket.

Les partisans démocrates n'ont pas encore vu les candidats se mesurer les uns aux autres et confronter leurs idées. S'ils ne font pas leur choix après ce débat, ils devraient du moins avoir une idée plus précise de qui ils n’aiment pas.

Seth Masket, politologue

Le débat des meneurs...

Les démocrates ont confié la composition des deux groupes au hasard... qui a réuni dans un même événement quatre des cinq meneurs de la course, insufflant à chacun de ces débats de deux heures une dynamique particulière.

Montage photo de Joe Biden, Pete Buttigieg, Kamala Harris et Bernie Sanders.

Le deuxième débat réunira notamment sur une même scène Joe Biden, Pete Buttigieg, Kamala Harris et Bernie Sanders.

Photo : Reuters/Associated Press/Getty / Brian Snyder/Charles Krupa/Manuel Balce Ceneta/Steve Pope

Chaque débat sera divisé en cinq segments. La position des débatteurs sur la scène a été déterminée par leur place dans les sondages, les meneurs étant au centre.

Particulièrement attendue, la confrontation de jeudi réunira notamment l'ex-vice-président Joe Biden, largement en tête du peloton; le deuxième favori, le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders; la sénatrice de la Californie, Kamala Harris; et Pete Buttigieg, maire de South Bend, une petite municipalité de l'Indiana.

En sa qualité de meneur, Joe Biden sera la cible des attaques.

En politique depuis quatre décennies, ce vieux routier de 76 ans a une longue feuille de route à défendre. « Bon nombre de ses positions passées [par exemple, son soutien à une disposition antiavortement] semblent très controversées à la lumière de 2019 », souligne M. Masket.

C'est lui qui a le plus à perdre dans l'exercice, tranchent sans équivoque les deux politologues.

Le sort a voulu qu’il partage la scène avec Pete Buttigieg, signale Mme Bitecofer. Ce trentenaire à l'ascension fulgurante inscrit le changement générationnel au cœur de sa campagne.

Pete Buttigieg sera juste à côté de Joe Biden. Le contraste entre un jeune qui symbolise l’avenir du parti et un représentant de la vieille garde sera saisissant.

Rachel Bitecofer, politologue

Elle insiste aussi sur la menace que pourrait représenter Kamala Harris pour l'ex-vice-président de Barack Obama.

La performance de Harris et Buttigieg reste une inconnue, nuance Seth Masket. Ils sont tous les deux des communicateurs talentueux, mais ils n'ont jamais été testés à ce niveau, indique-t-il.

Bernie Sanders, lui, a été rompu à l'exercice en 2016. Le duel opposant le socialiste démocrate autoproclamé à Hillary Clinton, candidate de l'establishment, a été aussi serré qu'inattendu. Mais il affrontera cette fois une cohorte d'adversaires, dont plusieurs ont repris ses idées phares.

« Ce sera intéressant de voir comment il tentera de se démarquer, glisse M. Masket, d'autant plus qu'il « ne s'en sort pas aussi bien qu'il y a quatre ans ».

... et celui d'Elizabeth Warren

Elizabeth Warren, sur un fond noir, regardant vers le haut.

Elizabeth Warren sera la seule des meneurs à participer au premier débat.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Exclue du débat des candidats vedettes, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, qui talonne voire devance désormais Bernie Sanders dans certaines enquêtes d'opinion, brisera la glace mercredi, aux côtés de candidats beaucoup moins prédominants.

Elle sera de facto l’étoile de ce débat, affirme Rachel Bitecofer. Selon moi, elle est en bonne position, même si certains analystes ont trouvé injuste qu’elle soit écartée du débat des meneurs.

Seth Masket est plus circonspect.

Ça ne sera pas de tout repos pour Elizabeth Warren. Comme elle occupera le devant de la scène, ses adversaires la prendront pour cible.

Seth Masket, politologue

Elle comptera parmi ses adversaires l'ex-représentant du TexasBeto O'Rourke, étoile des élections sénatoriales de 2018, et le sénateur du New JerseyCory Booker, signale le politologue. Ils « ne se sont pas illustrés dans les intentions de vote, mais ils se sont forgé une réputation nationale et devraient être pris au sérieux », estime-t-il.

« Si les enjeux comme les inégalités raciales ou la brutalité policière, sur lesquels Beto O'Rourke s'est démarqué aux élections de mi-mandat il y a deux ans, sont abordés, il pourrait avoir une chance de briller », juge le politologue.

