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Trudeau devra convaincre les Canadiens après le feu vert à Trans Mountain

Justin Trudeau en conférence de presse, devant des drapeaux du Canada.

Justin Trudeau devra vendre aux Canadiens sa décision d'autoriser le prolongement de l'oléoduc Trans Mountain, à quelques mois des élections fédérales.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Hugo Prévost

Après le feu vert, la campagne de séduction. Les libéraux fédéraux auront fort à faire, dans certaines régions du pays et auprès de certaines franges de l'électorat, pour convaincre les Canadiens du bien-fondé de l'autorisation de la construction de l'oléoduc Trans Mountain, confirmée mardi.

Au lendemain de cet imprimatur gouvernemental, attendu depuis des mois à la suite de l'achat du projet pour la somme de 4,5 milliards de dollars plus tôt cette année, le gouvernement Trudeau réitère qu'il se veut pro-environnement.

« Nous sommes encore dépendants du pétrole », a reconnu le premier ministre dans les corridors de la Chambre des communes. Pourtant, dit M. Trudeau, il est possible d'utiliser cette dépendance à bon escient, soit en utilisant les profits réalisés lors de la vente de pétrole canadien à l'étranger pour financer la transition énergétique vers une économie aux faibles émissions de dioxyde de carbone.

L'idée vient entre autres du député libéral québécois Joël Lightbound, qui souhaite s'inspirer du modèle norvégien de développement des ressources naturelles nationales.

Depuis plusieurs décennies, le pays scandinave utilise les revenus provenant de l'exploitation de ses vastes réserves de pétrole pour alimenter un fonds souverain dans lequel Oslo pige ensuite pour financer des programmes de « verdissement » de son économie, y compris l'électrification des transports et le développement du transport collectif.

Pour parvenir à contrôler le secteur des combustibles fossiles et en assurer le développement modéré, la Norvège a imposé une participation étatique de 51 % dans tous les projets d'exploitation.

« J'ai toujours pensé que la Norvège était un modèle à suivre en ce qui concerne l'exploitation de ses ressources, d'une part, mais aussi de la transition qui est financée à même les produits de ces ressources-là », a-t-il déclaré.

Ça cadre avec le pari de notre gouvernement, où on se dit depuis le début qu'on peut d'une part développer nos ressources, et d'autre part protéger l'environnement et lutter contre les changements climatiques. Je pense que ça va de pair, comme idée.

Joël Lightbound, député libéral fédéral

Pro-pétrole et vert?

L'étiquette de gouvernement pro-environnement pourrait toutefois avoir de la difficulté à tenir, à l'aube des élections, d'autant plus que le feu vert à la prolongation de l'oléoduc Trans Mountain survient durant la même semaine où le Parlement a adopté une motion non contraignante reconnaissant l'existence d'une urgence climatique.

Selon la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, le développement de l'oléoduc vise à obtenir un « meilleur prix » pour le pétrole canadien, en ne dépendant plus du marché américain pour y exporter l'or noir albertain

Ce geste sera-t-il difficile à vendre auprès des électeurs du Québec, une région où siègent 40 députés libéraux fédéraux, dont plusieurs ministres et le premier ministre? « Les Québécois savent que nous avons investi dans un oléoduc; le but n'est pas d'augmenter la production, mais de plafonner les émissions de gaz à effet de serre », a soutenu Mme Joly.

À Québec, d'ailleurs, le premier ministre François Legault a réitéré sa fin de non-recevoir à un éventuel nouveau projet d'oléoduc sur le territoire québécois.

« Je vais tout faire pour que la décision soit prise par tous les Québécois », a-t-il lancé. Son refus d'accepter de tels projets a déjà entraîné une certaine animosité avec le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, qui a réclamé une multiplication des oléoducs à travers le pays, à l'image du chef conservateur fédéral Andrew Scheer.

Pour d'autres députés libéraux, toutefois, le dossier de Trans Mountain risque d'être un peu plus difficile à défendre. Joyce Murray, en Colombie-Britannique, devra défendre le feu vert face à des Britanno-Colombiens particulièrement frileux face aux risques d'un éventuel déversement de pétrole sur les côtes fragiles de la province, l'oléoduc devant terminer son parcours à Burnaby, près de Vancouver, où il sera chargé à bord de gigantesques pétroliers.

« Ce ne sera pas facile », a renchéri Judy Sgro, députée en Ontario. « Mais vous devez parfois prendre des décisions au nom du pays dans son ensemble, et non pas craindre les effets dans toutes les circonscriptions. J'espère qu'au bout du compte, cela sera la meilleure décision pour l'ensemble de la nation. »

Avec les informations de Daniel Thibeault

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