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L'ONU épingle le prince héritier saoudien pour l'assassinat de Khashoggi

Un homme portant un masque de Mohammed ben Salmane lève ses deux mains peintes en rouge. Derrière lui, des gens brandissent des photos de Jamal Khashoggi.

Ce manifestant masqué photographié en octobre devant le consulat saoudien d'Istanbul avait un message clair à transmettre : le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a du sang sur les mains.

Photo : Reuters / Osman Orsal

Radio-Canada

Jamal Khashoggi a été victime d'une « exécution extrajudiciaire dont l'État d'Arabie saoudite est responsable », et une enquête sur la responsabilité de hauts responsables, « y compris celle du prince héritier », Mohammed ben Salmane, doit avoir lieu, tranche une enquête de l’ONU.

Le chroniqueur saoudien du Washington Post a été exécuté le 2 octobre dernier à l’intérieur du consulat saoudien d’Istanbul, en Turquie, où il était allé chercher des documents. Son corps a été démembré, mais ses restes, sortis de l’enceinte diplomatique, n’ont jamais été retrouvés.

Il s’agissait là d'une exécution délibérée, préméditée, d'une exécution extrajudiciaire dont l'État d'Arabie saoudite est responsable en regard du droit international lié aux droits de l'homme, indique un rapport de la rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard.

Il existe des preuves crédibles, justifiant des investigations supplémentaires, de la responsabilité individuelle d'officiels saoudiens de haut niveau, y compris le prince héritier.

Agnès Callamard, rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires

Selon elle, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, devrait lui-même être en mesure d'ouvrir une enquête pénale internationale de suivi sans qu'un État ait à intervenir dans ce dossier.

Mme Callamard appelle en outre à la poursuite des sanctions imposées par plusieurs pays, dont les États-Unis et le Canada, contre des Saoudiens pour leur rôle dans le meurtre de Jamal Khashoggi.

Toutefois, compte tenu des preuves crédibles concernant les responsabilités du prince héritier dans son assassinat, de telles sanctions devraient également inclure le prince héritier et ses biens personnels à l'étranger, écrit-elle.

Plan rapproché de Jamal Khashoggi qui parle lors d'une conférence de presse à Manama, à Bahreïn, le 1er février 2015.

Jamal Khashoggi a d’abord été un proche collaborateur de la famille royale et des services de renseignement avant de devenir un critique de la politique autoritaire du prince Mohamed ben Salmane, surnommé MBS.

Photo : Associated Press / Hasan Jamali

S'adressant à la presse après la publication du rapport, Mme Callamard a souhaité que la compétence universelle s'applique pour ce crime international.

Priée de dire si cela supposait l'arrestation des responsables lors d'éventuels passages à l'étranger, elle a répondu : si la responsabilité de ces individus est démontrée, absolument.

Mme Callamard livre par ailleurs une mise en garde contre l'importance disproportionnée accordée à l'identification de l'auteur du crime, soulignant que la justice ne doit pas uniquement établir la responsabilité de l'auteur physique du crime.

Une enquête judiciaire vise également, sinon principalement, à identifier les personnes qui, dans le contexte de la perpétration d'une violation, ont abusé des responsabilités de leur poste d'autorité ou ne les ont pas remplies, fait-elle valoir dans son rapport.

Silence à Riyad

Le ministre d'État aux Affaires étrangères de l'Arabie saoudite, Adel al-Jubeir n'a pas tardé à mettre en doute la crédibilité du rapport, dans un message publié sur Twitter.

Il n'y a rien de neuf. Le rapport répète ce qui a été dit et ce qui a été colporté par les médias. [...] Le rapport contient des contradictions et des allégations sans fondement, ce qui met en doute sa crédibilité.

Adel al-Jubeir, ministre d'État saoudien aux Affaires étrangères

Cette réaction n'est guère surprenante dans la mesure où la monarchie wahhabite ne cesse de nier que le prince ben Salmane, véritable homme fort du royaume, a joué un rôle dans cette affaire, même si certains de ses plus proches collaborateurs ont été montrés du doigt.

Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l'Arabie saoudite en compagnie du prince saoudien Mohammed ben Salmane Al-Saoud

Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l'Arabie saoudite à l'occasion d'une visite à Washington du prince saoudien Mohammed ben Salmane, le 20 mars 2018.

Photo : The Associated Press / Evan Vucci

La Turquie a pour sa part appuyé avec force les recommandations du rapport de Mme Callamard pour élucider le meurtre de Khashoggi et demander des comptes à ceux qui en sont responsables.

En octobre, Riyad a affirmé pendant 17 jours que Jamal Khashoggi avait quitté le consulat vivant, avant de changer sa version des faits. Le royaume a finalement reconnu qu'il a été tué et démembré à l'intérieur du consulat.

La justice turque a réclamé en vain l’extradition de 18 Saoudiens, dont les 15 membres de l’équipe d’assassins qu’aurait déployée Riyad dans son consulat pour tuer le chroniqueur, connu pour ses positions critiques envers le régime.

La justice saoudienne a annoncé en novembre que 21 suspects ont été arrêtés, dont 11 qui ont été formellement inculpés. Leur procès s'est ouvert en janvier, à Riyad.

Mme Callamard réclame toutefois la suspension de ce procès, en faisant valoir que les procédures judiciaires n'ont pas respecté les normes internationales. Elle souligne que seuls des diplomates ont pu assister à des audiences, mais qu'ils ont l'interdiction d'en parler.

Images de caméras de surveillance.

Des images vidéo publiées par la police turque montrent les présumés agents saoudiens à leur arrivée à l'aéroport Ataturk, quelques heures avant la disparition de Jamal Khashoggi.

Photo : AFP/Getty Images / -

Le Washington Post avait aussi révélé en novembre que la CIA a suffisamment d'informations pour lier Mohammed ben Salmane à l'assassinat de son collaborateur.

Le président Trump a néanmoins soutenu peu après que la CIA n'avait rien trouvéd'absolument certain, et assuré que les États-Unis resteraient un partenaire inébranlable de l'Arabie saoudite.

Nos services de renseignements continuent d'évaluer toute l'information, mais il se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de cet événement tragique - peut-être que oui, peut-être que non, avait-il esquivé.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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