Même absent du débat, Joe Biden fera l'objet de critiques, prédit en outre Mme Bitecofer.

Ressortir du lot

Exception faite des débats républicains de 2015-2016, il n'y a traditionnellement qu'un seul débat avec six ou sept candidats, observe Rachel Bitecofer.

Accusé d’avoir favorisé Hillary Clinton en 2016, le Comité national démocrate (DNC) a voulu se montrer inclusif, accouchant de critères de qualification très peu restrictifs.

Mais comment se distinguer de concurrents nombreux... avec un temps de parole individuel limité à 10 minutes?

Au milieu d'adversaires plus conventionnels, Donald Trump s'était démarqué en disant des choses choquantes. Plus elles l'étaient, mieux c'était, rappelle Seth Masket. Résultat : il est rapidement devenu le centre de l'attention.

Il imagine difficilement les démocrates emprunter cette voie, mais les orateurs pourraient y aller de déclarations controversées ou d'attaques envers leurs compétiteurs pour attirer sur eux les projecteurs.

Les candidats les plus modérés pourraient critiquer ceux qui ont embrassé un socialisme démocratique, illustre-t-il. Ça ne rallierait pas tout le monde, mais ça permettrait d'attirer l'attention et de rejoindre une frange du parti qui peut se sentir exclue en ce moment.

Les candidats disposeront d'une minute pour répondre à chaque question, puis de 30 secondes de droit de réplique, a précisé le réseau NBC.

Au cours de cette minute, savamment préparée, ils vont chercher à lancer une formule-choc, quelque chose d'accrocheur susceptible de retenir l'attention des médias ou d’être cité et répété sur Twitter.

Rachel Bitecofer, politologue

Et le président sortant sera assurément une cible de choix.

Donald Trump.

Le président américain sera à coup sûr l'un des sujets de discussion des débats et devrait même être une source de dissension.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Des lignes de fracture

Ces débats mettront en lumière le clivage entre les deux mouvances de la formation, divisée entre sa tradition centriste – qu'incarne notamment Joe Biden – et son déplacement vers la gauche, largement sous l'impulsion de Bernie Sanders.

Le système de santé sera l'une des principales lignes de fracture.

Des candidats comme Sanders ou Warren plaident en faveur d'un système de santé universel, alors que d'autres proposent, à divers degrés, un système d'assurances privées et publiques pour étendre l'Obamacare, explique Seth Masket.

Le politologue évoque aussi la lutte contre les changements climatiques comme un enjeu polarisant, qui sépare par exemple les partisans du Green New Deal – un plan mis en avant par les plus progressistes du parti – et les plus modérés.

La pertinence d’ouvrir ou non une procédure de destitution à l’endroit d’un président écorché par le rapport du procureur spécial sur la Russie, Robert Mueller, constitue une autre dissension majeure, signalent Rachel Bitecofer et Seth Masket.

« Même si ce ne sont pas les candidats qui auront à trancher, c'est un enjeu auquel les militants attachent beaucoup d'importance », signale ce dernier.

Et après?

Rachel Bitecofer ne prévoit pas d'abandon au terme de ces premiers débats, à part peut-être chez ceux qui ont échoué à se qualifier.

L'exercice devrait malgré tout aider à réduire le bassin de candidats pour les débats subséquents, argue Seth Masket, particulièrement à partir de septembre prochain, lorsque les critères de sélection seront resserrés.

« Si les candidats ne performent pas très bien, il leur sera plus difficile de recueillir des fonds », souligne-t-il.

Ces premiers débats sont importants, mais pas décisifs, insiste Mme Bitecofer. La route vers la présidentielle sera encore longue : le vote qui lancera la saison des caucus et des primaires se déroulera en Iowa... dans sept mois.

En attendant, la deuxième ronde de débats aura lieu les 30 et 31 juillet prochains, avec probablement autant d'invités.

Quels étaient les critères de sélection pour les débats?

Le DNC avait établi une limite de 20 débatteurs.

Afin de se qualifier pour les débats de juin et juillet, les candidats devaient recueillir au moins 1 % d'appuis dans 3 sondages reconnus OU avoir engrangé des dons de la part d'au moins 65 000 donateurs, dont un minimum de 200 contributeurs dans au moins 20 États.

Pour la troisième série de débats, en septembre, les candidats devront recueillir 2 % des intentions de vote dans 4 sondages approuvés ET amasser des contributions de la part d'au moins 130 000 donateurs (dont 400 dans 20 États).

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique américaine

International